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Mario Draghi quasiment assuré d'être président de la BCE

Publié le

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Fort du soutien affiché mardi par la France, l'Italien Mario Draghi est désormais quasiment assuré de succéder à Jean-Claude Trichet à la présidence de la Banque centrale européenne en novembre prochain.

Le gouverneur de la Banque d'Italie est considéré comme grand favori depuis le retrait de l'Allemand Axel Weber, d'autant que Berlin n'a pour l'heure pas proposé de candidat.

Le futur président de la BCE sera choisi par les dirigeants européens réunis au sommet en juin prochain, selon le porte-parole du gouvernement allemand.

"La France sera très heureuse de soutenir un Italien à la présidence de la Banque centrale européenne", a annoncé Nicolas Sarkozy mardi à Rome, lors d'une conférence de presse conjointe avec le président du conseil italien, Silvio Berlusconi.

Citant "Mario Draghi que je connais bien", le président français a ajouté que "ce sera un très beau signal à tous les Italiens qui pourraient douter de leur place et de leur rôle dans l'Europe qu'un Italien exerce une responsabilité de ce type".

Le mandat de Jean-Claude Trichet, qui aura passé huit ans à Francfort, s'achève le 31 octobre prochain.

Outre Mario Draghi, plusieurs candidats potentiels ont été évoqués ces dernières semaines, parmi lesquels Erkki Liikanen (gouverneur de la banque centrale finlandaise), Yves Mersch (banque centrale luxembourgeoise), Klaus Regling (Fonds européen de stabilité financière), Nout Wellink (banque centrale néerlandaise) ou Jürgen Stark (BCE).

Mais les jeux semblent désormais faits.

"L'affaire est presque bouclée" en faveur de Mario Draghi, a dit Marco Valli, analyste à la banque Unicredit. "Je pense que c'est juste une question de temps avant que (la chancelière allemande Angela) Merkel lui apporte formellement son soutien."

Un haut responsable allemand a récemment laissé entendre sous le sceau de l'anonymat que Berlin pourrait ne pas présenter de candidat et s'était montré positif à l'égard de Mario Draghi.

UN FRANÇAIS AU DIRECTOIRE DE LA BCE

Le soutien de la France est d'autant plus important que ce dossier est géré en étroite collaboration avec l'Allemagne. Nicolas Sarkozy ne serait pas sorti du bois s'il n'avait pas eu l'accord d'Angela Merkel.

En France, une source gouvernementale avait estimé que l'Italien était le candidat le plus crédible, en dépit d'un passage chez Goldman Sachs, considéré à Paris comme un handicap.

Nicolas Sarkozy a ajouté que Silvio Berlusconi l'avait assuré de son soutien pour la nomination d'un Français au directoire de la BCE. Ce candidat, dont l'identité n'est pas connue, devrait y remplacer l'Italien Lorenzo Bini Smaghi.

Un accord tacite veut que les quatre grands pays de la zone euro - France, Allemagne, Italie et Espagne - siègent au sein du directoire de six membres de la BCE.

Selon les analystes, Mario Draghi est l'un des membres du conseil des gouverneurs de la BCE les plus difficiles à situer entre les "faucons" et les "colombes" qui s'opposent sur la politique monétaire, mais il a commencé à s'exprimer plus souvent sur les tensions inflationnistes et les risques liés aux achats d'obligations d'Etats de la zone par la banque centrale.

"Des possibles candidats, c'est celui qui ressemble le plus à Trichet pour la capacité à trouver un consensus au sein du conseil des gouverneurs", a dit Marco Valli.

Pour Nick Matthews, analyste chez RBS, Mario Draghi a eu tendance à adopter un profil bas, et cela "devra changer s'il devient le porte-parole du conseil des gouverneurs de la BCE".

Sa nomination signifierait que les deux plus hauts postes de la BCE seraient occupés par des citoyens de pays du sud de l'Europe - le Portugais Vitor Constancio étant vice-président - alors qu'un front s'est dessiné entre pays du Nord et du Sud à propos des plans de soutien aux pays européens en difficulté.

EXPÉRIENCE À UN MOMENT TENDU

Mario Draghi, 63 ans, dirige, outre la Banque d'Italie, le Conseil de stabilité financière chargé de la régulation des banques au niveau mondial.

Directeur du Trésor italien pendant 10 ans, il a été vice-président de Goldman Sachs de 2002 à 2005 et a assuré qu'il n'était pour rien dans le complexe montage créé par la banque d'affaires pour le gouvernement grec, qui a pu aider ce dernier à dissimuler la taille de la dette publique du pays.

Le futur président prendra les rênes de la BCE pour huit ans à un moment tendu pour la banque centrale, qui vient de relever ses taux pour la première depuis près de trois ans pour répondre à l'accélération de l'inflation dans la zone euro.

La BCE devra notamment mettre en balance d'éventuelles futures hausses des taux avec la pression supplémentaire que ces dernières exerceraient sur les pays de la zone euro qui ne peuvent déjà plus se financer sur les marchés.

Les spéculations sur une possible restructuration de la dette publique grecque - à laquelle s'oppose fermement la BCE - se sont d'autre part accrues ces dernières semaines et des envoyés de la banque centrale sont actuellement au Portugal pour discuter du futur plan d'aide au pays, qui serait le troisième dans la zone euro, après ceux pour la Grèce et l'Irlande.

Avec Emmanuel Jarry et Gavin Jones à Rome, édité par Yves Clarisse

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