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MÉTRO, TRAM, TRAIN... UNE EXPERTISE MADE IN FRANCE

Par PAR OLIVIER COGNASSE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3262

Keolis, Ratp Dev et Veolia-Transdev raflent des contrats à travers le monde, comme celui du métro d'Alger qui vient d'être inauguré. Ils assurent la reconnaissance d'un savoir-faire hexagonal.

Les drapeaux flottent au vent et la foule brandit avec ferveur des portraits d'Abdelaziz Bouteflika. Ce 31 octobre, le président descend de sa limousine place des Fusillés pour un voyage inaugural jusqu'à Grande Poste, centre d'Alger. Les Algérois n'en croient pas leurs yeux. Trente ans après les premiers coups de pioche, le métro de la capitale algérienne fonctionne enfin sur 8,5 kilomètres avec 14 rames semi-automatiques. Un succès populaire... et français ! Ce métro est aussi le succès d'une expertise française reconnue. Systra et Vinci ont participé à sa construction ; RATP Dev l'exploitera pendant huit ans avec sa filiale RATP El Djazaïr, qui emploie 400 personnes. Montant du contrat : 130 millions d'euros.

Même si l'appel d'offres n'était ouvert qu'à des sociétés de langue française, Amar Tou, le ministre algérien des Transports, estime qu'il n'y a pas beaucoup d'entreprises capables de proposer un service de ce niveau. « Les Algériens ne prennent aucun risque, poursuit-il. Ils connaissent le métro parisien. » Du coup, RATP Dev devrait aussi exploiter le tramway algérois qui commence à rouler. Dix-sept lignes sont programmées. Des extensions sur la ligne 1 du métro sont aussi prévues pour 2015, alors que le projet d'une deuxième ligne est évoqué. « Il y aura 40 kilomètres de lignes de métro à Alger et autant pour le tramway en 2020 », précise Amar Tou.

En matière de transports collectifs, le savoir-faire de nos champions nationaux (RATP Dev, Keolis, Veolia-Transdev et Systra) s'exporte très bien ! Dans quelques semaines, un consortium organisé autour de Keolis, la filiale de la SNCF, signera un contrat de vingt-deux ans à Nottingham (Royaume-Uni) pour l'exploitation d'une ligne de tramway et la construction de deux autres lignes. Vinci et Alstom sont de la partie. En Allemagne, nos « Mousquetaires du transport » s'imposent aussi. Keolis y poursuit son expansion. Quant à Veolia-Transdev, premier opérateur privé outre-Rhin, il vient de ravir deux nouvelles lignes à... la Deutsche Bahn.

Opérateur sur la première ligne de train à grande vitesse britannique, la « High speed one », entre Londres et Ashford, dans le Kent, Keolis est préqualifié pour la « High-speed two », qui devrait se diriger vers le nord dela Grande-Bretagne. « Nous sommes présents en permanence sur une dizaine d'appels d'offres, précise Bernard Tabary, le directeur général chargé de l'international chez Keolis. Nous privilégions les marchés où nous sommes déjà implantés car les montages sont parfois complexes. L'effet d'expérience rend les candidatures moins onéreuses. »

Habitués aux appels d'offres

Les succès de ces entreprises à l'international s'expliquent par l'histoire du transport public français et par ses réussites technologiques, notamment le TGV. Mais pas seulement. « Les groupes tricolores sont forts, car en France le système d'appel d'offres est en vigueur depuis longtemps, note Jean-Claude Favin-Lévêque, un ancien cadre de la SNCF devenu consultant. Nos entreprises sont capables de répondre à des autorités régulatrices. Ce métier ne consiste pas seulement à savoir faire rouler des trains ou des bus. Il faut aussi être apte à anticiper les besoins. » Et la France est un vrai showroom pour la SNCF, la RATP et Veolia-Transdev. « La réputation des acteurs français sur l'exploitation des réseaux est l'élément différenciant, confirme Arnaud Béchet, le président du cabinet D.E. Industrial Consulting. Cela a un impact déterminant sur la crédibilité de ces entreprises à l'international. » Le projet de transport orchestré autour du Grand Paris ne devrait pas assombrir cette aura, bien au contraire !

Le savoir-faire des opérateurs français se retrouve à tous les niveaux. Thierry Guinard, chargé de mission chez Keolis, a suivi le projet de Bergen (Norvège), où son entreprise a décroché un contrat pour exploiter le tramway via un joint-venture avec le local de l'étape, Fjord 1 Partner. « Le client a choisi tardivement l'exploitant, explique-t-il. Il nous a fallu recruter rapidement des responsables locaux et les former au Mans. C'est la SNCF qui assurait les tests psychologiques pour notre compte. » La promotion et l'aide, notamment financière, du gouvernement français sont aussi des atouts considérables pour permettre aux entreprises tricolores de s'imposer, aussi bien en ingénierie qu'en exploitation. Comme dans le cas du TGV marocain, dont le chantier vient d'être lancé. La même « recette » a permis à l'ingénieriste Systra de récupérer la maîtrise d'oeuvre du métro de Hanoi, au Viêt Nam... en attendant que les opérateurs se placent pour l'exploitation.

L'avenir risque d'être plus concurrentiel pour les Mousquetaires du transport public. « Il y aura certainement de nouveaux entrants car c'est un marché immense, assure Arnaud Béchet. Les groupes français sont techniquement bien armés et politiquement efficaces. Ils sauront s'adapter aux enjeux. » Le britannique Arriva a été racheté par la Deutsche Bahn, ses compatriotes First et Go Head et le chinois MTR se montrent de plus en plus offensifs. Ce dernier avait d'ailleurs pris le métro de Stockholm (Suède) à Veolia-Transdev en 2009. Une montée en puissance qui n'inquiète pas Bernard Tabary. « Notre métier est porté par l'accroissement de la population urbaine et l'évolution des comportements, comme en Australie et dans d'autres pays qui ne juraient que par la voiture », assure le dirigeant de Keolis. Un enthousiasme que modère Jean-Marc Janaillac, le PDG de RATP Dev, malgré une croissance de 65 % prévue d'ici à 2013. « Le souci, ce sont les finances publiques. Le transport est largement subventionné en Europe et aux États-Unis, rappelle-t-il. Nous entrons dans une période plus difficile où il y aura moins d'argent à dépenser dans les investissements et le fonctionnement. »

Face à l'assèchement de leur marché traditionnel, les Mousquetaires tentent de prendre pied sur le nouveau champ de bataille du transport public : les pays émergents. En Asie, au Maghreb et dans les pays du Golfe, les projets sont nombreux. Si Keolis est encore en phase exploratoire en Asie, les deux autres protagonistes ont déjà sorti leurs mousquets sur ce continent. Veolia-Transdev et RATP Dev codirigent Veolia Transport RATP Asia (VTRA), un joint-venture qui exploite plusieurs lignes de bus - à Nanjing (Chine) - et de métro - à Séoul (Corée) et à Bombay (Inde). Un an après le Mondial de football en Afrique du Sud, pour lequel un premier tronçon avait été mis en service, RATP Dev a aussi démarré cet été l'exploitation du Gautrain, qui relie Johannesburg à Pretoria. Mais le message est clair : alors que notre commerce extérieur accuse un déficit croissant, le transport public compte parmi les derniers bastions du made in France.

LE TRIO FRANÇAIS

VEOLIA-TRANSDEV LE NUMÉRO 1 Actionnaires Veolia Environnement (50 %), Caisse des dépôtset consignation (50 %) Date de création 2011 (fusion entre Veolia Transport et Transdev) Activités Exploitation et maintenance Chiffre d'affaires 8 milliards d'euros Effectif 119 000 salariés Pays les plus représentatifs Allemagne, Benelux, États-Unis Evènements 2011 Contrat ferroviaires entre le Danemark et la Suède (Copenhague/Malmö) et en Westphalie-Lippe (Allemagne) ; exploitation du réseau de Long Island Bus (État de New York aux États-Unis) Le premier opérateur mondial à l'international où il réalise deux tiers de son chiffre d'affaires. KEOLIS LE FAUX-NEZ DE LA SNCF Actionnaires SNCF Participations (56,5 %), Axa Private Equity (40,7 %), management et salariés (2,8 %) Date de création 2001 Activités Exploitation et maintenance Chiffre d'affaires 4,1 milliards d'euros (2010, dont 45 % à l'international) Effectif 47 200 salariés Pays les plus représentatifs Allemagne, Australie, Royaume-Uni Événements 2011 Renouvellement et extension du contrat d'exploitation de la ligne Ostwestfalen-Lippe (Allemagne) ; contrat pour l'exploitation du tramway de Gold Coast (Australie) Grâce à sa filiale, la SNCF s'ouvre des marchés sans trop gêner les opérateurs locaux. RATP DEV LE CHAMPION DE LA CROISSANCE Actionnaire RATP Date de création 2002 Activité Exploitation et maintenance, expertise technique Chiffre d'affaires 600 millions d'euros (2011) dans 12 pays Effectif 10 000 salariés Pays les plus représentatifs Royaume-Uni, Afrique du Sud Evènements 2011 Acquisition du britannique SML qui exploite le tramway de Manchester ; lancement de l'exploitation de la première ligne de métro d'Alger ; mise en service du second tronçon du Gautrain entre Johannesburg et Pretoria En récupérant des actifs de Transdev, il entre dans une autre dimension. Son chiffre d'affaires doublera cette année.

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