"Michelin connaît l’une des croissances les plus importantes de son histoire"

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3303
Jean Dominique Sénard
© Luc Pérénom

  Jean-Dominique Sénard est arrivé il y a moins de six mois à la tête de Michelin. Le leader mondial des pneumatiques se porte bien et investit massivement. Faiblesse du marché auto, compétitivité et coût du travail, dialogue social… Jean-Dominique Sénard, assure qu’il n’y a pas de fatalité à la désindustrialisation.

L’Usine Nouvelle - Le secteur automobile souffre depuis le début de l’année. Michelin est-il touché par cette conjoncture défavorable ?
Jean-Dominique Sénard - Nous sommes face à une conjoncture européenne difficile, et Michelin est indirectement mais fortement concerné. Le problème des surcapacités en Europe est réel et il faudra évidemment régler cette question pour les constructeurs généralistes. Quand un client direct ralentit fortement, nous sommes obligés de nous adapter rapidement. La supply chain est très tendue. Cette situation appelle une gestion très rigoureuse de nos capacités. Pas de question de constituer des stocks excédentaires, c’est la pire des choses. La réactivité de l’entreprise est fondamentale dans une telle situation.

Comment dans ces conditions pouvez-vous maintenir un avenir pour Michelin en France ?
La France représente 10% du chiffre d’affaires de Michelin. Il faut regarder les choses sous un angle plus général. La France  a un certain nombre de correctifs à apporter, si nous le faisons, elle retrouvera une force industrielle. Mais pour la stratégie de Michelin, cette question dépasse le cadre de la France et l’un des grands piliers qui tire notre développement est l’innovation. Nous travaillons pour lui donner un second souffle dans l’avenir. C’est ce leadership technologique, qui fait que nos rapports avec les constructeurs automobiles deviennent plus rationnels. Le pneumatique joue un rôle décisif dans l’équilibre environnemental d’un véhicule.

Par second souffle, vous entendez modifier l’organisation de la R&D ?
Nous voulons renforcer la gouvernance sur la R&D. Nous voulons la rendre plus intégrée à la vie de l’entreprise. Il faut libérer la créativité des équipes, leur donner la capacité de s’exprimer sur les réseaux sociaux de l’entreprise pour participer à la vie du Groupe.

Ce rebond en R&D va-t-il faire évoluer votre business model, au regard des nouvelles réflexions sur la mobilité ?
Le pneu n’est plus aujourd’hui une commodité et ne se valorise donc pas comme tel. Nous nous orientons de plus en plus dans le service, notamment dans le B-to-B. L’interconnectivité joue un rôle de plus en plus important dans le véhicule. Le pneu peut donner des informations sur la route, sur la consommation, par exemple sur la Renault ZOE, nous avons conçu un pneu triple A, en anticipation des véhicules électriques. Autre exemple, la tablette de la Peugeot 208 comprend de nombreux éléments Michelin… Vous pouvez par exemple trouver en direct un restaurant recommandé par le guide Michelin ou obtenir en temps réel l’état du trafic. C’est une forme d’interconnectivité plus complète portée par la marque Michelin. Nous avons un spectre global d’intervention.

Michelin lance cette année la production de trois nouvelles usines géantes en Chine, en Inde et au Brésil.
Un autre levier stratégique est en effet la croissance capacitaire pour pouvoir livrer des marchés locaux. Ces trois nouveaux sites de production sont souvent évoqués, nous avons également décidé d’en créer un aux Etats-Unis (dans le génie civil – NDLR). Nous investissons aussi dans les pays matures. Cette croissance est l’une des plus importantes que Michelin ait connue dans son histoire, en termes d’ampleur.

Trois milliards d’euros d’investissements pour ces usines représentent une somme énorme.
Le groupe est aujourd’hui dans une situation qui lui permet d’envisager cette croissance avec une certaine sérénité. Ces investissements qui représentent 7 à 8% de notre chiffre d’affaires. Nous avons une croissance forte portée par des investissements conséquents, mais nécessaires, si nous voulons à terme que notre présence mondiale soit celle que nous méritons.

Le ralentissement de la croissance dans les émergents vous inquiète-t-il ?
Il est normal que ces pays connaissent des paliers dans leur vie économique. Aujourd’hui, ce n’est pas un sujet d’inquiétude susceptibles de remettre en cause nos perspectives de croissance [un objectif de 25% d’ici 2015, ndlr]. La croissance du PNB est une chose, la croissance de la mobilité en est une autre. Des éléments structurels nous laissent penser qu’elle est un peu plus forte, car la demande de mobilité est très importante dans le monde entier. Et dans le pneumatique, la demande en qualité, en performances, en sécurité, donc en pneus premium, accompagne la croissance.

Suite : "Le problème de l’Europe, c’est une crise de confiance générale"

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1 réaction

Docteur Oliv | 19/10/2012 - 18H00

Très intéressant, mais je suis toujours un peu dubitatif lorsque des Dirigeants pensent que l'acheteur de 208 va manger (au débotté puisqu'il est dans sa voiture) dans un Restaurant distingué par MICHELIN ????

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