Michelin parie sur la reprise du marché russe
Le 26 novembre 2009 par A MOSCOU, GENEVIÈVE COLONNA D'ISTRIA | L'Usine Nouvelle n° 3171Malgré la crise sans précédent qui touche le marché russe, Michelin maintient le cap. Seul équipementier de taille mondiale à posséder une usine dans le pays, il pourrait même agrandir son site de Davydovo. D'autant que la concurrence s'active.
Environ 9 000 kilomètres d'Ouest en Est, des routes en mauvais état enneigées dix mois de l'année et un parc automobile en forme de patchwork... Le marché russe n'a rien de confortable pour les constructeurs automobiles comme pour les équipementiers. Pourtant, Michelin a pris le parti, en 2004, de devenir le premier et le seul grand manufacturier occidental à s'implanter industriellement sur le territoire, avec le finlandais Nokian.
Feu Edouard Michelin avait alors décrété : « Nous sommes là pour poser nos valises. » Depuis, l'usine de Davydovo, située à 90 kilomètres de Moscou, produit des pneus tourisme-camionnette destinés au marché russe et aux pays voisins, avec un effectif de 700 personnes. « Notre capacité de production maximum est de deux millions de pneus par an, mais nous importons aussi de nos usines de l'Ouest pour satisfaire le marché. Nous nous tenons prêts à augmenter notre capacité de production », annonce Gérard Rouquette, le directeur du site de Davydovo, tout en restant évasif sur les échéances. Michelin aurait en effet dans l'idée de doubler la capacité de son usine « dès qu'il le faudra » avec, à la clé, la création de plusieurs centaines d'emplois. Outre l'investissement de 100 millions d'euros dans le site de Davydovo, Michelin a également décidé de mailler le territoire via 140 points de vente « Tyre Plus » dans 76 villes russes, où le client trouve en bonne place les pneus de la marque, de bien meilleure qualité que les médiocres productions locales comme celles de Sibur. « Il est impossible de prétendre conquérir un marché sans développer parallèlement des réseaux de distribution », ne cesse de répéter le patron de Michelin.
LES VENTES DE PNEUS ONT CHUTÉ DE 80 %
Le marché russe, qui représente un potentiel de 50 millions de voitures, a laissé miroiter de belles perspectives ces dernières années. « En 2008, on a immatriculé plus de véhicules neufs en Russie qu'en Allemagne », rappelle Eric Faidy, le directeur général de Michelin en Russie et pour les pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants). Mais avec la crise, les ventes de voiture ont chuté de 50 à 60 %. Quant au marché du pneumatique, il s'est carrément effondré. « Entre septembre 2008 et mars 2009, la chute a atteint les 80 % ! », précise Michel Rollier, le cogérant du groupe français.
Cependant, la firme de Clermont-Ferrand se veut rassurante. « Notre investissement en Russie reste une bonne opération », assure ainsi le directeur de Davydovo. A voir... Car Michelin, précurseur au pays des Soviets, pourrait bien se faire doubler rapidement par la concurrence. Nokian, un constructeur suédois qui y produit déjà 6 millions de pneus, prévoit de monter en capacité à 11 millions d'ici à 2011. D'autres concurrents comme Pirelli et Goodyear auraient également des velléités d'implantation d'usines sur le territoire avec des objectifs de production supérieurs aux capacités actuelles de Michelin.
« Pour le moment, nous sommes les seuls à avoir franchi le pas et nous conservons notre longueur d'avance », répond, bravache, le directeur de Michelin Russie. Pour combien de temps encore ? Car la reprise du marché se produira bien un jour.

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