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Méli-mélo en Hindoustan

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3257
Pierre-Olivier Rouaud
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Sur le papier pourtant tout est simple. L'Inde, on le sait, est une démocratie parlementaire...

Le Shiv Sena, un parti d'extrême droite à Mumbay qui s'en prend aux rickshaws en grève et aux « va-nu-pieds » du nord du pays, un mouvement autonomiste dans le centre, le « chief minister » de l'État du Gujarat à l'Ouest mis en cause pour des massacres interreligieux, un procès pour des votes achetés à l'Est, des guérilleros maoïstes ici ou là... et au milieu de tout cela un gouvernement fédéral. Pour le visiteur, tenter de saisir la vie politique indienne relève de la gageure. Sur le papier pourtant tout est simple. L'Inde, on le sait est une démocratie parlementaire. Dans cette république fédérale de 1,2 milliard d'habitants, lors des législatives de 2009, 417 millions d'électeurs avaient voté, soit 60 % du corps électoral. Depuis, au Lok Sabha, la Chambre des députés, le pouvoir législatif s'organise, autour de deux coalitions. Il y a d'une part l'UPA, majoritaire, dominé par le Parti du Congrès (celui de Nehru et d'Indira Gandhi, de tradition socialiste) et d'autre part, dans l'opposition, la NDA, alliance centrée autour du BJP, marqué à droite et plutôt libéral. Depuis sa victoire, l'UPA dirige le pays pour cinq ans en principe, avec comme chef de file le Premier ministre issu du Parti du Congrès, Manmohan Singh, économiste de 79 ans reconnaissable à son éternel turban bleu.

Sans oublier Sonia Gandhi, grande prêtresse du même parti que préside cette native d'Italie qui fut la belle fille de feu Indira. Voilà pour les principes. Mais à voir défiler les « breaking news » sur les chaînes d'information, il y a donc de quoi attraper le tournis, tant les nouvelles de politique intérieure se succèdent. Il faut y ajouter l'obsession sécuritaire vis-à-vis du Pakistan, la rivalité avec la Chine et le pilotage ardu de l'économie entre inflation galopante, croissance échevelée et inégalités inouïes. À peine saisit-on alors la tâche herculéenne que constitue la direction de ce pays qui compte 28 États, sept districts (dont New Delhi), des milliers d'ethnies et plus de 350 partis. Depuis peu s'ajoute à ce méli-mélo, le mouvement apolitique d'Anna Hazare, activiste de 74 ans parti en guerre contre la corruption et qui, avec des centaines de milliers de partisans, fait trembler les pouvoirs en exigeant une loi anticorruption ultrarépressive. Incrustée à tous les stades de la société, la corruption est un fléau national. Ces derniers jours à l'occasion de Dussehra, la fête hindoue qui célèbre la victoire du bien (le dieu Râma) sur le mal (Râvana) la presse s'interrogeait : Anna pourra-t-il venir à bout du démon des bakchichs ? Et donner plus de sens au concept que chacun rappelle ici sans cesse de « plus grande démocratie du monde ». Bel espoir.

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