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Martial Bourquin (PS) : "Il faut renforcer le caractère productif du site France"

Par Barbara Leblanc - Publié le
Martial Bourquin
© Senat

  A l’occasion du vote du texte sur la désindustrialisation des territoires au Sénat, l’Usine Nouvelle revient avec Martial Bourquin, président de la mission d’information et sénateur socialiste, sur les causes de sa désapprobation.

Vous êtes président de la mission et pourtant vous avez voté contre le texte. Pourquoi ?
Les sénateurs présents dans cette mission ont tous été d’accord pour dire qu’il y a un véritable problème de désindustrialisation en France. Et qu’il faut lutter contre. Entre la première et ma dernière mouture du texte, nous avons beaucoup évolué vers des discussions et des propositions intéressantes. Mais sur quatre points, nous n’avons pas pu aboutir sur un consensus, alors qu’on aurait dû au regard de leur importance. Mais 2012 est dans la tête de chacun, et le débat sur la politique industrielle et les politiques publiques seront au cœur de la campagne électorale à venir.

Quels ont été alors les points d’achoppement ?

Sur la cause de la désindustrialisation d’abord. Il y a eu une explication totalisante fondée sur le coût du travail. Un argument que l’on entend beaucoup en comparaison notamment avec l’Allemagne. Or, en tant que président de la mission, j’ai voulu que nous allions dans les territoires et nous nous sommes rendus en Allemagne. Nous avons eu la preuve sur place qu’il est possible d’avoir des hauts salaires, une protection sociale et une réussite industrielle.

Et comment est-ce possible ?

Il faut que dans nos territoires nous tirions la qualité de nos produits vers le haut et ne pas rester sur les produits low cost sur lesquels nous serons toujours en concurrence avec les pays émergents. Il faut miser sur la R&D, sur l’innovation autant pour les grands groupes que pour les PME et TPE. Nos produits doivent être très recherchés et différents de ce qu’il y a sur le marché pour nous permettre de fixer les prix, sans dépendre de la concurrence des autres. Cela fonctionne en Allemagne, tout comme la taxe professionnelle.

Un autre point de divergence ?

Tout à fait. Sa suppression est présentée dans la dernière mouture comme une bonne réforme. Mais je ne suis pas d’accord. Elle liait les élus à l’emploi et à l’industrie. Depuis sa disparition, les collectivités territoriales s’appauvrissent. Il faut inventer un système de bonus-malus, pour que lorsque les profits sont bien réinvestis, cela soit fiscalement intéressant. Je suis prêt à instaurer davantage de défiscalisation mais il ne faut pas que ce soit une généralité. Sinon on risque une bulle financière. Il faut renforcer le caractère productif du site France. Et notamment de nos territoires.

On sent pointer dans vos propos une tonalité de délocalisation…
Cela a été le troisième sujet de divergences fortes. Je pense qu’il faut arrêter avec la politique jacobine menée en France. Je suis favorable à des écosystèmes de production, assurant le liant entre  enseignement supérieur, formation, laboratoires et petites et grandes entreprises. Les territoires doivent devenir les fers de lance de la réindustrialisation. Et c’est là que la question de la taxe professionnelle revient sur la table d’ailleurs. Car il faut pour ce faire trouver un impôt dynamique permettant de maintenir l’investissement dans les régions, territoire par excellence.

Où réside enfin la quatrième faille dans le rapport de la mission ?
Sur le rôle des banques. On ne leur demande pas assez de prendre des risques pour appuyer nos TPE et PME. Pour les grands groupes ou les équipementiers de rang 1, il n’y a aucun souci. Mais un vrai problème se pose pour ceux de rang 2. Il devient plus facile d’emprunter personnellement que pour un projet industriel sur le long terme.

Malgré votre vote négatif et celui de vos homologues PS, le rapport a été voté. Quelle est la prochaine étape ?
Du côté du PS, je vais rédiger et joindre au rapport une contribution solide sur ces quatre points évoqués avec vous. Ensuite, date est prise pour le 26 avril, où le projet doit être débattu dans l’Hémicycle en séance publique. En tout cas, il faut une vraie politique sur le moyen et le long terme dans l’industrie.

 

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