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"Monsieur Patate" chez McCain

Le 25 février 2010 par Par Patrick Déniel | L'Usine Nouvelle n° 3181

Christian Vanderheyden est directeur des approvisionnements chez McCain. La réputation du leader européen de la frite repose en grande partie sur ses épaules. Il s'appuie sur une équipe de quatorze agents de plaine qui sillonnent la France et la Belgique pour aller à la rencontre des agriculteurs.

Fin octobre dans la Marne, chez Gérard Cousin, agriculteur à Connantre. La récolte de pommes de terre vient de démarrer : 65 hectares à travailler, sur les 650 cultivés de l'exploitation. D'ores et déjà, 45 hectares sont réservés par l'ogre McCain, le leader de la frite surgelée en Europe. Le groupe canadien approvisionne la moitié des restaurants européens de McDonald's et la totalité des Quick et des Burger King.

SÉCURISER LES VOLUMES ET ÉTALER LES APPORTS

A 300 kilomètres de là, à l'usine de Harnes (Nord - Pas-de-Calais) de McCain, Christian Vanderheyden veille à ce que l'ensemble des sites français reçoivent des pommes de terre en quantité, mais surtout en qualité suffisante. « Je suis tombé très tôt dans la pomme de terre ! », plaisante le directeur des approvisionnements, entré dans le groupe en 1982. Ses principaux objectifs : sécuriser les volumes (1,3 million de tonnes acheté chaque année, dont 900 000 tonnes en France), étaler les apports dans le temps des 2 500 producteurs (dont 1 000 en France) pour approvisionner les huit usines européennes au long de l'année. Tout en minimisant les coûts de transport, conséquents pour ce produit pondéreux.

Le principal « outil » de Christian Vanderheyden, c'est une équipe de quatorze chefs de plaine, qui sillonnent les campagnes belges et françaises pour aller à la rencontre des agriculteurs. Une organisation que l'on retrouve aussi dans les grands groupes sucriers ou légumiers comme Tereos ou Bonduelle.

« L'agent de plaine est un technico-commercial, généralement de formation BTS agricole, chargé de surveiller les surfaces en culture, de négocier les contrats pour l'année, mais aussi d'acheter chaque semaine les volumes qui peuvent nous manquer, explique-t-il. Il est aussi là pour apporter des solutions techniques au producteur et faire le lien avec notre équipe agronomique. Il faut donc être un bon acheteur, un bon communicant et avoir un bon background technique .» Les agents de plaine, chacun en contact avec 100 à 200 agriculteurs, sont l'un des principaux éléments de compétitivité du groupe. Ce travail, Christian Vanderheyden le connaît bien, puisqu'il a commencé par là chez McCain, en 1982, alors que le groupe s'implantait industriellement en France. Une arrivée pas forcément très bien perçue dans le Nord par des producteurs peu habitués à livrer des industriels de la transformation. Et peu au fait de ses exigences qualitatives.

L'AGENT DE PLAINE VÉRIFIE 65 ITEMS

Et elles sont nombreuses ! Fourniture de bilans azotés, utilisation d'engrais « verts », traçabilité complète des opérations de traitement sur chaque parcelle, contrôle des outils de pulvérisation, suivi de l'irrigation... Le transformateur a son mot à dire sur tous les paramètres de la pro-duction. Son cahier des charges compte 65 items que les agents de plaine sont chargés de vérifier (un contrôle est également réalisé par une tierce partie).

Sans compter le choix de la variété : Innovator, Santana, Fontane, Astérix... McCain en utilise au total une quinzaine, spécifiques à la transformation.

Les agents de plaine vivent au rythme de la campagne de pommes de terre. En août, ils achètent les variétés hâtives, les premières mises sur le marché par les agriculteurs. La récolte démarre réellement vers mi-septembre. Ils passent alors dans les champs afin de déterminer avec le producteur le programme d'arrachage et de sto-ckage sur son exploitation.

UN SUIVI RIGOUREUX DE LA QUALITÉ

De son côté, Christian Vanderheyden organise les capacités de stockage des différentes usines afin qu'elles continuent de produire une fois la récolte terminée. De novembre à janvier, l'agent de plaine analyse les résultats de la campagne avec chaque agriculteur, et en profite pour surveiller la qualité de ses stocks. Pendant ce temps, à Harnes, Christian Vanderheyden commence à préparer la prochaine saison. S'engagent alors les discussions avec les 900 producteurs regroupés au sein d'un groupement, afin de négocier les contrats annuels : on y parle de variétés, de surfaces, de volumes et, bien sûr, de prix. En France, selon les années, 55 à 70 % des approvisionnements du groupe sont contractualisés.

« En mars, les agents commencent à suivre les plantations et la qualité des "vieilles" pommes de terre qui nous sont livrées pour terminer la campagne. Il y a également une phase importante de retour d'informations à l'agriculteur sur la qualité des produits qui a été mesurée à la réception en usine », souligne Christian Vanderheyden. En trente ans, le groupe a tissé des relations étroites avec ses agriculteurs. « Certains d'entre eux sont avec nous depuis le départ, et quand ils arrêtent, leurs enfants reprennent la succession », se félicite le directeur des approvisionnements, lui-même fidèle à son employeur...

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