MonacoLA PRINCIPAUTÉ VEUT SAUVEGARDER SON INDUSTRIELe gouvernement monégasque a dû mettre au point toute une série d'aides pour contrer le risque croissant de délocalisations.
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2480Monaco
LA PRINCIPAUTÉ VEUT SAUVEGARDER SON INDUSTRIE
Le gouvernement monégasque a dû mettre au point toute une série d'aides pour contrer le risque croissant de délocalisations.
On connaît Monaco pour ses palaces, ses hôtels de luxe et ses appartements fastueux. Mais sait-on que ce minuscule territoire de 2kilomètres carrés abrite la plus dense activité industrielle de la Côte-d'Azur? Dense, mais menacée. L'industrie monégasque, qui emploie treize salariés sur cent, vit en effet un profond malaise. Le manque d'espace et le niveau de plus en plus élevé des prix immobiliers entravent, pour la première fois, son extension. "Ce n'est évidemment pas un problème pour une entreprise à croissance modérée. Mais, en phase de développement, il faut anticiper cinq ans à l'avance les besoins d'extension", prévient Charles Manni, président de Mécaplast, une société implantée à Monaco qui fabrique des pièces en plastique injecté pour Renault, Ford ou Toyota. Il n'est donc pas surprenant que la Principauté ait pris de plein fouet une vague de délocalisations sans précédent. Les laboratoires Wellcome ont quitté le Rocher pour s'installer à Sophia-Antipolis, tout comme Allergan France, qui avait acheté l'ophtalmologiste monégasque Dulcis. Sofamo-Biotherm, fabricant de produits cosmétiques récemment acquis par le groupe L'Oréal, a vu sa division marketing rapatriée à Paris. Microtechnic, spécialisée dans le moulage de pièces techniques, a choisi la Côte-d'Or pour étendre sa production. Et même les conserveries La Monégasque, l'une des plus anciennes industries du cru, ont quitté la Principauté pour s'installer au Maroc, fief de leur nouvel actionnaire, le groupe ONA. Le gouvernement de la Principauté ne pouvait rester insensible à une telle hémorragie. Bien décidé à inverser le mouvement, il a entrepris, avec le soutien de ses banques, plusieurs mesures d'aide. Un fonds de garantie a été créé pour faciliter les prêts, ainsi qu'une société de capital-risque pour développer les opérations en fonds propres. Des actions de prospection ont été lancées auprès des investisseurs étrangers. Et la création d'une Chambre de commerce et d'industrie est à l'étude. Enfin, la fiscalité des entreprises a été alignée sur le système français: le taux d'imposition sur les bénéfices a notamment été ramené de 35% à 33,3%.Mesure plus originale: l'instauration d'une prime destinée à alléger le coût des loyers industriels. Elle fonctionne sur le même modèle que la prime octroyée aux Monégasques pour se loger. Cette aide, traitée au cas par cas, permet à l'Etat de maintenir l'immobilier à des niveaux de prix très élevés (50000 à 100000 francs le mètre carré). Pas d'autre solution sur un marché où l'offre, qui ne suit pas - tant s'en faut - la demande, fait l'objet d'une minutieuse régulation: bureaux transformés en locaux industriels, terrains à construire gagnés sur la mer ou récupérés sur d'anciennes activités.
Principal handicap l'exiguïté du "Rocher"
Les industriels monégasques ont appris à s'adapter au "diktat de l'immobilier". Les limites d'un espace horizontal restreint ont fait d'eux les champions de la production sur plusieurs niveaux! En particulier ceux qui se sont installés dans les immeubles du quartier de Fontvieille, principale zone industrielle de Monaco. Le laboratoire pharmaceutique Théramex, par exemple, a réparti sa recherche et ses lignes de production en salles blanches sur cinq étages. "Chacun de nous fait face à l'exiguïté et à la nécessité d'obtenir une forte valeur ajoutée par une automatisation poussée, des cycles de production rapide et une utilisation optimale de chaque mètre carré. Ainsi nos taux de productivité figurent parmi les plus élevés d'Europe", souligne Georges Mas, qui dirige les laboratoires Asepta-Akiléine et préside le Groupement des industries de transformation. Quant au pisciculteur P2M, qui produit 6millions de dorades royales et de loups par an, sa solution est tout aussi radicale. Pour éviter l'encombrement et la pollution côtiers, il a converti un navire, ancré et muni de nasses, en ferme offshore intégrée. Pas de doute, l'industrie monégasque doit faire preuve d'astuce!
Des travaux pharaonique
L'exiguïté de la Principauté a fait du B-TP un secteur qui pèse annuellement 3,5milliards de francs. Les programmes triennaux de grands travaux, dotés de budgets colossaux, sont ici une tradition. Celui en cours (période 1993-1995) prévoit plus de 7,2milliards de "crédits d'engagement" pour près de quarante chantiers distincts. Parmi ceux-ci, le percement d'un tunnel routier entre le centre-ville et l'autoroute A8, l'extension du port - avec installation d'une digue flottante qui accueillera 20000mètres carrés de surface habitable -, la construction d'une nouvelle gare ou encore l'enterrement de la voie ferrée, qui libérera notamment des terrains industriels. Mais le projet le plus gigantesque, en phase d'études, est l'extension sur la mer de la zone d'activités de Fontvieille. Ce "FontvieilleII", construit à l'image de Port- Grimaud, doit offrir 200000mètres carrés supplémentaires destinés aux logements, aux commerces et aux services
USINE NOUVELLE N°2480 -











