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MENACE SUR L'AVENIR NUCLÉAIRE DE GDF SUEZ

Par PAR LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3261

Sa filiale Electrabel est l'unique opérateur nucléaire en Belgique. La décision du royaume de s'affranchir de l'atome à partir de 2015 pourrait remettre en cause la stratégie du premier énergéticien mondial.

GDF Suez n'a pas vu le coup venir. Son PDG, Gérard Mestrallet, pourtant fin stratège, est tombé de haut. À la fin octobre, le ton est monté, une fois de plus, entre l'énergéticien et le gouvernement belge. Des rumeurs courent alors sur un quadruplement de la taxe nucléaire acquittée par sa filiale Electrabel, qui exploite les sept réacteurs nucléaires du royaume. Elle pourrait passer d'environ 250 millions d'euros par an à 1 milliard. Une somme inacceptable pour Gérard Mestrallet qui tape du poing sur la table. Le groupe se dit prêt à réévaluer « sa stratégie d'investissements en Belgique et en particulier sa disposition à étendre la durée de vie des trois plus vieux réacteurs », lance-t-il. Comprendre : en cas de surtaxation, le groupe arrêterait les réacteurs Doel 1 et 2 et Tihange 1 dès 2015.

Mais ce n'est pas une hausse de la fiscalité pesant sur le nucléaire que préparaient les négociateurs des six partis de coalition chargés de définir le programme du prochain gouvernement. Le 30 octobre au soir, ils annoncent une sortie progressive de l'atome... dès 2015. À condition que le pays ait la capacité de remplacer les 5,7 GW d'électricité d'origine nucléaire en temps et en heure, dont 2 GW d'ici à trois ans. « Dire aujourd'hui qu'on tiendra le calendrier quoi qu'il arrive, coûte que coûte, ne serait pas réaliste », admet Paul Magnette, le ministre de l'Énergie. Cependant, Electrabel considère la décision ratifiée et « se conformera aux décisions prises, en mettant immédiatement en place des équipes de projet pour préparer la mise à l'arrêt dès 2015 des unités concernées ».

Un plan de route intenable

Pour GDF Suez, cela équivaut à une remise en cause de sa stratégie nucléaire. Le groupe a longtemps visé un objectif de 15 % d'électricité d'origine nucléaire dans son mix énergétique, contre environ 10 % aujourd'hui. Pour cela, il souhaitait disposer d'une vitrine en France. Mais le gouvernement lui a refusé la possibilité d'être opérateur du réacteur EPR, dont la construction était prévue à Penly (Seine-Maritime). Le gouvernement n'a pas non plus donné suite à sa demande d'implanter un réacteur Atmea (conçu par Areva et MHI) dans la vallée du Rhône. Faute de base nucléaire dans l'Hexagone, GDF Suez mettait en avant ses sept réacteurs belges. Ce bel outil industriel, comptant 4 000 salariés, affiche un impressionnant taux de disponibilité de 90 %, contre moins de 80 % pour le parc nucléaire français. GDF Suez était prêt à investir 1 milliard d'euros pour prolonger de dix ans la durée de vie des réacteurs Doel 1 et 2 et Tihange 1.

Qu'en est-il aujourd'hui ? Suite à l'accident de Fukushima le 11 mars, l'objectif de 15 % d'électricité d'origine nucléaire semblait déjà difficile à tenir pour le groupe. GDF Suez avait annoncé qu'il reverrait sa stratégie à la mi-2012, à l'issue des stress tests menés dans le parc nucléaire européen. Gérard Mestrallet maintient le rendez-vous. « GDF Suez ne va pas faire de croix sur ses ambitions. L'énergéticien possède de très belles opportunités au Royaume-Uni et au Brésil », juge Nicolas Goldbard, analyste chez Sia Conseil. D'ici à 2023, les Britanniques auront besoin de 10 GW d'électricité d'origine nucléaire. GDF Suez compte participer à ce programme à travers le consortium NuGeneration, avec Iberdrola et Scottish and Southern Energy. Au Brésil, GDF Suez, le premier électricien privé, est en discussion avec les autorités afin de construire des centrales. « GDF Suez est un groupe assez puissant pour être crédible sans nucléaire dans ses pays mères », juge Nicolas Goldberg.

La solution des centrales à gaz

Le groupe subira, quoi qu'il en soit, un léger contre-coup financier. La Belgique ne représente que 10 % de l'excédent brut d'exploitation de GDF Suez. Pourtant, les analystes d'Oddo Securities estiment que l'objectif de 20 milliards d'euros d'Ebitda à l'horizon 2023 n'est plus atteignable. Pour limiter les frais, GDF Suez peut s'appuyer sur ses positions solides dans l'hydroélectricité, l'éolien et surtout dans le gaz. Ce dernier représente déjà 50 % du mix de production du groupe et cette énergie entre dans son âge d'or, à en croire l'Agence internationale de l'énergie. Par ailleurs, GDF Suez s'est ouvert les portes du Moyen-Orient et de l'Australie en rachetant, en 2010, le britannique International Power, mais aussi celles de l'Asie grâce à son partenariat avec le chinois CIC.

GDF Suez saura tirer son épingle du jeu malgré le revers belge, en construisant des centrales à gaz. Car c'est la plaque de cuivre ouest-européenne (le réseau électrique transfrontalier) qui accuse le coup le plus brutal. L'arrêt progressif de 24 réacteurs nucléaires en Allemagne et en Belgique, entre 2011 et 2025, va compliquer l'approvisionnement électrique. La France y est aujourd'hui le dernier pays exportateur d'électricité... mais seulement en dehors des périodes hivernales de forte consommation.

Sortir de l'atome coûterait cher

Une sortie progressive du nucléaire en France d'ici à 2030 coûterait cher, selon une étude de l'Union française de l'électricité (UFE). Dans le cas d'une production électrique assurée à 70 % par l'atome en 2030 (contre environ 75 % actuellement), 322 milliards d'euros d'investissements seraient nécessaires selon l'UFE, qui représente les grandes entreprises de l'électricité, notamment EDF et GDF Suez. Dans l'hypothèse d'une réduction à 50 % de la part du nucléaire, comme le propose le candidat socialiste à la présidentielle François Hollande, l'effort serait porté à 382 milliards d'euros, soit un surcoût de 60 milliards. Le particulier verrait ainsi sa facture augmenter de 33 % en vingt ans si la part de l'atome était réduite à 70 %, et de 50 % si la France réduisait sa dépendance à l'atome à 50 %.

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