Marine le Pen veut prouver sa crédibilité économique
Par Christophe Bys - Publié le
La candidate du Front national a présenté, jeudi 12 janvier, le chiffrage de son projet présidentiel. Une pluie de chiffres et de mesures, qui, selon elle, sont la seule voie pour désendetter la France.
Il y a des détails qui comptent. Présentant à la presse le chiffrage de son programme présidentiel, Marine le Pen n'était pas seule à la tribune, jeudi, au siège du Front national à Nanterre (Hauts-de-Seine). Deux membres de son équipe de campagne l'accompagnaient: Jean-Richard Sulzer, professeur de gestion à l'université Paris Dauphine et Thibault de la Tocnaye, centralien (Lyon). Deux experts selon la présidente du FN qui ont "animé la cellule spécialement dédiée à ces questions".
Pratiquant le lapsus, vrai ou faux, Marine Le Pen n'était pas peu fière d'indiquer que le chiffrage de son programme avait été réalisée de façon "chiantifique" (sic). Fustigeant le modèle économique de l'UMP PS, elle a, à plusieurs reprises, associée à ce duo un troisième membre : le Modem de François Bayrou, qui suivrait, selon elle, la même inspiration politique que les deux autres partis.
Prônant la sortie de l'euro, la mise en place du protectionnisme et la monétisation de la dette, Marine le Pen revendique la singularité de son programme. "Je ne cache rien aux Français. Mon projet est transparent. J'invite les uns et les autres à en débattre", explique-t-elle.
Deux heures d'une pluie de chiffres, de mesures annoncées au pas de charge, les experts prenant la parole pour commenter des feuilles excel projetées sur un écran, renvoyant à des annexes non distribuées aux journalistes présents, tandis que Marine le Pen lit un texte de plus de seize pages…
Un plan de vigueur
La présidente du FN s'est voulue ironique. "Vous, les journalistes politiques, vous me demandiez un projet. Eh bien, le voilà", s'exclame-t-elle, interrompant ainsi le professeur de gestion lancé dans un développement sur les taux d'intérêt retenu pour ses calculs.
En dépit de la volonté de se montrer crédible, Marine le Pen ne renonce pas à son goût pour les formules chocs. Aux plans de rigueurs que préparent ceux qu'elle appelle les candidats du système, plans "qui profitent à une hyper-caste minoritaire", elle oppose son plan de vigueur "qui profite à l'intérêt général des citoyens et [enrichit] la France".
Le libre échange ? "Les Français sont victimes des importations massives", affirme-t-elle. Le chômage ? "C'est le prix que paient les Français pour que le système financier n'ait pas à supporter l'inflation." Le système financier ? Nicolas Sarkozy est devenu le "président de la dette inféodé aux marchés financiers mondiaux", quand Marine le Pen se présente comme celle qui veut trancher "le nœud gordien du fardeau de la dette".
Un goût de la formule qui l'amène in fine à déclarer tout et son contraire. "C'est la preuve par trois que le mur de la dette dénoncé par Philippe Séguin il y a vingt ans, est une réalité incontournable aujourd'hui dans leur système keynésien de surendettement", argue-telle, avant de parler du "modèle économique ultralibéral de l'UMP/PS qui nous mène sur la route de la servitude aux marchés financiers". Une réconciliation des keynésiens et des ultralibéraux que ni les uns ni les autres n'espéraient plus !
- La sortie de l’euro serait réalisée en concertation avec les partenaires européens, ou seul.
- Les dépenses prioritaires concerneraient la justice, avec la construction de 40 000 places de prison, la sécurité ou encore la santé et le handicap. A l’inverse, d’autres dépenses seraient réduites, notamment celle concernant l’immigration. La contribution nette française à l’Union européenne serait ramenée à zéro.
- La lutte contre les fraudes fiscales et sociales devrait rapporter près de 7O milliards en cinq ans.
- Le FN prévoit une exonération de 200 euros sur les charges sociales pour les salaires inférieurs à 1,4 fois le Smic, afin de garantir une hausse immédiate de 200 euros des salaires concernés. Cette mesure serait financée par une taxe de 3 % sur les importations de biens et services. En outre, un prélèvement serait effectué sur les importations pour protéger l’industrie française.
- Les 50 plus grandes capitalisations boursières seraient obligés de prêter 15% de leur résultat pour abonder un fonds destiné à soutenir les PME. Ces sommes seraient rendues au bout de cinq ans aux entreprises, assorties éventuellement d’une sorte de dividende si les sommes investies l’ont été judicieusement.
- La fiscalité des grandes entreprises serait revue pour être rapprochée de celle des PME

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