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L'Usine Santé

"Marisol Touraine n’arrive pas à résister à la pression de l’industrie pharmaceutique", selon Xavier Bertrand

Gaëlle Fleitour

Publié le , mis à jour le 19/04/2013 À 10H55

Entretien Alors que le procès pénal du Mediator doit s’ouvrir dans un mois, on attend toujours l’application d’une partie de la réforme du Système du médicament, adoptée en décembre 2011 pour empêcher des scandales sanitaires de ce type de se reproduire. Auteur de cette loi lorsqu’il était ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé de Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand tire la sonnette d’alarme auprès de l’Usine Nouvelle.

Marisol Touraine n’arrive pas à résister à la pression de l’industrie pharmaceutique, selon Xavier Bertrand © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle - Un an et demi après l’adoption de la réforme post-Mediator, pourquoi de nombreux décrets d’application ne sont-ils toujours pas sortis ?

Xavier Bertrand - Parce que je pense que, maintenant que j'ai quitté le ministère, une partie de l’industrie pharmaceutique s'est mobilisée pour revoir les conditions de son application. Le meilleur exemple est le Sunshine Act (le texte sur la transparence des liens d’intérêt et des montants versés par les laboratoires aux médecins, dont on attend toujours les décrets, ndlr). Lors des débats parlementaires, j’ai toujours dit qu’il fallait publier les liens à partir du premier euro versé, alors que la tentation a été ces derniers mois de mettre le curseur à partir de 60 euros. Or, la transparence est indispensable, surtout dans le contexte actuel car il faut a tout prix restaurer la confiance. Et il est inconcevable et inadmissible que le gouvernement n’ait pas trouvé l’énergie ou la force de faire appliquer ce texte.

Vous-même aviez disposé de six mois pour le faire… pour quelles raisons n’y étes-vous pas parvenu ?

En cinq mois, j’ai publié un tiers des décrets, vous connaissez mieux ? En onze mois, depuis que Marisol Touraine est ministre de la Santé, où en est-on ?

Aviez-vous dû faire face à beaucoup de pressions de la part de l’industrie pharmaceutique ?

D'une partie de l'industrie, bien sûr, avant et pendant. Mais j’ai toujours résisté. Or, aujourd'hui, je pense que la ministre n’y arrive pas. Il faut absolument faire avancer les choses. Je vais d’ailleurs saisir officiellement Marisol Touraine dans une lettre ouverte.

Craignez-vous que le texte ne soit vidé de sa substance si les montants versés ne sont pas déclarés à partir du premier euro ?

Complètement. Un euro, c’est une question de principe par rapport aux conflits d’intérêt et à la transparence.

Dans le texte à l’étude, les conventions entre un laboratoire et un médecin impliquant une contrepartie (rédaction d’article scientifique, participation à un congrès en tant qu’orateur, etc.) ne verraient également pas leur montant publié…

On voit bien qu’il y a tout un travail de sape qui est mené, ce que je ne laisserai pas faire. Il ne s'agot pas d'une question de droite ou de gauche, mais d’esprit de transparence et d’exigence. Le vrai sujet aujourd'hui est de savoir si on sait résister au lobbying.

Mais les entreprises auront-elles le temps de s’adapter ?

Depuis le temps que la loi a été mise en place, oui bien sûr ! Si elles n’ont pas eu le temps deux ans après, c’est donc qu’elles avaient fait le pari de l’enterrement de ces dispositions !

Si le process est trop contraignant, certains industriels ne risquent-ils pas de délocaliser leur R&D ?

Cela n’a strictement rien à voir ! Lorsque j’étais ministre, j’avais fait voter un dispositif favorable à la recherche dans le domaine pharmaceutique en France. La France est attractive avec le Crédit impôt recherche. Tout le monde a intérêt à jouer le jeu de cette loi.

Pensez-vous que le Sunshine Act à la française pourrait inspirer d’autres pays européens ?

Evidemment, c’est ce que j’avais dit à mes homologues européens lorsque j’étais en fonction : le Mediator n’est pas un scandale franco-français. Dans la mesure où ce qui est arrivé aurait pu se produire dans d’autres pays. Voila pourquoi aussitôt la parution des décrets, il faudra lancer ensuite un débat européen sur la transparence.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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