Miraculé du golfe persique
Par PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3238
L'économie de Dubai est repartie. L'émirat se veut surtout un insolent havre de tranquillité au milieu d'une région en ébullition.
Nul ne sait sur quoi débouchera au Moyen-Orient cet événement majeur qu'est la mort de Ben Laden, pas plus que la fièvre qui s'est emparée du monde arabe depuis cinq mois, avec son lot d'espoirs et de craintes. Dans une région en ébullition, il est au moins une exception, un confetti peuplé d'ultra-riches (et de travailleurs sans grade), où l'écho des révoltes reste étouffé derrière les façades des tours de verre ou des centres commerciaux de luxe. Au bord du golfe persique, ce petit bout de désert, c'est bien sûr Dubai. Voilà dix-huit mois, l'émirat, connu pour ses projets extravagants, se distinguait par un épisode honteux. Criblées de dettes, les entreprises liées à la famille régnante Al Maktoum avaient dû avouer ne plus pouvoir payer. Dubai World, l'une d'elles, cumulerait à elle seule 60 milliards de dollars de dettes (personne ne sait vraiment), soit la totalité du PIB. Abou Dhabi, la plus riche des sept entités constituant les Émirats arabes unis, était venu au secours de son voisin, avec un prêt de 10 milliards de dollars. Rival de toujours, le clan Khalifa, fort de son pétrole, avait ainsi sauvé les Al Maktoum qui, reconnaissants, avaient appelé la plus haute tour du monde Burj Khalifa.
Et maintenant ? Après un trou d'air en 2009 (- 2,4 %), l'économie de Dubai est repartie. Selon le FMI, elle bondira de 3 % cette année et de 6 % en 2012. C'est l'effet de la reprise mondiale, notamment en matière de tourisme et de logistique, deux des mamelles de l'émirat. Il y a aussi ces flots de pétrodollars qui se déversent sur le Moyen-Orient avec la flambée du brut. Dubai n'a pas d'or noir, ses voisins, si. Bien sûr, les excès ne sont pas soldés, les montagnes de dettes subsistent, l'immobilier a plongé, et bien des bureaux ou « compounds » de luxe restent inoccupés, mais le pire est passé. Si les créanciers ne sont pas près d'oublier la leçon, les CDS (taux d'assurance contre le défaut) sont revenus à leur niveau d'avant crise. Dubai World est même parvenu à restructurer 25 milliards de dettes, il y a quelques jours.
Comparée aux affres de certains pays européens massacrés par les marchés malgré des finances plus saines que celles de Dubai, l'affaire paraît injuste. Mais Dubai, ce n'est pas qu'une question d'argent. Mohamed Alabbar, un proche du pouvoir, vient de le résumer ainsi, entre candeur et cynisme : « Dubai va bien quand la région va bien. Mais nous prospérons aussi quand elle ne va pas si bien. » Insensible aux révoltes et aux idées libérales, l'émirat est devenu ce qu'il avait été imaginé par les Al Maktoum : un havre hors du fracas du monde pour nouveaux riches, familles royales ou potentats. Et ça, ça n'a pas de prix.

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