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Mesurer l'économie verte

Le 18 juin 2009 par Rédaction L'Usine Nouvelle
Gilles Le Blanc
© ©Gaël Kerbaol

Un récent rapport français évalue l'ensemble des éco-industries à 390000 emplois et 57 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Depuis quelques mois, l'économie verte est devenue l'horizon indépassable de la sortie de crise. Les pays rivalisent d'ambitieux objectifs, multiplient les mesures de soutien, de subvention et d'incitation, et promettent un rebond de la croissance et de l'emploi autour des activités réduisant les divers dommages à l'environnement. Le rôle économique de ce dernier se voit transformé : de contrainte à respecter (par la taxe, la norme ou un accord volontaire), il devient moteur des politiques économiques inspirant des « New Deals verts ». Au-delà des débats macroéconomiques sur l'existence et l'ampleur des effets attendus, cela soulève d'inédits et complexes problèmes de mesure. Il va bien falloir en effet évaluer l'impact des décisions prises sur la croissance et l'emploi, et donc disposer d'informations quantitatives représentatives. Les appareils statistiques existants, fondés sur une représentation conventionnelle de l'économie autour d'une classification des activités, de branches et de secteurs, sont inadaptés pour produire de telles données. Pour remédier à cette lacune, des travaux ont été engagés dans l'urgence par nombre d'institutions : les Nations unies, le Bureau of Labor Statistics, chargé par le président Obama de définir et produire dès 2011 une mesure des « green-collar jobs », ou encore l'Insee en France. Faut-il adapter la classification existante ou bien en élaborer une nouvelle ? La tâche est compliquée par l'extrême variété des activités vertes. Qu'y a-t-il de commun entre la production industrielle de panneaux solaires, d'éoliennes ou de biocarburant à partir d'algues, un logiciel d'écoconception ou de mesure de l'empreinte énergétique, un compteur intelligent collectant et diffusant les données individuelles de consommation sur un réseau électrique, ou des batteries d'ampoules LED pour l'éclairage public ? Ces activités sont dispersées entre différents secteurs et ne représentent qu'une fraction de la production totale de l'entreprise ou de l'établissement, unité élémentaire de collecte statistique. On assiste donc à une floraison d'essais de mesure à partir des différentes définitions proposées pour appréhender l'économie verte : environnement, cleantechs, éco-activités... Le récent rapport français sur les éco-industries distingue trois groupes (filières en rupture, en forte croissance et socle historique) pour évaluer l'ensemble à 390000 emplois et 57 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Le risque : ne traiter qu'un aspect de la question -la production de biens verts, alors que la diffusion de technologies vertes dans les procédés et les produits des secteurs traditionnels ainsi que les services associés sont au moins aussi importants pour apprécier la transformation de l'économie -et compliquer toute comparaison géographique. Un effort collectif de standardisation est donc indispensable. Pour s'accomplir dans des délais raisonnables, ce travail doit viser à la fourniture d'informations complémentaires permettant la mesure de l'économie verte, sans ouvrir le titanesque chantier d'une refonte complète des appareils statistiques existants. Après tout, toute classification est une convention, construite en réponse à un objectif et des besoins particuliers : l'essor du commerce extérieur au XIXe siècle, l'évaluation des politiques économiques actives de type keynésien sur la croissance du PIB au XXe. Faire coexister différentes représentations de l'économie n'est donc pas un problème. Pour définir une classification verte, une démarche pragmatique peut éviter les épineux et interminables débats méthodologiques (faut-il grouper les activités à partir de similarités dans le processus de production ou dans la demande ?) en les traitant au cas par cas et faciliter un accord rapide sur une grille de mesure commune. Pour l'Europe, qui doit coordonner des efforts nationaux aujourd'hui dispersés, c'est un enjeu décisif.

Gilles Le Blanc

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