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Maroc industriel

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3188
emergents
© LUDOVIC/REA

Longtemps embryonnaire, l'industrie est devenue l'une des priorités du gouvernement. Beaucoup reste à faire mais les entreprises marocaines ou étrangères suivent.

Il n'y a pas qu'en France que l'on organise des états généraux de l'industrie ! Le 7 avril, dans la bouillonnante Casablanca, le gratin des affaires, de la finance et de la politique se pressait aux Assises de l'industrie, premier bilan d'étape du plan gouvernemental Emergence 2009-2015. Celui-ci promet 220 000 emplois nouveaux dans l'industrie (500 000 aujourd'hui). Même, Mohammed VI était là, sous l'immense tente dressée sous le soleil à deux pas de la cathédrale de « Casa ». Si le souverain n'a pipé mot, il a assisté pendant plus d'une heure à la rencontre rassemblant un millier de participants. Un « symbole fort », selon la presse, qui a aussi noté la liberté de ton inhabituelle sur les faiblesses du pays. De fait, l'enjeu est de taille. Car l'économie du royaume chérifien est à un tournant. Ce pays de 31 millions d'habitants et 87 milliards de dollars de PIB vient, en pleine crise, de connaître deux ans de forte croissance (6,5 % en 2008 et 5 % en 2009) et le FMI prévoit encore 3,2 % cette année. Il y a aussi la modernisation des infrastructures : aéroports, autoroutes, port Tanger Med ou futur train Alstom à grande vitesse Casablanca-Tanger.

L'industrie, longtemps embryonnaire, est donc devenue l'une des priorités du gouvernement et de son bouillant ministre Ahmed Reda Chami, 45 ans, ancien de Microsoft passé par Centrale Paris et l'Ucla (lire son interview sur usinenouvelle.com). Le résultat d'une réflexion, audit de McKinsey à l'appui, sur la place du Maroc dans le monde qui a débouché sur ce « pacte pour l'émergence industrielle » ciblant six métiers mondiaux (automobile, aéronautique, alimentaire, textile, électronique, offshoring).

Formation, qualité, management... L'essentiel reste à faire dans ce pays dépourvu jusque-là de culture industrielle au contraire de ses concurrents d'Europe centrale et où les vieux réseaux dominent encore. Il y a aussi tous les autres défis: pauvreté rurale, analphabétisme, inégalités ou chômage (personne ne croit ici au 10 % officiel). Sans compter que la croissance doit encore beaucoup à la providence : depuis deux ans, les pluies abondantes ont dopé l'agriculture, composante clé du PIB.

 

Mais, si les brochures en papier glacé, les 111 mesures du plan Emergence et les discours peuvent prêter à l'ironie, force est de constater qu'un mouvement est en marche, la détermination politique est évidente. Le but : attirer les investissements étrangers pour faire monter en gamme l'industrie. Le gouvernement prévoit ainsi la mise en place de 22 plates-formes industrielles, veut ouvrir plus encore l'économie ou moderniser le droit. Les opérateurs - marocains ou étrangers - semblent séduits. La zone Casanearshore accueille déjà 7 500 personnes dans l'outsourcing, ils seront 15 000 en 2011, et Dell vient d'y installer 1 750 salariés. L'Aéropole de Nouasseur regroupe une quarantaine d'entreprises, dont Safran. Il y a aussi le projet majeur de Renault-Nissan à Tanger (30 000 emplois promis à terme) où les équipementiers se pressent pour trouver des sous-traitants ou choisir leur terrain. Lear vient, lui, d'annoncer son implantation rejoignant les sociétés de câblage qui désertent l'Europe de l'Est trop chère. « Le Maroc peut devenir à l'Europe ce que le Mexique est pour les Etats-Unis, une base industrielle proche à coût raisonnable », promet Ahmed Reda Chami. Bien des Marocains aimeraient le croire. Et nous ?

A Casablanca
Pierre-Olivier Rouaud
Rédacteur en chef délégué



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Brésil, Russie, Inde, Chine, les BRIC sont l'avenir de la croissance mondiale. De pays émergents, ils sont désormais les pays dominants. La formation de nouveaux blocs renversent les anciens équilibres mondiaux. Ana Lutzky et Pierre-Olivier Rouaud décryptent les nouveaux enjeux géopolitiques au travers du prisme de l'actualité. L'information du monde pour écouter la planète.


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