Mirage dans le désert
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
A l'aube des années 2000, les Al Maktoummisent tout sur l'immobilier et le tourisme de luxe. Avec une idée : créer la Suisse du monde arabe. Un rêve menacé.
On a tout dit, ou presque, sur l'exubérance de Dubai, devenu en quelques années une sorte de SimCity grandeur nature avec ses gratte-ciel surgis du désert, ses « îles palmiers » artificielles, sa piste de ski. Sans compter, le seul hôtel 7 étoiles de la planète et Burj Dubai, la tour la plus haute du monde avec ses 818 mètres.
On n'a sans doute pas fini de gloser sur l'atterrissage sans douceur de l'Emirat. Le prix de l'immobilier y connaît une chute spectaculaire. Asséchés par la crise financière, des mégaprojets sont revus à la baisse ou gelés, comme F1-X, un centre de loisirs sur la formule 1 ouWorlds of Discover, un parc aquatique. Emaar, l'un des principaux développeurs de Dubai (avec le groupe public Nakheel) vient, lui, de révéler la « suspension » de 24milliards de dollars d'investissement. La famille régnante Al Maktoum, qui a la haute main sur l'économie, veut afficher sa sérénité. Mais si elle fait tout pour rivaliser avec ses voisins depuis 1971 (date de la création des Emirats arabes unis), comme unmirage, son rêve s'évanouit. Petit flash-back. Jusqu'aux années 1950, Dubai n'est qu'un port à boutres de la Côte des pirates, un comptoir pour commerçants iraniens ou indiens échangeant de l'or ou des perles. Un de ces lieux écrasé par le soleil où l'on s'attend à croiser Henry de Monfreid ou Lawrence d'Arabie.
La découverte du pétrole dans les années 1960 déclenche un premier boom. Bien moins dotée que sa rivale Abu Dhabi, Dubai se sait fragile. Le contre-choc pétrolier, l'épuisement de ses réserves, la première guerre du Golfe la replongent dans la torpeur. Puis vient la démesure.
Les Al Maktoum misent tout sur l'immobilier et le tourisme de luxe. Avec une idée: créer la Suisse du monde arabe (ce que fut le Liban). Ça marche, le crédit est facile, les pétrodollars affluent. En 2002, la décision d'autoriser la propriété foncière aux étrangers attire les Russes enrichis, les Arabes prospères ou les gros commerçants iraniens. Grisé, l'Emirat voit plus loin. Dubai Port plante ses drapeaux dans le monde et rachète même la très britannique P&O, l'aéroport bat ses records, la compagnie Emirates, dont Dubai est le premier actionnaire, s'envole.
Aujourd'hui, le retour sur terre est rude.
Pour les groupes de BTP coréens, égyptiens ou chinois et les fournisseurs d'infrastructures (Alstom construit le métro) qui ont fait leurs choux gras sur l'Emirat, le temps de la « cash machine » est fini. Tout comme pour les milliers d'immigrés qui oeuvrent sur les chantiers ou dans les services. En Inde ou au Pakistan, des villages entiers s'angoissent désormais de voir revenir ces expatriés qui font vivre les familles.
Ce sont aussi les finances publiques qui sont à sec avec une dette souveraine qui porte le même niveau de risque que l'Islande. Voilà quelques semaines, pour rassurer les investisseurs, la Banque centrale des Emirats arabes unis, a dû acheter pour 10milliards de dollars de bons du trésor dubaiotes. En clair, Abu Dhabi, c'est-à-dire la richissime famille régnante Al Nayhan, a joué les assureurs-crédits. Celle-ci aimerait, dit-on, s'emparer de quelques perles de Dubai, où de vastes restructurations se profilent, à commencer par Emirates. Morale de l'histoire? Même s'il est redescendu de ses sommets, le pétrole reste plus solide que la pierre.
Pierre-Olivier Rouaud

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












