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MÉTIERSFINANCE-JURIDIQUEDes nouveaux stratèges de l'anticipation

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2731

MÉTIERS

FINANCE-JURIDIQUE

Des nouveaux stratèges de l'anticipation



LES DÉFIS À RELEVER

Exigence croissante des actionnaires en quête de transparence.

Construction d'une véritable politique de gestion des risques industriels.



Les compétences clés

Contrôleur de gestion

Le top

Maîtrise de la " balanced scorecard ", qui permet de traduire la stratégie de l'entreprise en objectifs opérationnels.

Les basiques

Ingéniosité dans la construction de tableaux de bord stratégiques.

Pratique du " benchmarking " entre services et d'audits internes.

Sens de la formule et pouvoir de persuasion.

Directeur administratif et financier

Le top

Maîtrise parfaite de l'informatique de gestion (ERP...).

Les basiques

Clarté d'esprit, rigueur et art du compromis avec les actionnaires.

Connaissance des produits bancaires et du marché en vue de placements lucratifs.

Vigilance pour le contrôle des règles comptables dans les applications informatiques.

Risk- et credit manager

Le top

Tact et doigté pour prévenir tout risque lié aux produits ou à l'activité.

Les basiques

Ténacité et entregent pour relancer les mauvais payeurs ou les retardataires

Bonne culture générale en finance, juridique et commercial pour négocier avec les services spécialisés.



Ses talents, c'est dans une start-up que Cécile André les exerce depuis janvier. Directrice administrative et financière (DAF) de meilleurstaux.com, un portail de services financiers, cette femme de 31 ans incarne la nouvelle garde d'une fonction qui s'est modernisée. Ses attributions dépassent le cadre traditionnel. " Le DAF a toujours eu un rôle d'intermédiaire, sauf que, aujourd'hui, je ne me contente plus de retranscrire dans les comptes la stratégie de l'entreprise, mais aussi de peser sur les décisions ", constate-t-elle. Sous la pression de la capitalisation boursière et des nouvelles technologies, les financiers et contrôleurs de gestion sont devenus des interlocuteurs de poids. Fini, l'image poussiéreuse du contrôleur scrutant à la loupe des lignes de budget avec un oeil réprobateur en cas de dépassement ! Place à l'anticipation ! " Aujourd'hui, il a un rôle essentiel dans la diffusion de la stratégie ", souligne Jean Albisetti, rédacteur en chef de la revue " Echanges ", publiée par l'association des directeurs financiers et des contrôleurs de gestion (DFCG). A lui de traduire concrètement les décisions prises en haut lieu. A sa disposition, en plus de l'antique " reporting ", des outils informatiques sophistiqués, qui permettent de simuler des résultats selon différents scénarios. Par exemple, en cas d'achat d'une société, quelles peuvent être les conséquences pour l'entreprise ou pour un service donné ? Ce que permet de faire la " balanced scorecard ", un système de mesure qui traduit une stratégie en objectifs opérationnels à l'aide d'indicateurs de performances. Venue des Etats-Unis, cette méthodologie fait son chemin. " Car le contrôleur doit pouvoir fournir des pronostics à la direction, anticipant les résultats ", explique Bénédicte Leroy, consultante à la Cegos. Primordiale, donc, la maîtrise de tous les types de tableaux de bord stratégiques ! Ce qui ne dispense pas les contrôleurs de cultiver leur sens de la pédagogie et de la persuasion. Il faut faire passer les messages de contrôle de coût en douceur ! A maîtriser également l'informatique de gestion. Et là, tout le monde est logé à la même enseigne. " La connaissance des progiciels de gestion est indispensable ", reconnaît Olivier Avril, DAF chez ELM Leblanc (fabricant de chaudières), qui a dû lui-même mettre à jour ses compétences sur leur utilisation. Pour le financier, le changement est de taille. " Il devra contrôler le respect des règles comptables dans les applications informatiques et non plus se contenter d'enregistrer les entrées et les sorties de matières premières, de fournitures, etc. ", précise Bénédicte Leroy.

Pas de profil type pour le risk manager

Autre corde à mettre à son arc : la gestion des risques. Une compétence qui, avec l'impact médiatique des récentes affaires de listeria, peut s'amplifier " L'actionnaire réclamant la transparence dans la gestion de l'entreprise, les risques feront bientôt partie de l'information à donner dans les comités de direction ", prédit Jean-Baptiste Lizot, chez Eridania Béghin-Say, " risk manager ". Une profession au départ exercée par des comptables, et qui rassemble aujourd'hui des financiers, des juristes, des commerciaux... qui ont appris sur le tas. On recense même un pilote de chasse ! " Il n'y a pas de profil type ", juge Alain Lemaire, président de l'association pour le management des risques et des assurances des entreprises. A condition, toutefois, d'être psychologue ! Mêmes opportunités dans le " credit management ". Mais il faut maîtriser trois compétences clés : " Commerciale, financière et juridique ", résume Jean-Louis David, secrétaire général de l'Association française des credit managers et conseils (AFDCC). Fait nouveau, la fonction se développe dans les PME. C'est le cas de Martine Moutteau, trésorière et credit manager à la Papeterie de Cran (Haute-Savoie) : " Un métier qui nécessite beaucoup de diplomatie et de compréhension pour éviter la rupture avec les clients. "



Une initiation au " management motivationnel "

Chantal Thoma, 36 ans

Responsable finance-client chez Radiospares (VPC, Beauvais, 500 salariés)

Le hasard fait parfois bien les choses. Après des études de psychologie et de gestion, c'est au cours d'un stage dans un organisme de crédit que Chantal Thoma découvre le credit management. Et là, c'est le déclic. " Cela m'a tout de suite plu, car c'est un métier fondé sur les échanges avec les clients. " Ses premières armes, elle les fait chez Siemens Nixdorf, comme responsable crédit des ventes, puis responsable crédit et contentieux. Elle fait confiance à son instinct pour étudier la solvabilité de ses clients. " C'est un travail d'investigation établi sur le bon sens ", estime cette passionnée. Deux ans plus tard, changement de trajectoire. Profitant d'une opportunité, elle entre chez Huntmann Chemicals. Et devient responsable crédit Europe. Entre deux avions, Chantal Thoma prend des cours d'anglais et d'allemand, et, surtout, se forme au management motivationnel et au management par la qualité totale. " Cela m'a beaucoup appris. J'avais besoin d'un complément pour piloter une équipe, passer d'une structure à l'autre, analyser des situations. " Pour le reste, elle s'en remet à ses collègues. " Dès que j'ai un problème, j'en appelle un. " En janvier dernier, elle devient responsable finance-client chez Radiospares, un vépéciste industriel de 500 salariés. " Aujourd'hui, je ne touche plus à un dossier de crédit, mais je fais énormément de gestion et d'animation de projet. " Elle encadre 20 personnes. Et mène, à ses heures creuses, pour la profession, une formation à l'organisation d'un service crédit.



Cela ne s'apprend pas dans les livres !

Jean-Baptiste Lizot, 55 ans

Risk manager du groupe Eridania Béghin-Say (agroalimentaire, Neuilly-sur- Seine, 22 271 salariés-monde)

Rien ne le prédestinait au risk management. Comme beaucoup, Jean-Baptiste Lizot, 55 ans, s'est découvert cette vocation sur le tard, après des études de droit et trois ans passés à l'UAP. Alors qu'il doit ouvrir une agence d'assurances, il s'aperçoit que sa vie est ailleurs. " Une discipline me passionnait : la gestion des risques. Et elle commençait à émerger ", se souvient-il. Sans hésitation, il rejoint une filiale de Schlumberger comme adjoint au responsable du service assurances. Puis une compagnie américaine, la Factury Mutuals, spécialisée dans l'assurance des risques industriels, où il finit directeur souscription Europe du Sud. Régulièrement, il suit des cours de management, de communication. " Dans une entreprise américaine, c'est très naturel de suivre des formations manageriales, alors que, en France, elles ne font pas partie des impératifs ! ", juge-t-il. Mais le milieu industriel lui manque. En 1995, il entre chez Thomson Multimédia, comme directeur risques et assurances. On est en pleine polémique sur le " franc symbolique ", et l'avenir est plutôt sombre. Jusqu'à ce coup de fil de la direction de Béghin-Say, qui le contacte pour prendre la tête de la division risques et assurances du groupe. Un rôle clé : " Il fallait fédérer les cinq secteurs d'activité pour créer une véritable politique de gestion des risques. " La tâche est vaste, et son passé professionnel sa meilleure arme. " J'ai vingt-cinq ans d'expérience derrière moi ; c'est bien plus important que le savoir livresque ", conclut-il.

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