Usine Nouvelle

S’inscrire à la newsletter
Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Maroc

"Mon bilan industriel et l'avenir de l'industrie au Maroc", selon Moulay Hafid Elalamy

, , ,

Publié le

A l’approche des législatives du 7 octobre au Maroc, le ministre de l’Industrie Moulay Hafid Elalamy revient sur l’état des lieux de l’industrie au Maroc et son action gouvernementale depuis sa nomination en 2013.

Mon bilan industriel et l'avenir de l'industrie au Maroc, selon Moulay Hafid Elalamy © Fadel Senna AFP Photo

A quelques jours des législatives, L’Usine Nouvelle a rencontré, à Casablanca, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie du Maroc depuis octobre 2013 au sein du gouvernement d'Abdelilah Benkirane depuis le ramaniement d'otobre 2013. L'ancien patron des patrons marocain (CGEM) et propriétaire du groupe de services Saham évoque son action et l'avenir de l'industrie au Maroc.

L'Usine Nouvelle : Dans quelques jours vous ne serez plus ministre de l’industrie, quel bilan tirez-vous de l’évolution de l'industrie marocaine et de votre action?

Moulay Hafid Elalamy : Ces dernières années, le Maroc a travaillé à développer et stabiliser sa crédibilité dans le domaine industriel. Ce n'est pas simple car si vous prenez le cas de l'aéronautique, les marchés se traitent sur 20 ans. Et un avionneur ne change pas tous les 15 jours de fournisseur. Vous ne pouvez pas prétendre faire partie de ce cercle fermé de fournisseurs au plan mondial, sans faire ses preuves. Aujourd’hui le Maroc est en quinzième position mondiale comme destination d'investissement pour l'aéronautique. Sommes-nous capables ou pas d’un saut qualitatif important pour jouer dans une autre ligue. Je pense que oui.  Prenez l’automobile, les véhicules qui sortiront de la future usine PSA de Kenitra auront un moteur fabriqué au Maroc. Ce n'était pas imaginable au départ.

Vous avez mis en place une stratégie industrielle bâtie sur des « écosystèmes » ou clusters avec des engagements des industriels et des aides de l’Etat. Y a t-il des écosystèmes où c'est plus difficile ?
J'observe d'abord leur succès. Ensuite évidemment. Qui trop embrasse mal étreint. Être capable de lancer les 49 écosystèmes d'un coup à la même vitesse n'est pas possible. Nous avons amorcer les écosystèmes où les entreprises se prennent en main. Les opérateurs automobiles ont été remarquables et ont été les premiers à emboiter le pas  et à se restructurer en écosystème et ils en retirent le plus grand bénéfice. Dans l'aéronautique monter l’écosystème Boeing qui vient d’être dévoilé n'a pas été simple. Selon les secteurs la réactivité des fédérations n'est pas la même. C'est aussi le cas en France, je crois.

Cela semble bien fonctionner dans les secteurs de l'aéronautique et l'automobile, beaucoup moins dans d’autres secteurs. Pourquoi ?
Ce n'est pas tout à fait ma perception. Regardez le textile. Nous avons accompagné les opérateurs avec cette stratégie d’écosystème pour enclencher l'implantation d’entreprises en amont. La Chine a aspiré une grande partie de l'industrie mondiale. Les fournisseurs de l'amont textile du fil du tissu des boutons des fermetures éclairs sont en grande majorité chinoise. Aujourd'hui, on constate que l'amont textile s'implante au Maroc. Ça change la vie des opérateurs de la confection. Ils retrouvent une compétitivité. Il fallait importer l'amont de Chine, acheter des quantités énormes, attendre 6 mois pour recevoir la marchandise sans flexibilité. Bref, dans le domaine de la confection il reste un avenir pour le Maroc et même d'autres pays. Comme président du patronat j'ai vu le textile de Tanger disparaitre en moins de 6 mois. Après j'ai vu Rabat qui avait comme client la Grande Bretagne disparaitre aussi. Face à la Chine [et la fin des quotas] nous avons essayé de résister à ce tsunami. Aujourd'hui je constate que des opérateurs chinois s'implantent au Maroc. C'était un secteur qu'on considérait perdu. C'est de moins en moins le cas. Regardez 50% de la production de Zara est réalisée au Maroc. Cette relocalisation va aussi être profitable à l'Europe.

Malgré des réussites, tout un pan de l'économie du Maroc a du mal à s'adapter comme dans les cas de la Samir, de Maghreb Steel. N’y t-il pas une dualité entre une industrie liées aux capitaux étrangers qui performe et une autre interne à la peine...
Je n'ai pas votre lecture. En France aussi, il y a des faillites. Au Maroc, nous avons choisi une économie libérale, nos frontières sont ouvertes; si vous êtes compétitif et que le marché est porteur vous allez vous développer. Si vous êtes mauvais gestionnaire ou si vos  facteurs clés sont moins bons que la compétition, vous allez aussi disparaitre. Maintenir des entreprises en survie de façon virtuelle ce n'est pas mon fort. Ce que j'aperçois au Maroc ? Beaucoup moins de faillites que dans les pays industrialisés. Et selon moi, il y a une dynamique industrielle incontestable dans notre pays. Lorsque vous dites que des entreprises marocaines ont peine à fonctionner, j'en vois moins que vous. Quand je constate la situation de Danone, Lesieur Cosumar, je vois des entreprises florissantes dans l'industrie. Le leader mondial de la sardine est marocain, c'est Sanam et il y en a des dizaines d'autres. Évidemment certains comme Maghreb Steel souffrent  de subir des agressions. Mais elle fonctionne maintenant. Le management qui était familial a été professionnalisé et changé.

L’industrie intérieure au Maroc ne souffre-t-elle  pas d’avantage que dans d'autres pays ?
J'ai quelques difficultés à le croire connaissant les économies de quelques pays amis

Pourquoi est-ce si important de développer l’industrie au Maroc, pays traditionnellement tourné vers les services ou le tourisme ?
Ecoutez, avant de devenir ministère, comme entrepreneur j'ai toujours été dans le secteur des services et, je vais vous faire une confidence, j'avais même une aversion au secteur industriel comme investisseur. Aujourd'hui je commence à être piqué par cet univers qui a du souffle et est totalement différent de son image passée. De plus, il est fondamental au niveau de l'emploi. Le succès économique de l’Allemagne tient à une forte tradition industrielle sans rien lâcher face  à la Chine. Si je peux me permettre un commentaire il y a des opportunités pour la France aujourd'hui. De très grandes opportunités.

C'est à dire?
Si vous regardez la Chine elle commence à toucher du doigt certains problèmes avec la demande de la population d’avoir un certain niveau de vie des conditions de travail et même des syndicats. Cela fait que le Maroc devient compétitif et même la France. D’ailleurs, le jeu de la France selon moi c'est de construire des écosystèmes intégrant des pays avoisinants au Maghreb pour constituer un système global multifonctionnel où les opérateurs français peuvent avoir un rôle central à jouer.  Les plus intelligents l'ont déjà fait. Regardez l'automobile avec Renault et PSA mais aussi les centres d'appels. Ceux qui survivent sont ceux qui ont une partie délocalisée et une partie est localisée. Je pense qu'entre la France et le Maroc n'a pas été suffisamment mise en place la  démarche intelligente et optimisée d'une vraie complémentarité.

Dans mon groupe [Saham], avec Arvato (centres d’appel), je l'ai fait entre la Maroc, la France et même certains pays d'Afrique de l'ouest.

Concernant la compétitivité de l'économie marocaine, l’éducation peu performante n’est-elle un gros handicap dans la mondialisation?
Dans l'industrie non, l'éducation de base n'est pas un facteur limitant. Elle l'est davantage dans les services. Une éducation de base même moyenne complétée par une formation professionnelle permet de trouver des solutions d’employabilité.  Cela a été notamment fait dans le textile, l'hôtellerie, l'automobile et l'aéronautique avec des écoles de formation dédiées par branche. La formation est un élément essentiel mais pas bloquant. Je vais vous dire, selon moi, il n y a aucun facteur limitant dans aucune économie, c'est une question de volonté et d'autonomie.

D'une période à une période, les facteurs de contraintes changent. Il faut faire en sorte que le facteur qui est limitant devient « digeste ». Quant aux entreprises, elles regardent avant tout leur coût total. Par exemple dans un pays consommateur l'énergie coûte plus cher que dans un pays producteur. Quand vous êtes en face d'opérateurs ils vous disent que tout va bien mais la logistique est impossible. Mais dès que vous faites la somme des facteurs vous vous retrouvez 20% moins cher sur l'ensemble des facteurs. Vous ne pouvez pas être compétitif sur tous les facteurs vus un par un. Il faut avoir en permanence les yeux rivés sur les coûts globaux.

Quels sont dans ce cas les points faibles du Maroc sur lesquels il faut agir ?
Prenez un exemple. Le Maroc est plus cher qu'un pays producteur d'énergie et pour l'instant on n'y peut rien. Il n'est pas possible de décréter découvrir du pétrole demain matin. Voilà pourquoi il faut regarder les énergies renouvelables et voir si en combinant on peut arriver à l'autosuffisance.  En revanche dans les ressources humaines, il est davantage possible de remédier aux lacunes en recourant aux offices de formation ou aux opérateurs.

Votre bilan est globalement positif?
Au-delà de mon action depuis 3 ans, je constate que l'industrialisation au Maroc depuis une dizaine d'années est un modèle. Bien des pays pourraient s'inspirer de ce qui a été fait au Maroc dans le secteur industriel depuis le plan Emergence.  Voilà un pays, le Maroc qui n'était pas industrialisé du tout et s'est pris en mains. Qui a défini une vision, une stratégie et qui délivre. Qui aurait dit que le Maroc deviendrait un opérateur dans l'aéronautique.

L'issue des élections demeure une inconnue totale, mais certains industriels aimeraient bien vous voir rempiler. Vous y êtes prêt?
Avec cette fonction prenante et dans laquelle je me suis engagé totalement, je me suis retiré de la gestion de mon groupe, je dois m'y replonger.
Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud à Casablanca

 

 

L'industrie marocaine en dix dates clés depuis l'arrivée de Moulay Hafid Elalamy au gouvernement

- 10 octobre 2013 : Nomination du gouvernement Benkirane II dont Moulay Hafid Elalamy, opérateur économique et ancien président de la CGEM, au poste de ministre de l'Industrie, du Commerce, de l'Investissement et de l'Économie numérique

- 2 avril 2014 : lancement par le ministre du Plan d'accélération industrielle (PAI), création d'un Fonds de développement industriel (FDI) et de la stratégie des "Ecosystèmes" (clusters sectoriels). A ce jour une cinquantaine ont été créés.

- 15 janvier 2015 : La Cour d’appel de Casablanca prononce l’exequatur d’un arbitrage condamnant Ynna Holding à verser près de 20 millions d’euros au groupe Fives dans le cadre d’un litige commercial. Depuis Fives tente sans succès de faire saisir des actifs d’Ynna.

- 19 juin 2015 : PSA annonce l'installation d'une usine à Kénitra, un investissement de 557 millions d'euros suscitant ensuite une nouvelle vague d'arrivée d'équipementiers, dont Linamar dans les moteurs.

- Août 2015 : La raffinerie Samir est en dépôt de bilan.

- Décembre 2015 : Stelia Aerospace pose la première pierre de sa future usine à Midparc, un investissement initial de 40 millions d'euros

- 10 mars 2016 : Siemens décide d'investir 100 millions d'euros à Tanger dans une usine de pales d'éoliennes après avoir gagné avec Enel et Nareva un appel d'offres de 850MW.

- Avril 2016 : Création de l'Ecosystème Renault. Le constructeur vise 65% d'intégration locale sous 5 ans.

- 27 juillet : Présentation du Plan Maroc Numeric 2020

- 27 septembre 2016 : Annonce de l'écosystème Boeing avec la promesse par le groupe de 1 milliard de dollars de sourcing

Réagir à cet article

Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus