McCain, Clinton, Obama : quel débat économique ?
Le 20 mars 2008 par Gilles Le BlancProfesseur d'économie à l'Ecole des mines de Paris, Cerna | L'Usine Nouvelle n° 3093
Parmi les nombreuses raisons de se passionner pour les primaires américaines, le débat sur la future politique économique de la première puissance mondiale ne peut laisser indifférent. Pour la première fois depuis 1992, la campagne présidentielle aux Etats-Unis va se dérouler sur fond de crise économique et d'une récession attendue, dont la seule interrogation porte désormais sur la date de son annonce officielle. On se souvient du fameux mot de Bill Clinton à l'époque « It's the economy, stupid ! » expliquant sa victoire sur ce terrain. John McCain, assuré de l'investiture du Parti républicain, s'amusait l'hiver dernier à jouer le rôle de candide en économie mais a changé de posture car les questions économiques et sociales seront au coeur de l'élection. Le débat économique oppose républicains et démocrates sur trois principaux sujets : la politique de relance de l'économie, le libre-échange et le système de santé.
La première opposition est classique et attendue mais elle revêt cette fois une importance particulière car il faut affronter une crise qui s'annonce sérieuse. Côté républicain, on entend relancer l'économie par la poursuite et l'élargissement des baisses d'impôt des particuliers comme des entreprises (l'impôt sur les bénéfices serait ainsi ramené de 35 à 25 %). Les démocrates proposent, eux, un investissement public massif, dont la nouveauté tient à la priorité donnée à l'environnement comme source de croissance et d'emplois futurs. Significativement, Obama et Clinton ont tous deux choisi une usine de General Motors - ce symbole de l'industrie automobile américaine privé de sa première place mondiale par Toyota et affichant des pertes historiques -, pour présenter des programmes d'investissement visant à créer des millions de nouveaux emplois dits « green-collar jobs ». Obama propose également d'investir 60 milliards de dollars dans une banque nationale de réinvestissement dans les infrastructures (modernisation d'autoroutes, de ponts, d'aéroports), pour stimuler le secteur du bâtiment, directement frappé par la crise des crédits immobiliers. Les candidats démocrates entendent financer ces dépenses par des taxes sur les émissions de CO2, la suppression des exonérations fiscales des entreprises et des baisses d'impôt sur les hauts revenus de l'administration Bush, et les économies liées à la fin de la guerre en Irak.
Si McCain s'affiche comme un farouche défenseur du libre-échange et estime que les tentatives visant à freiner le mouvement de délocalisation d'emplois (offshoring) sont inefficaces et injustifiées, les démocrates proposent de rééquilibrer les accords commerciaux en y ajoutant des protections en matière d'environnement et de droit social. Ils promettent ainsi de réviser l'Alena, l'accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, accusé par beaucoup d'avoir favorisé les délocalisations et le déclin industriel.
Les oppositions les plus débattues concernent la santé, dans un pays où le système de couverture collective (maladie, retraite) traditionnel porté par l'entreprise-employeur est en voie d'implosion, et où 50 millions de personnes se trouvent privées de couverture maladie. McCain entend stimuler par des incitations fiscales et des subventions les assurances privées complémentaires, tandis que les démocrates prônent la mise en place d'une couverture maladie obligatoire (universelle pour Clinton, de champ plus réduit pour Obama). Au-delà des querelles d'experts et du cas de la couverture maladie, il s'agit d'un débat économique et politique fondamental (et riche d'enseignements pour nous) car il porte sur la redéfinition dans ce nouvel environnement globalisé des mécanismes de solidarité. En particulier, faut-il un système de solidarité unique ou plusieurs en parallèle ? Et quel est le juste périmètre de cette solidarité : entre tous les individus du pays, entre les salariés, entre les adhérents d'un assureur, entre les employés d'une entreprise ou d'un secteur ?
Gilles Le Blanc

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