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"Méditer, c'est apprendre à manager, tourné vers les autres", explique Sébastien Henry

Christophe Bys ,

Publié le

Entretien Entrepreneur et conférencier spécialiste de l’accompagnement de dirigeants, Sébastien Henry vient de publier aux éditions Dunod "Ces décideurs qui méditent et s’engagent". Il y explique comment cette pratique change en profondeur la manière d’appréhender le management des équipes.  

Méditer, c'est apprendre à manager, tourné vers les autres, explique Sébastien Henry

L'Usine Nouvelle - Pour votre livre, vous avez rencontré des dirigeants qui pratiquent la méditation. Quelle est leur motivation en général ?

Sébastien Henry - Elles sont diverses. En résumé, il y a trois cas type. Le premier c'est le cadre supérieur hyper stressé, au bord de craquer, qui se met à la méditation pour sauvegarder sa santé. D'autres vont y venir à la suite d'une crise, d'un événement personnel, un divorce par exemple.

Ainsi, au Japon, après le tremblement de terre, on a vu des gens commencer à méditer. Le trosième profil correspond à ceux qui se portaient bien mais qui voulaient sortir de l'agitation permanente dans laquelle ils se trouvaient. Ils avaient un besoin de ressourcement très fort.

Que recherchent-ils plus précisément ?

Les motivations varient beaucoup d'une personne à l'autre. Généralement, on y trouve un moyen de souffler, de faire une pause. Mais ce n'est pas souffler pour s'arrêter, mais pour revenir au monde différent. La méditation permet d'être plus lucide, et ce faisant, d'être beaucoup plus créatif, ou, pour être précis, d'être créatif de façon différente. La méditation aide à prendre de meilleures décisions en étant lucide. Quand on est sous pression, on a tendance à réagir de manière plus mécanique.

N'est-ce pas une préoccupation un peu "new age", une nouvelle lubie de consultants ?

Je pratique la méditation depuis longtemps à titre personnel. Cela n'a rien d'une lubie. Ensuite, je vous invite ainsi que tous les sceptiques à vous rendre comme je l'ai fait à Wisdom 2.0 à San Francisco. Vous n'y rencontrerez pas des rêveurs, mais des gens comme le patron de Ford, celui de Linkedin et bien d'autres qui viennent parler de leur pratique. Ils expliquent très bien qu'avec la méditation ils obtiennent la même performance, voire davantage mais en étant dans la sérénité et l'empathie.

Steve Jobs qui pratiquait la méditation disait que ses idées les plus créatrives venaient après les périodes de silence intérieur qu'il vivait. Cela me semble assez évident finalement : on ne réfléchit pas, on ne réagit pas de la même façon si on est dans l'agitation ou si on sort d'un moment de grand calme. Méditer c'est apprendre une autre façon de manager, plus tournée vers les autres, car l'empathie est importante.

Cela semble magique. Comment est-ce possible ?

Méditer c'est opérer une prise de recul qui aide à inventer à innover dans un cadre où les défis sociaux et environnementaux sont de plus en plus urgents. Le PDG de Ford, qui est le petit fils du fondateur, explique qu'en 2008 il a puisé dans sa pratique le courage et la capacité de trouver de nouvelles solutions.

Actuellement, je travaille pour des entités d'un très grand groupe du CAC 40, Sodexo, dans le cadre d’une opération pilote. Ils s'y sont intéressés non pas pour faire face à une situation de crise mais dans une démarche d’amélioration du bien-être de chacun, persuadés que si tout le monde se sent bien, cela aura des répercussions positives sur l'entreprise.

Méditer c'est prendre du recul. Les salariés ne risquent-ils pas de quitter leur poste, le trouvant soudainement vain ?

Votre question est amusante. Elle correspond au souci qu'ont certains dirigeants. Pour moi, c'est une hypothèse beaucoup moins probable. Ce n'est pas parce que vous méditez 15 minutes tous les jours que vous allez devenir un moine zen, qui eux le font 6 heures par jour, voire davantage.

En méditant, les gens cherchent du bien-être et de l'engagement dans leur travail. Ils ne vont pas d'un seul coup sortir du monde et devenir ermite. Ce ne sont pas les mêmes profils de personnalités. En revanche, ce qui peut arriver et que j'ai déjà vu, c'est que des personnes vont changer d'entreprise parce que la méditation leur fait percevoir qu'ils travaillent dans un contexte qui ne leur convient pas, que les valeurs de l'entreprise ne sont pas les leurs. Certaines personnes que j'ai vues faire, acceptaient des salaires plus faibles pour se retrouver dans un environnement qui leur ressemble.

Plus généralement, je pense qu'une entreprise qui ne sait pas faire en sorte que les employés se sentent bien est une entreprise à laquelle il manque quelque chose d'important.

La question religieuse au travail est sensible de nos jours. Introduire la méditation n'est-ce pas un peu limite ? Et proposer de méditer n'est-ce pas intervenir sur l'intimité de la personne ?

Sur ce dernier point, je peux vous dire qu'un coaching rentre beaucoup plus dans l'intimité des êtres que la méditation, qui, en entreprise, se pratique souvent en groupe. Chacun décide ce qu'il veut ou non y faire. Nous proposons des pratiques et chacun se détermine en conscience. Nous ne travaillons qu'avec des volontaires.

Sur la question religieuse, les méditations que je propose sont bien sûr laïques. Il n'est pas question de parler de religion. Ce serait effectivement malvenu.

Si je vous suis, on change la façon dont les personnes perçoivent le monde. Et l'entreprise où l'on médite finit, elle, par changer?

La méditation a un effet sur la culture d'entreprise, c'est indéniable. Ceci étant, la démarche devrait conduire à changer la façon dont opère l'entreprise dans son environnement. Je me souviens d'avoir fait une mission pour une  banque américaine (une filiale à Hong Kong). La méditation servait seulement à absorber le stress. L'ambition n'était pas du tout de le réduire ou de le supprimer, mais, au contraire, de le maintenir constant voire de l'augmenter mais en donnant aux salariés l'arme de la méditation pour le supporter. Je ne veux plus travailler sur ce type de démarche. 

Je pense que la méditation doit apporter suffisament de recul aux décideurs pour qu'ils inventent de nouveaux business models qui répondent davantage aux grands enjeux environnementaux et sociaux. Pour revenir aux 60 dirigeants que j'ai rencontrés pour le livre, beaucoup ont revu leur manière de voir, la place de leur ego, ils ont changé leur leadership. Ils revoient leur priorité. La performance reste leur priorité mais ils ne l'atteignent plus de la même façon.

Propos recueillis par Christophe Bys

Le site Internet de l’auteur

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