Milan, haut lieu des nouvelles manufactures créatives

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Salon de Milan 2012
© D.R.

Du 17 au 22 avril 2012, la ville phare du nord de l’Italie accueillait le fameux Salon international du meuble. Un événement très attendu des designers et professionnels de la décoration. Mais aussi des industriels du secteur, venus exposer leurs dernières éditions. Compte-rendu, nature, spontané et sans limite, du designer numérique Jean-Louis Fréchin en exclusivité pour L’Usine Nouvelle.

Le Salon Milan est encore et toujours la représentation du « Design System italien », une unité dans un pays qui dit de lui-même qui ne l’est pas encore tout à fait. On y voit cohabiter l’industrie du mobilier, ses groupes puissants, des marques internationales de tous secteurs, les galeries d’objets décoratifs et artistiques, les designers, les théoriciens de la création, les écoles et le design dans toute sa complexité. A Milan, on lit la diversité du design: la décoration, le grand style italien confortable, le design d’auteur et un design explorant, comme le Bauhaus ou l’Italie des années 70, les possibles de l’époque. Symbole de ce que l’on nomme les industries créatives « i saloni » et le « Off » sont un vaste « aperitivo italien » où chacun vient picorer ce qu’il veut y voir et y trouver. Acteur et observateur à la fois, ce compte rendu n’est pas exhaustif et pointe simplement ce qui m’a intéressé.

Quelle zone !

Zona tortona, le quartier des anciennes usines Ansaldo, le groupe mécanique ferroviaire italien, est un lieu important du Off. Bel Exemple de requalification urbaine, cette terre des industries créatives est un lieu où les marques viennent communiquer avec une maitrise consommée du "StoryTelling". Avec la crise, cette dérive communicationnelle de captation d’une image branchée et cool semble en retrait.  Cette année, le quartier le plus intéressant est à mon sens la zone de Lambrate Ventura, autre quartier industriel Milanais où l’esprit, l’atmosphère et la qualité des projets exposés donnent à Milan sa force, son intérêt et une certaine fraicheur.

Le quartier de Brera, en retrait cette année garde son côté chic et classique avec ses grands Showroom et offre l’attrait de la sérendipité urbaine ou toutes les découvertes sont possibles, notamment chez Rossignoli, le plus authentique magasin de vélo de Milan qui propose toujours un événement lors du Salon.

Dans toutes les zones de la ville où je suis allé, la Hollande est toujours présente avec des projets vraiment intéressants, critiques ou/et inscrits dans l’économie. Les Pays-Bas avec ses designers, ses collectifs et ses écoles sont définitivement l’autre pays du Design en Europe.

Savoir-faire, procédé et innovation

La crise est bel-et-bien présente. Cette année, beaucoup de grands éditeurs ont exposé des collections patrimoniales et peu de nouveautés. Jean Marie Massaud, acteur international du Design a cependant présenté de nombreuses nouveautés notamment une intéressante collection chez Poliform. 

Seule véritable nouveauté du Salon, Ikea annonce la production d’une télévision intégré dans un meuble.

Cette prise de parole du leader du mobilier et de la maison dans les technologies aurait dû venir de groupe de plus petite taille. Au-delà de ce que l’on pense de ce produit, il est étonnant de voir un leader innover et aborder la question des nouveaux des usages et du confort numérique en lieu et place des acteurs pilotes et des faiseurs de tendances.

Le "Made in" est au cœur de toutes les discussions sous le regard omniprésent des affiches annonçant le prochain salon du meuble de Shanghai en Chine. Des marques comme Kartell, Zanotta ou Rosenthal affirme et expose leur savoir-faire et leurs procédés de fabrication reconvoquant l’importance des processus et des procédés dans la fabrication d’objets. 

Ces grandes marques italiennes désormais classiques aux savoir-faire établies et à l’exécution irréprochable font un écho au travers des âges à ce qui est pour moi le thème majeur de ce Milan 2012 : la fabrication numérique, la Troisième révolution industrielle ou ce que nous appelons le Nouveau Monde industriel en France.

"The Futur is in the Making"

Ainsi l’exposition "The Futur is in the Making" propose une palette des émergences de l’hybridation du numérique, de procédé de mise en œuvre, de l’électronique et des nouvelles formes de distributions. Nous assistons à une véritable émergence contemporaine qui acte la fin de l’usine Fordiste et  l’invention d’un artisanat industriel, souvent local.

En effet grâce à la convergence de technologies connues (le logiciel, les nouveaux matériaux, les robots, de nouveaux procédés comme l’impression en trois dimensions et toute une gamme de services sur le Web), nous assistons à la naissance d’une nouvelle chaine de conception, fabrication distribution qui préfigure la naissance d’un Nouveau Monde industriel.

Ainsi, le hollandais Dirkj Vander Kooij propose l’utilisation d’un robot bras industriel pour produire des assises et des tables à l’esthétique unique.... Markus Kayser, du Royal collège of Art, propose "Solar Sinter" un four solaire de vitrification du sable qui permet de produire des objets dans le désert. Si sa forme n’est pas encore aboutie, l’objet illustre l’importance de la maitrise des procédés pour le design, et éventuellement le besoin de fabriquer ses propres machines de production.

Les Néerlandais de Droog proposent "Why Material Matters" une collection de société, de modèle d’affaires, d’objets et de services pour vivre autrement et de façon durable. KickStarter la plateforme américaine de "Crowd Funding" expose les objets financés par les internautes permettant ainsi un nouveau rapport entre l’inventeur (souvent un designer) et le futur utilisateur.  Certains de ces projets sont très intéressants et remettent quelque peu en cause les techniques classiques de commercialisation et de marketing de la production consumériste classique.

Enfin Massimo Banzi, l’inventeur de la carte de prototypage électronique Arduino, montrait une sélection d’objets interactifs hybridant logiciel, matière et interaction réalisée par des designers ou des équipes transdisciplinaires. Arduino est à l’électronique ce que les imprimantes 3D sont à l’objet.

Dans le même esprit, la société française Sculpteo, pionnier de cette troisième révolution industrielle propose à partir d’un savoir-faire d’impression 3D, un système de fabrication d’objet unique à la demande dans lequel les designers se doivent d’imaginer la place et l’intervention de l’utilisateur. À partir de moteur 3D sur des serveurs cloud et d’une application iPad qui propose un catalogue de possible, SculpteoApp permet à l’utilisateur de terminer et de modifier directement un objet à son image. C’est l’invention du "Made by You with".

Cette exposition montre l’émergence d’une nouvelle forme d’artisanat ou de Néo-Industrie hybridant procédé, usage et interaction illustrant de façon intéressante les possibles du siècle qui s’ouvre. Il est intéressant de voir que ce Nouveau Monde a du mal à être saisi par l’ancien, notamment les entreprises et les designers alors que ce sujet est le leur. Les Designers-makers seront-il à l’industrie ce que les hackers ont été à l’informatique ? C’est tout le mal que l’on peut souhaiter à l’innovation industrielle.

Précision déontologique
NoDesign la société dirigée par Jean louis Frechin exposait un prototype financé par le VIA et collabore avec Sculpteo

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