Matra Automobile : un vice de procédure huit ans après ?

Publié le
La Renault Avantime
La Renault Avantime

Social. Fin 2002 et printemps 2003, les 1 200 salariés de l’usine Matra Automobile de Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher) perdaient leur emploi suite à un plan social massif. L’entreprise solognote, équipementier majeur de Renault, avait notamment subi de plein fouet l’échec commercial de la Renault Avantime, le monospace trois-portes du constructeur français, dont l’assemblage était entièrement sous-traité à Romorantin depuis 2001.

 
Huit ans après la fermeture du site romorantinais, la procédure judiciaire est sur le point d’être relancée. En juin dernier, la Cour d’Appel d’Orléans a en effet mis au jour un vice de procédure dans les deux plans de licenciements survenus en 2002 et 2003, statuant ainsi en faveur des licenciés.
 
Les anciens délégués syndicaux de Matra Automobile s’apprêtent actuellement à intenter une nouvelle action collective devant les Prud’hommes dès le début 2012, afin de réclamer des dommages et intérêts à leur ancien employeur. A l’appel de la CGT, plus de 150 anciens salariés ont déjà constitué un dossier de plainte. Entretien avec Pierre Bertoux, l'un des anciens délégués CGT de l’usine.
 
L’Usine Nouvelle. Pourquoi lancer une telle procédure judiciaire aujourd’hui ?
Pierre Bertoux. L’arrêt de la Cour d’Appel d’Orléans de juin dernier a considéré, dans le cas d’un salarié, que les mesures de reclassement n’avaient pas été correctement mises en place par Matra en 2003. Or, le Code du Travail prévoit qu’en cas de licenciement économique, chaque salarié doit recevoir des propositions de reclassement dignes de ce nom. Avec la CGT, nous avons donc informé l’ensemble des salariés de la possibilité d’obtenir des dommages et intérêts pour non-respect de la procédure de licenciement.
 
Que sont devenus les 1 200 salariés licenciés ?
Les plans de reclassement proposés en 2003 ne consistaient qu’en des petits boulots et des contrats précaires… A l’heure qu’il est, seulement un bon tiers des 1 200 licenciés a retrouvé un contrat à durée indéterminée. Pour le reste, ce sont plus de 400 personnes qui sont toujours au chômage. Et c’est sans parler de tous les emplois induits par Matra Automobile qui ont été supprimés.
Dans l’ensemble, les salariés sont donc très contents de pouvoir récupérer une partie de ce que le groupe Lagardère leur doit sur le plan financier. Car c’est une preuve que notre combat depuis 2003 n’était pas utopique. Et nous sommes convaincus que, contrairement à ce qui a été martelé à l’époque par l’ensemble des acteurs politiques et sociaux du département, il aurait été possible de maintenir l’emploi à Romorantin autour du secteur automobile.
 
Actuellement, vous encouragez ces anciens salariés à déposer un dossier de plainte. Peinez-vous à les convaincre ?
Mais les événements datent de huit ans déjà. Donc une partie des salariés a logiquement exprimé une volonté de ne pas rouvrir la plaie. Certains salariés qui ont retrouvé un emploi hésitent quant à eux à déposer un dossier de peur que leur employeur actuel leur en tienne rigueur. Et chose plus inquiétante, d’autres, qui travaillent notamment pour des collectivités locales ont même subi des pressions...
Nous nous laissons donc jusqu’à la mi-octobre pour rassembler un maximum de dossiers, après quoi nous engagerons une procédure devant les Prud’hommes.

Propos recueillis par Laura Heulard
Imprimer

La fiche MATRA MANUFACTURING & SERVICES à ROMORANTIN avec Industrie Explorer

lieu

TOUT SAVOIR SUR...
Ses investissements, ses actualités, ses dirigeants, sa production...

Voir la fiche

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
Recevez nos newsletters

Identifiez-vous