ENQUêTE Le choix des actionnaires, c’est important. Surtout quand on lance une entreprise. Certains peuvent apporter un réseau ou donner un coup de pouce au business. Quatre patrons racontent.
Un actionnaire, c’est plus que quelqu’un qui apporte de l’argent frais à un projet et en attend un retour sur investissement. Le bon actionnaire, surtout au début d’une aventure entrepreneuriale, donne bien davantage : son expérience, des conseils, son carnet d’adresses, ses réseaux… Et pourquoi pas sa notoriété ? Nous avons rencontré quatre entrepreneurs qui insistent sur la caution que représentent des actionnaires aguerris. C’est particulièrement vrai dans un pays comme la France, où la confiance envers les plus jeunes et les plus créatifs n’est pas la qualité la mieux partagée.
"Comme un tampon 'Projet approuvé'"
ISMAEL NZOUETOM, président fondateur d’I-Dispo (assistant personnel virtuel). Investisseur Kima Ventures, le fonds de Xavier Niel (Free).
"J’ai eu la chance de présenter mon projet d’application lors d’un concours organisé par Microsoft, qui avait réuni des entrepreneurs du web. Notre projet a été repéré par Xavier Niel, par le biais du fonds qu’il partage avec Jérémie Berrebi. À la différence d’un fonds classique, ces actionnaires nous comprennent mieux. Ils sont passés par les mêmes étapes que nous, ils savent quelles sont nos spécificités. Ensuite, je ne cacherai pas que cela donne à notre projet une crédibilité vis-à-vis des tiers. Nous ne sommes pas considérés comme une start-up parmi les autres. Nous sommes une start-up dans laquelle Xavier Niel a investi.
Quand nous avons signé un partenariat avec Renault pour que notre assistant virtuel soit embarqué dans les voitures connectées, je suis sûr que cela a joué au moment des premiers contacts. On nous regarde autrement. Nos actionnaires sont comme une sorte de tampon “Projet approuvé” et nos interlocuteurs se disent qu’ils ne sont pas là par hasard."
"Avec lui, j’évite les erreurs de jeunesse"
GUILLAUME DE CALAN, gérant fondateur de Nanoe, fabricant de nanopoudres. Investisseur Roger Pellenc (Pellenc SA).
"Nanoe est une entreprise industrielle. Nous avons besoin de capital pour acheter du matériel de production. Notre actionnaire nous a surtout apporté de la crédibilité. Nous sommes jeunes et nous nous sommes lancés avec mes associés à la sortie de l’école.
Ils nous ont prodigué des conseils, notamment sur les choix industriels. Nous avons été tentés un temps de tout faire à l’économie, en achetant une machine d’occasion ou en trouvant des contacts pour acheter des machines à moindre coût. Grâce à l’intervention de Roger Pellenc, nous avons évité de commettre cette erreur. Il nous a expliqué que dans nos métiers, il vaut mieux se donner les moyens dès le début. C’est une garantie pour qu’ensuite tout fonctionne bien. Avec d’autres actionnaires, il nous a fait rencontrer des industriels dans le domaine du composite qui partagent certaines de nos préoccupations. Seuls, nous n’aurions pas eu l’idée d’aller voir ces entreprises.
Quand nous nous sommes intéressés au marché du biomédical, ils nous ont ouvert leurs carnets d’adresses. Nous avons pu rencontrer des entreprises du secteur. Ces contacts nous ont permis de comprendre les contraintes réglementaires. En résumé, ils nous ont fait gagner beaucoup de temps.
Lors de notre deuxième ouverture de capital, avec mes associés, nous avons décidé de réunir chaque trimestre certains de nos actionnaires dans un comité stratégique."
"Sa renommée : un atout pour recruter"
LUDOVIC SIMON, directeur général de Doyoubuzz, plate-forme de publication de CV en ligne. Investisseur Pink, la société de capital-risque de Stéphane Distinguin (Faber Novel).
"Quand j’ai voulu créer mon entreprise, j’avais 25 ans et pas de réseau. J’ai rencontré dans un BarcCamp, une conférence ouverte, le PDG de Faber Novel, Stéphane Distinguin qui est connu dans le milieu du numérique. À l’époque, il dirigeait Silicon Sentier. Cela m’a permis de lui présenter mon projet. Et il a investi.
J’avais plus besoin de réseau que d’argent, car je disposais de fonds d’amorçage. Cette rencontre a été utile, d’abord vis à-vis de l’extérieur. L’investisseur a crédibilisé mon projet.
Pendant la phase de démarrage, j’ai pu faire de la prestation, grâce aux contacts de Stéphane qui m’appelait pour me proposer des missions. Ce soutien très concret a été essentiel pour tenir dans les moments difficiles.
L’aide de l’actionnaire a aussi été très utile pour recruter un directeur technique confirmé. Il m’était difficile d’évaluer et d’attirer un tel profil. Stéphane Distinguin m’a mis en relation avec la bonne personne. Pour elle aussi, il était important de savoir que l’on croyait dans mon entreprise. Si j’avais recruté seul, j’aurais pu faire une erreur qui aurait mis en danger mon entreprise.
Des actionnaires comme Stéphane Distinguin sont importants, car au début, ils ne sont pas obnubilés par le retour financier. C’est un peu comme un grand frère dans le business, qui montre qu’il est possible de réussir."
"À moi lemétier, à lui la finance"
JULIEN BARBIER, fondateur de WeeoGroup (logiciel de pilotage du patrimoine immobilier). Investisseur Gaël de Narbonne.
"J’ai rencontré mon actionnaire par hasard dans un restaurant, il était assis à la table d’à côté. Le jour où j’ai fondé Weeo Group, je l’ai contacté. Je connaissais techniquement le métier mais je n’étais pas au fait des questions financières. Gaël de Narbonne est âgé de 50 ans. Il a une connaissance des techniques de financement et une expérience de vingt-cinq ans. Nous sommes complémentaires et nous avons fondé la société ensemble. Aujourd’hui, il en est le directeur général.
Dans un premier temps, il m’a aidé à affiner les spécifications du produit, à en réévaluer les coûts et à définir le modèle économique.
Quand nous avons décidé de faire une levée de fonds, avoir Gaël comme actionnaire a été un vrai plus. J’étais jeune, et en France, il est difficile d’être crédible quand on a moins de trente ans. En outre, je n’aurais pas su qui aller voir, à quelle porte frapper, quels fonds étaient susceptibles d’investir.
Voir que quelqu’un comme Gaël m’accompagnait rassurait beaucoup les investisseurs. Pour les premières levées de fonds, nous avons choisi de nous adresser soit à des entrepreneurs, soit à des personnes qui ont des responsabilités dans leur entreprise. Nous ne cherchions pas que de l’argent, nous avons voulu constituer un réseau d’entrepreneurs."









