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MOI, LISA LIU, DIRECTRICE CHEZ AIR LIQUIDE

Par À SHANGHAI, PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3231
« Chez Air liquide, la transparence est essentielle. C'est une bonne chose », explique Lisa Liu.
« Chez Air liquide, la transparence est essentielle. C'est une bonne chose », explique Lisa Liu.
© PIERRE-OLIVIER ROUAULT

Cette dynamique quadra est représentative de la génération des managers locaux qui montent en puissance dans les grandes entreprises étrangères.

Cheveux courts, regard énergique, idées claires... Visiblement Lisa Liu sait ce qu'elle veut. C'est primordial dans son métier, la vente de gaz industriels aux géants de la chimie ou la métallurgie. La division qu'elle dirige compte une centaine de personnes, dont quatre directeurs d'usine. Elle gère notamment l'un de plus gros contrats d'Air liquide dans le pays : celui de fourniture d'oxygène au sidérurgiste Shagang pour le site géant de Shanghai (15 millions de tonnes). Pour Air liquide et Lisa, cela signifie 4 000 tonnes d'oxygène produites par deux immenses tours, dans lesquelles ont été investis 95 millions d'euros. Un challenge technique et humain, car « les rapports sont un peu rudes avec les gros clients en Chine », avoue-t-elle. Sans compter les dîners arrosés pour le guanxi (le relationnel), « pas vraiment ce que je préfère ».

Évaluée sur ses résultats

À 41 ans, son parcours résume la Chine moderne. Ingénieur chimiste d'une bonne école de Shanghai, l'Ecust, elle débute dans la société d'État Huayi, au sein de la filiale ingénierie. Elle termine en tant que directrice adjointe. « Ensuite, au siège, j'ai participé à une négociation avec BASF en vue de créer un joint-venture industriel. » Une fois l'usine achevée, cette femme sans enfant, « car c'est plus simple », travaille au sein du joint-venture. « Je souhaitais acquérir une expérience dans un groupe international. » Le contact avec Air liquide, l'un de ses fournisseurs, s'établit. « BASF m'a proposé d'aller à Bruxelles au moment où Air liquide, à la mi-2007, m'a fait une offre de direction qui m'a plu. » Selon elle, si beaucoup de diplômés préfèrent les sociétés étrangères, certains cherchent encore les groupes publics ou l'administration pour leurs avantages. « Chez Huayi, mon appartement était fourni », explique Lisa. Pour elle, l'avantage d'un groupe étranger réside dans l'absence des contingences « politiques » liées au secteur public. Elle sait de quoi elle parle. « Mon prénom chinois est celui d'une ville de l'Ouest où mes parents étaient en rééducation durant la révolution culturelle .» Mais ça, c'est loin. « Chez Air liquide, nous avons nos objectifs et nous sommes évalués sur nos résultats. C'est ce que j'apprécie », précise-t-elle.

« Nous faisons beaucoup d'efforts pour développer les talents chinois, explique Rémi Charachon, le PDG d'Air liquide China. Cela passe par les parcours de formation et les missions à enjeu. Avant ce poste, Lisa travaillait sur la création d'un réseau de pipelines entre nos sites de Tianjin. Un dossier complexe. » Selon Lisa, « les Chinois plafonnent souvent au bout de cinq ans dans les groupes étrangers. Certains ne s'adaptent pas à la langue ou à la culture. Elle poursuit, « en Chine, il n'est pas usuel de pointer les problèmes. Chez Air liquide en revanche, la transparence technique et managériale est essentielle. C'est une bonne chose ».

Lisa conclut en précisant que la nationalité du champion français n'a pas d'importance et livre ses idées sur notre pays : « On dit que les Français sont romantiques comme nous. La France est appréciée pour sa créativité et on connaît vos sociétés du luxe. Mais personne n'imagine de groupes industriels français, contrairement à l'Allemagne ou au Japon.

SUCCES STORY

Arrivé en 1990, Air liquide réussit en Chine. Installé à Shanghai, où il dispose d'une salle de contrôle pour le pays, le groupe investit 200 millions d'euros par an dans son programme Tang Fei (« nouvelle hauteur »). Il réaliserait environ 500 millions d'euros de chiffre d'affaires (source externe), dont 40 % dans la grande industrie, mais aussi l'électronique et la santé. Il compte 21 usines de gaz et 45 filiales, presque toutes en propre et emploie 3 500 personnes. Il prévoit de gros développements dans la gazéification du charbon.

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