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L'Usine Maroc

Maroc : en 5 questions, les élections législatives du 7 octobre

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Publié le , mis à jour le 07/10/2016 À 10H21

Ce vendredi le Maroc vote pour le renouvellement de sa chambre basse et le choix du chef du Gouvernement. Avec le choc entre les islamistes du PJD actuellement au pouvoir et le PAM réputé proche du palais royal. Quelle que soit l'issue, la politique économique, notamment celle favorables aux investissements étrangers ne devrait pas changer.

Maroc : en 5 questions, les élections législatives du 7 octobre
Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement
© dr

1/ un scrutin pour quoi faire ?

Ce 7 octobre se déroulent au Maroc les élections législatives pour l'essentiel à la proportionnelle à un tour avec un seuil électoral fixé à 3% pour permettre à un maximum de partis politiques d’être représentés au Parlement. Ce seuil était de 6% en 2011. Ces élections sont destinées à renouveler la Chambre des représentants, (chambre basse, autrement dit les députés) et bien sûr déterminer le nouveau Chef du gouvernement, actuellement l’islamiste Abdelilah Benkirane, et ensuite l’ensemble du gouvernement en place. Ce scrutin est particulier car c’est le premier renouvellement des Représentants depuis les élections de fin 2011.

Celles-ci s’étaient déroulées sur la base de la nouvelle constitution promulguée le 30 juillet 2011. Ce texte fondamental avait été initié par le roi et chef de l’Etat Mohammed VI dans le contexte des Printemps arabes et d'une série de manifestations au Maroc. Cette constitution limite (un peu) les prérogatives royales et dispose que le roi se doit de choisir le Chef du gouvernement au sein du Parti arrivé en tête. Celui-ci détermine et conduit sa politique générale. A l’issue du scrutin du 25 novembre 2011, Abdelilah Benkirane, 62 ans, avait été désigné Chef de gouvernement, son parti le PJD ayant emporté 27,08% des suffrages. Il est depuis à la tête d’un cabinet de coalition qui a été remaniée en octobre 2013, suite au départ d'un de ses partenaires le Parti de l'Istiqlal.

2/ quels chiffres clés ?
Pour ce scrutin, le 10ème depuis l’indépendance, il y a 15,7 millions d’électeurs inscrits pour une population de 34 millions d’habitants. Les expatriés ne votent pas. L’abstention, traditionnellement forte, sera suivie avec attention. Elle s'élevait à 54% en 2011 et est une des clés du scrutin de cette année. Il y a 395 sièges à pourvoir à la Chambre dans 92 circonscriptions, dont 305 directement. Particularité : 60 sièges sont en effet réservés aux femmes et 30 aux candidats de moins de 40 ans. Dans l’ensemble, les observateurs estiment que les élections de 2011 s’étaient déroulées dans d’assez bonnes conditions générales de transparence. Pour ces législatives, 4 000 observateurs nationaux et internationaux ont été accrédités par les autorités et seront déployés sur le terrain. La campagne officielle a débuté le samedi 24 septembre.

3/ qui se présente ?
Selon une communication de ministère de l'Intérieur, fin septembre, au total 1410 listes et 6 992 candidatures ont été déposées.Une trentaine de partis sont en lice. Du fait notamment du taux persistant d’analphabétisme (un tiers de la population), ils sont tous représentés par un symbole : tracteur, lampe, colombe, rose, cheval, etc…

Actuellement, seules huit formations ont un réel poids parlementaire :

Parti de la justice et du développement - PJD (islamo-conservateur : 27,08 % des voix en 2011)
Parti de l'Istiqlal - PI (droite conservatrice : 15,19 %)
Rassemblement national des indépendants - RNI (centre droit : 13,16 %)
Parti authenticité et modernité - PAM (centre : 11,90 %)
Union socialiste des forces populaires - USFP (gauche : 9,87 %)
Mouvement populaire - MP (ancrage berbère : 8,10 %)
Union constitutionnelle - UC (centre droit) : 5,82 %)
Parti du progrès et du socialisme - PPS (ex-communistes : 4,55 %).

Les partis de l’actuelle coalition au pouvoir (Gouvernement Benkirane II) sont le PJD, le RNI, le MP et le PPS mais ils partent en ordre dispersé.

A noter pour cette élection, la présence d’une coalition à la gauche de la gauche, la FGD (Fédération de la gauche démocratique) avec la seule femme chef de file de parti, Nabila Mounib qui milite notamment pour l’instauration au Maroc d’une monarchie parlementaire proche des modèles d’Europe du nord. Influent au sein des milieux populaires, le mouvement islamiste (toléré mais non officiel) prônant la charia Al Adl wal ihssane (Justice et Bienfaisance) a pour sa part appelé au boycott des élections.

4/ quels sont les enjeux de pouvoir ?
Ces élections sont surtout perçues par l’opinion et les médias au Maroc comme celles d'un choc, l’affrontement entre les islamistes du PJD et leur leader Abdelilah Benkirane d’une part, et le Parti authenticité et modernité (PAM) conduit par Ilias El Omari (photo) d’autre part.

Le leader du PJD, qui fut proche des Frères musulmans, est à ce jour le seul premier ministre islamiste du monde arabe à avoir conduit un mandat complet sans heurts. Une deuxième mandature serait une consécration, ce que redoutent les milieux libéraux urbains. Ceux-ci craignent un islamisation progressive de la société, peu apparente à ce jour mais qui se manifeste en creux sur les questions de société, à savoir un immobilisme total sur des questions comme les relations sexuelles hors mariage toujours criminalisées ou l'homosexualité.

Le PAM créé par des proches du Palais royal en 2008 est réputé très lié à l’entourage du roi Mohammed VI. S’opposeraient donc pour beaucoup dans ce scrutin deux valeurs fondamentales : l’ismalo-conservatisme avec le PJD en phase avec une bonne partie de la société et un modernisme et le libéralisme économique tempéré avec le PAM. Mais les équations sont plus complexes. De plus au niveau local, certains candidats bien placés ont des parcours sinueux, les personnalités l'emportant souvent sur des couleurs partisanes. Des salafistes revendiqués se présentent sur certains listes locales de plusieurs partis, officiellement non islamistes, comme l'Istiqlal.

Le roi ne vote pas, mais chacun a en tête dans ces élections le poids et l'influence du Makzhen (état profond). Benkirane tout en clamant  son  plus grand loyalisme à la monarchie et à "M6", dénonce souvent par allusion les "forces obscures". Mohamed Nabil Benabdallah, un ministre PPS qui s'était récemment prété à cet exercice à demi mot s'est lui fait aussitôt publiquement rabrouer par un communiqué du cabinet royal.

Pour les investisseurs étrangers, il y a extrêmement peu de risques que la politique économique actuelle favorable au libre-échange et aux investissements étrangers ne change. L'implantation incessante de nouvelles usines est le point fort de l'économie marocaine ces dernières années. À noter qu'après un fort trou d'air cette année (environ 1,5%) lié à la sécheresse, la croissance devrait repartir autour de 4,5% l'an prochain.

5/ Quel bilan pour les islamistes sortants ?
Les deux gouvernements Benkirane I et Benkirane II n’ont pas bouleversé le visage du Maroc. Au plan économique, respectant la sagesse budgétaire, le pays a poursuivi sa modernisation dans le cadre de grands plans d’impulsion royale avec un fort apport des IDE notamment dans l’automobile,  l’aéronautique et les ENR. Parmi les actifs du pouvoir exécutif figure notamment la réforme des subventions aux produits de base comme l'essence ("compensation") qui grevait lourdement le budget de l’Etat. Le FMI loue d'ailleurs régulièrement l’action du gouvernement sur les grands équilibres, mais les grands ministères économiques sont tenus pour l'essentiel par des non islamistes, parfois des personnalités de la société civile comme le ministre de l'industrie Hafid Elalamy (photo), hommes d'affaires et ancien président du patronat (CGEM). Même si la dette repart actuellement à la hausse, le déficit budgétaire est sur la trajectoire des 3%.

Le gouvernement a augmenté le salaire minimum (SMIG) en deux fois de 10% sur ces cinq ans, et timidement engagé une indispensable réforme des retraites qui a ulcéré les syndicats. Les progrès concernant la corruption, surtout celle du quotidien sur laquelle les attentes populaires étaient grandes en 2011 sont très minces. L’éducation de base, défaillante et un des enjeux numéro 1 du pays, est resté quasi en l’état. Enfin, en matière de croissance, alors que Benkirane promettait lors des élections de 2011 5 à 6% par an, la courbe de la croissance a continué à évoluer, comme par le passé, en dents de scie, selon les bonnes ou mauvaises années agricoles.

La baisse du prix du pétrole et le développement des industries d’exportation a permis de très fortement diminuer la pression extérieure sur les finances du royaume. Les taux directeurs de Bank al-Maghrib, la banque centrale, sont au plus bas historique de 2,5%. Le chômage officiel sera lui resté inchangé autour des 10% de la population active durant toute la mandature. De ce côté, les espoirs populaires ont été déçus. Enfin, alors que le pays accueille la COP22 à Marrakech à partir du 7 novembre, l'environnement a été très peu sujet de débats lors de cette campagne électorale.

Question subsidiaire : qui peut gagner ?
Impossible à estimer, les sondages sont interdits. Si l’image du PJD est quelque peu brouillée, notamment depuis plusieurs affaires de mœurs, Abdelilah Benkirane avec sa gouaille bénéficie d’un capital de sympathie certain dans l’opinion. Le PAM, bien sûr veut croire en sa victoire comme lors des dernières élections locales, les communales de 2015 où il a raflé 21% des sièges devant l'Istiqlal (16,2%) et le PJD (15,9%). Les islamistes avaient par contre raflé la quasi totalité des grandes villes du pays.
Mais après le scrutin viendra peut-être le plus dur : la constitution d'un gouvernement de coalition. Ces derniers jours, Hamid Chabat, patron de l'Istiqlal et fort en gueule a jugé que toutes les combinaisons étaient possibles.
Pierre-Olivier Rouaud

 

 

Taux de croissance du PIB du Maroc selon le FMI
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