MHI, un mari idéal pour Areva
Par Guillaume Maincent - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3152Spécialiste des réacteurs à eau pressurisée, Mitsubishi Heavy Industries présente de nombreux atouts pour devenir le partenaire privilégié du champion français du nucléaire.
Mitsubishi Heavy Industries (MHI), le futur partenaire d'Areva ? Un rapprochement fait en tout cas partie des scénarios que Jean-Cyril Spinetta, le tout nouveau président du conseil de surveillance d'Areva, pourrait évoquer prochainement. Car, pour se développer, le champion français du nucléaire a besoin de beaucoup d'argent. Après la rupture de ses liens avec Siemens, désormais allié au russe Rosatom, il est devenu vulnérable. Et la cession probable de l'activité Transmission et Distribution (T et D) n'arrangerait rien. Autres voies étudiées pour apporter de l'argent frais, une recapitalisation d'Etat sans cesse repoussée et l'arrivée au capital d'un « pool France » associant EdF, Bouygues ou Total.
Mais, depuis quelques années, le monde de l'atome privilégie la constitution de duos associant un expert du nucléaire et un conglomérat. A l'image de GE-Hitachi, Toshiba-Westinghouse et, prochainement, Rosatom-Siemens, en attendant le canadien AECL, dont Ottawa veut ouvrir le capital. Anne Lauvergeon, la patronne du groupe Areva, le dit elle-même : « Nous avons la culture du partenariat. » Alors, MHI sera-t-il ce partenaire providentiel ?
DES COMPLÉMENTARITÉS ALLÉCHANTES
Les deux groupes travaillent déjà ensemble. Leur alliance est d'abord commerciale. Depuis 2007, ils développent un projet de réacteur de moyenne puissance, présenté comme le cousin de l'EPR, au sein d'Atmea, une coentreprise d'une trentaine de personnes basée à la Défense. Le réacteur Atmea 1 doit être validé d'ici à la fin de l'année. Plus récemment, Areva et MHI ont étendu leur coopération à la fourniture de combustible (neuf et recyclé) par le biais de la coentreprise La Nouvelle Société, qui nourrit un projet d'usine aux Etats-Unis.
Ce rapprochement serait également l'occasion pour MHI de se « retrouver » un partenaire occidental. En 2006, l'américain Westinghouse lui a préféré son concurrent Toshiba et, depuis, il se sent seul. « Un partenariat stratégique avec Areva ferait donc sens. Cela offrirait au groupe français un accès privilégié à la supply chain japonaise des très gros composants », estime Colette Lewiner. La spécialiste des utilities chez Capgemini fait ici allusion à Japan Steel Works, le seul industriel du monde à forger des cuves de réacteur en une pièce. « Il ouvrirait aussi l'accès au marché asiatique des centrales de taille moyenne, où les besoins sont énormes mais le réseau électrique insuffisant pour supporter de gros EPR », analyse de son côté Claude Gatignol, le président du groupe d'études sur les énergies à l'Assemblée nationale. « A Tokyo, Anne Lauvergeon est accueillie à bras ouverts. En 2007, le ministre du Miti [l'équivalent japonais de Bercy, ndlr] a qualifié Areva d'entreprise japonaise ! », s'amuse le député.
Surtout, MHI souffre d'un complexe de taille : le groupe ne compte aucune réalisation complète de centrale à l'export. « Jusqu'à très récemment, son marché était d'abord domestique, avec des licences Westinghouse et des tailles de réacteur propres aux électriciens japonais, de 900 ou 1 000 MW, et de 1 400 MW aujourd'hui avec l'APWR », juge Rémy Autebert, le patron d'Areva pour le Japon. MHI pourrait remporter son premier succès aux Etats-Unis, où il cherche à placer son APWR... face à l'EPR d'Areva.
En attendant, il est difficile d'avoir une idée précise des synergies possibles tant le conglomérat Mitsubishi est vaste. MHI fabrique des climatiseurs, des pièces de fusée, des voitures... Au sein du secteur énergie, qui a généré un tiers du chiffre d'affaires du groupe (24,6 milliards d'euros) et les trois quarts du résultat opérationnel en 2008, il y a les pompes à chaleur, les moteurs de bateau, les centrales à gaz, les panneaux photovoltaïques et, nouvellement, les centrales à charbon avec captage de CO2.
En termes de business unit, l'activité nucléaire (5 % des ventes de MHI, environ 3 000 salariés) est distincte de ce pôle énergie, mais partage son outil industriel. Le site de Takasago, par exemple, près d'Osaka, conçoit les îlots conventionnels et s'occupe de turbines à gaz et de rotors d'éoliennes. Il travaille aussi sur les réacteurs du futur, laissant les équipements liés au cycle du combustible au site de Kobe, et le combustible lui-même à une autre société du conglomérat, Mitsubishi Nuclear Fuel (MNF). « MHI, c'est Areva et Alstom réunis ! Il regroupe tous les corps de métier d'une centrale nucléaire, cuves, turbines, portiques, sauf le génie civil », résume un expert. « Il est capable de tout construire, mais avec ses propres moyens. Il n'a pas d'alliances fortes à l'international », complète Rémy Autebert, qui a commencé à travailler avec MHI sur du retraitement de combustible usé (Areva gère avec lui le site de Rokkasho-Mura, l'équivalent japonais de La Hague).
FABRIQUER SUR PLACE POUR LA CHINE OU LE BRÉSIL
Pour construire ses centrales nucléaires, MHI peut aussi compter sur quelques partenaires locaux, comme le fabricant de composants lourds BWXT à Mount Vernon, aux Etats-Unis (filiale de Babcock et Wilcox), son alter ego brésilien Nuclep à Rio de Janeiro (pressuriseurs, générateurs de vapeur) et trois sites chinois : Chengdu, Shenzhen et l'usine d'Areva à Deyang. « De quoi permettre de fabriquer sur place si le Brésil ou la Chine achètent l'Atmea », juge Michel Lecomte, le directeur adjoint de la R et D d'Areva. En France, hormis Areva, MHI est aussi connu d'EdF. Depuis 2005, il est son fournisseur de générateurs de vapeur destinés à remplacer les vieux générateurs des centrales françaises. En février dernier, le japonais a encore gagné un contrat portant sur six pièces, en association avec Comex Nucléaire. MHI compte aussi dans son tableau de chasse la Belgique, les Etats-Unis, la Chine, le Mexique, la Suède, l'Espagne, la Slovénie, l'Afrique du Sud et Taïwan, pour des générateurs de vapeur mais aussi pour des turbines, des fonds de cuve, des pompes de refroidissement ou des pressuriseurs. Il travaille avec Areva sur la cuve de l'EPR d'Olkiluoto, en Finlande, et postule à ses côtés sur l'appel d'offres sud-africain, face à Westinghouse. La faisabilité d'un tandem Areva-MHI sera aussi jugée au résultat de ce contrat.

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