imprimer

Mediator : l’UFC-Que Choisir porte plainte

Par Gaëlle Fleitour - Publié le
Justice
© Fotolia

L’UFC-Que Choisir et l’Association françaises des diabétiques viennent de porter plainte contre X au pénal… et font leurs propres propositions pour améliorer l’organisation du contrôle des médicaments.

Alors que le premier rapport de l'inspection générale des affaires sociales (l’IGAS) - saisie par Xavier Bertrand en novembre pour éclaircir l’affaire du Médiator- est attendu pour samedi 15 janvier 2011, deux associations de représentants des usagers ont décidé de faire entendre leur voix.

Quelques jours après le dépôt devant la justice de 116 plaintes pour homicides et blessures involontaires par des associations de victimes, l’UFC-Que Choisir et l’Association Française des Diabétiques viennent de porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, blessures et homicides involontaires, tromperie sur les risques inhérents à l’utilisation du produit. Leur objectif : obtenir une indemnisation pour les victimes du Mediator, ce médicament commercialisé par le laboratoire Servier qui aurait provoqué la mort de 500 à 2 000 personnes avant d’être retiré du marché fin 2009.

Par le biais de cette plainte, Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir entend démêler les responsabilités et veiller à ce qu’il y ait des sanctions à la hauteur. « Il est extrêmement important pour nous d’être au cœur de la procédure, de veiller à ce qu’elle ne s’enlise pas et que l’enquête préliminaire soit active et efficace », a-t-il précisé lors d’une conférence de presse ce matin. Mais pas question de négocier à l’amiable directement avec le laboratoire Servier. « Il faut que l’Etat prenne ses responsabilités pour assurer l’équité entre les victimes, avec pourquoi pas la création d’un fonds d’indemnisation », estime Gérard Raymond, président de l’Association Française des Diabétiques.

Alors que les rôles joués précisément par le laboratoire, les agences de santé et les gouvernements successifs depuis la mise sur le marché du médicament en 1976 n’ont pas encore été éclaircis, Alain Bazot estime qu’il ne s’agit pas d’« un épiphénomène ponctuel et atypique. Cela témoigne d’une accumulation de déficiences à chaque étape du système français de mise sur le marché et de suivi du médicament. » Pour les associations, cette affaire démontre ainsi « une fois encore l’influence déterminante de l’industrie pharmaceutique sur l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé comme sur les prescripteurs ». Le manque de moyens pour l’activité de pharmacovigilance (destinée à la surveillance et la prévention des risques d'effet indésirable liée à l'utilisation des médicaments) est aussi pointé du doigt.

L’heure est donc à la réforme. A l’issue du rapport de l’IGAS, « tout le monde devra se mettre autour de la table, y compris les industriels pour qu’ils montrent qu’ils veulent être des acteurs du système de santé, œuvrer pour le bien de nos concitoyens », espère Gérard Raymond. Les associations appellent déjà au renforcement du système de pharmacovigilance. Une proposition : octroyer aux représentants des usagers de la santé un droit d’alerte et d’interpellation s’ils repèrent des signaux problématiques sur un médicament. Mais ce n’est pas tout.

Elles souhaitent aussi limiter le pouvoir de l’industrie pharmaceutique dans la chaîne de décision en réformant le financement et le fonctionnement des agences délivrant l’AMM. Dans l’espoir de limiter notamment les conflits d’intérêts et les trop nombreux cas d’experts sollicités par les agences et ayant des liens très proches avec les laboratoires pharmaceutiques... Une réforme difficile à obtenir, d’autant plus que la réglementation du médicament est désormais en grande partie centralisée au niveau européen.

Autre cheval de bataille des associations : améliorer le contrôle et l’encadrement des pratiques de prescriptions médicamenteuses, en créant notamment un corps de visiteurs médicaux indépendants des laboratoires pharmaceutiques. Il pourrait être placé sous l’égide de la Haute Autorité de Santé. Elles demandent enfin à « clarifier les prérogatives des structures sanitaires et leur coordination afin que les responsabilités ne soient plus diluées ». Reste à voir si les conclusions de l’IGAS leur feront écho …

Gaëlle Fleitour

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter