MASTERS D'INGÉNIERIE, POUR OU CONTRE...
Par PROPOS RECUEILLIS PAR CÉCILE MAILLARD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° HSING2012Débat entre Patrick Porcheron, le vice-président de l'université Pierre-et-Marie-Curie, et Julien Roitman, le président des Ingénieurs et scientifiques de France (Cnisf), autour des masters d'ingénierie et plus largement de l'appellation ingénieur.
L'université Pierre-et-Marie-Curie et six universités du réseau Figure ont créé des masters d'ingénierie. Est-ce pour concurrencer les écoles d'ingénieurs ?
PATRICK PORCHERON Mon université a souhaité que ses diplômés de masters en sciences de l'ingénieur aient un niveau comparable à celui des universités de technologie anglo-saxonnes. Les masters actuels manquent d'ouverture au monde socio-économique. Les futurs masters d'ingénierie s'ouvriront aux sciences humaines et sociales pour faire de nos diplômés des cadres experts, à mi-chemin entre les ingénieurs managers et opérationnels. Ils s'appuieront sur la recherche : une formation de master en ingénierie ne se justifie que s'il y a un laboratoire performant derrière. Ces diplômés intéresseront en particulier les entreprises de taille intermédiaire.
JULIEN ROITMAN Les écoles d'ingénieurs diplôment 30 000 personnes par an. Si l'uni-versité veut participer à cet apport de compétences, tant mieux ! Mais la labellisation des masters d'ingénierie sans concertation avec les écoles peut créer des crispations. Le diplôme d'ingénieur est encadré et seule la Commission du titre d'ingénieur (CTI) peut habiliter un établissement. On peut aussi exercer ce métier en passant par l'université ou en étant formé sur le terrain. Il faudrait arriver à une filière d'ingénierie globale qui réunisse grandes écoles et universités. L'important est de bien préparer les étudiants au métier d'ingénieur, quels que soient leur titre et la filière suivie.
P. P. Notre ambition n'est pas de délivrer un diplôme d'ingénieur à la place d'un master. Mais les entreprises nous sollicitent sur les profils dont elles ont besoin. C'est nouveau. À nous de répondre.
Pourquoi ne pas avoir fait évoluer vos écoles internes comme Polytech Paris-UPMC ?
P. P. Ce ne sont pas les mêmes publics ! Polytech accueille des bacheliers technologiques ou des bacs S option sciences de l'ingénieur et forme des ingénieurs opérationnels. Nos masters d'ingénierie s'adresseront à des étudiants motivés, mais pas intéressés par les classes préparatoires.
J. R. Il ne faudrait pas que les ingénieurs de Polytech soient considérés comme des prolétaires des neurones, le haut du pavé étant les masters ou doctorats ! Vous auriez pu créer un modèle plus original, en capitalisant sur le fait que votre école interne Polytech baignait dans l'université.
P. P. Lancer une initiative nouvelle est parfois plus facile que de faire évoluer une structure existante. Peut-être qu'à l'avenir, au sein d'universités généralistes, on pourra avoir une « faculté d'ingénierie ». Ce n'est pas un gros mot !
Monsieur Roitman, vous avez évoqué l'idée de créer un ordre des ingénieurs. Les diplômés des masters d'ingénierie y auront-ils leur place ?
J. R. Bien sûr. Cet ordre réunirait une population qui exerce un métier avec un certain diplôme et un certain niveau d'expertise. L'économie a besoin de chercheurs et d'ingénieurs de qualité. Si la démarche de Figure est concertée, on peut faire émerger une nouvelle filière qui aura sa logique, sa valeur ajoutée.
P. P. Absolument...
J. R. L'important est de parvenir à dégager les spécificités et la valeur ajoutée de ces filières. Le CNISF réitère sa proposition de réunir tout le monde autour d'une table pour sortir, par le haut, des ambiguïtés.











