Medef : crise ouverte au sein du patronat
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Après le scandale de l'indemnité versée à Denis-Gautier Sauvagnac, Laurence Parisot appelle tous les chefs d'entreprises à se mobiliser. La puissante fédération de la métallurgie organise une réunion de crise cet après-midi.
Cinq mois après l'éclatement de « l'affaire UIMM », c'est désormais tout le patronat qui est éclaboussé. Laurence Parisot, patronne du Medef depuis 2005, ne décolère pas après la révélation par l'hebdomadaire Marianne, la semaine dernière, puis la confirmation, jeudi dernier, par l'Union des industries et métiers de la métallurgie, de l'indemnité de 1,5 million d'euros versée à Denis Gautier Sauvagnac, dit DGS. La puissante fédération de la métallurgie a également confirmé que son ancien président avait négocié, avant son départ, la prise en charge par l'organisation des conséquences de l'affaire des fonds occultes du patronat et de la métallurgie. Pour rappel, DGS, toujours délégué général de l'UIMM, a été mis en examen le 15 janvier dernier, soupçonné d'avoir sorti 19 millions d'euros en liquide des caisses du puissant syndicat entre 2000 et 2007.Pour Laurence Parisot, c'en était trop. « Méprisant et méprisable » a-t-elle déclaré, hier, au Journal du Dimanche, en apprenant l'accord entre l'UIMM et son ancien président. « Je lance un appel à tous les chefs de l'entreprise de France, des TPE, des PME, des grands groupes, quelle que soit leur taille, leur secteurs d'activité, et en particulier à ceux de l'industrie, afin qu'ils me soutiennent et s'associent à moi pour tout remettre à plat », a-t-elle ajouté. L'objectif de cet « appel » est clair : réhabiliter le patronat « sali » par ce nouveau scandale, faire le ménage, ramener « l'éthique et la transparence » au cœur des pratiques patronales.
Silence des industriels
Par ailleurs, celle qui n'a jamais été soutenue par le syndicat de la métallurgie, a demandé « solennellement à tous les membres de l'UIMM qui exercent des mandats nationaux dans des institutions au nom du Medef de remettre immédiatement leur mandat à la disposition du Medef ». Premier démissionnaire : Michel de Virville, secrétaire général de Renault, qui venait d'accéder à la présidence de l'Unedic, et membre de la nouvelle équipe de l'UIMM qui a négocié l'indemnité de départ de DGS.
Mais Laurence Parisot, consciente du poids de l'UIMM qui représente les secteurs clés de l'économie comme l'automobile ou l'aéronautique, et qui contribue pour 20% au budget du mouvement patronal, a également demandé à la fédération de se « ressaisir » afin qu'elle « revienne à l'essence de sa fonction ».
Répliquant à cette opération coup de poing, le nouveau président de l'IUMM, Frédéric Saint-Geours a convoqué ce lundi « une réunion exceptionnelle du bureau pour prendre les décisions qui s'imposent », a indiqué à l'AFP un de ses porte-parole. Celle-ci, qui devrait avoir lieu cet après-midi, rassemblera la vingtaine de membres qui composent le bureau de la fédération, dont Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, Christian Streiff, le président de PSA-Peugeot Citroën, et Jean-Paul Béchat, l'ancien patron de Safran. Frédéric Saint-Geours, pressé par Laurence Parisot d'apporter des éclaircissements sur l'indemnité de départ, a refusé de rencontrer la présidente avant la tenue de ce bureau. Pour l'instant, aucune voix d'industriel ne s'est fait entendre, ni dans l'affaire des fonds occultes qui a mis en cause Denis Gautier Sauvagnac, ni sur ce nouveau rebondissement.
Carmela Riposa
Qu'est-ce que l'UIMM ?
Plus importante - et plus influente - organisation patronale adhérente au Medef (dont elle assure 19 % des cotisations), l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), fondée en 1900, est une fédération professionnelle qui regroupe 130 syndicats de branche, représentant quelque 45 000 entreprises (dont 90 % ont moins de 50 salariés), 1,8 million de salariés et 376 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Sous son appellation « métallurgie », elle couvre en réalité un très large éventail de secteurs industriels, des biens d'équipements (mécanique, construction navale, aéronautique ou ferroviaire...) aux biens de consommation, en passant par les biens intermédiaires (transformation des métaux, composants électriques et électroniques...) et l'automobile. Définissant une politique commune en matière sociale, fiscale ou de formation, l'IUMM représente ses adhérents auprès des partenaires sociaux, des organismes paritaires, des instances gouvernementales et des organisations internationales. Sur ces mêmes dossiers, la fédération assure des missions d'information, de conseil et d'assistance à l'attention de ses membres, via ses 85 chambres syndicales territoriales.
Matthieu Maury

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