Marée noire : un tremplin pour Ecocéane

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Le Workglop d'Ecocéane en pleine construction à Paimpol.
Le Workglop d'Ecocéane en pleine construction à Paimpol.
© Ecocéane - CC - FlickR

La catastrophe pétrolière du Golfe du Mexique, un an après. BP continue toujours de nettoyer les côtes de la Louisiane. En France, le petit chantier naval breton d'Ecocéane surfe sur le changement de mentalités qui s’opère aujourd’hui.

Le 20 avril 2010, la plate-forme de forage DeepwaterHorizon explose. Plusieurs millions de litres de pétrole s’écoulent dans la mer chaque jour, par 1500 mètres de fond. Un an après, la nécessité d’une meilleure prévention des risques de marée noire fait son chemin, tant du côté des pouvoirs publics que des pétroliers. Un mouvement qui profite à Ecocéane. Le petit chantier naval breton avait volé au secours de la grande Amérique, en lui livrant ses bateaux nettoyeurs. Cette PME de Paimpol en tire plus d'une carte à jouer, à court comme à long terme.

De la visibilité

Ecocéane participe à l’effort de dépollution à l'été 2010. Tout se fait en cinq minutes, grâce à un film présenté le 4 mai par Jean-Louis Borloo au gouvernement américain. L’accord est conclu après que la sixième tentative de colmatage par BP échoue, au dernier week-end de mai. Reste pour les navires de la PME bretonne à être validés par les gardes-côtes américains puis acceptés par BP, ce qui est fait le 11 juin.

Si la marée noire aux Etats-Unis n’a pas modifié la stratégie du breton, elle l’a accélérée, indique son patron Eric Vial. Le constructeur n’est pas un inconnu : il a déjà vendu une soixantaine de catamarans en quatre ans sur le globe. Mais surtout, dans le sillage de la catastrophe écologique, Ecocéane a pu créer un bateau d’un nouveau genre.

Un nouveau bateau

Fort de son adoubement par les autorités américaines et par BP, le bureau d’études installé dans les Côtes-d'Armor met au point un navire, qui prendra l’eau pour la première fois au mois de mai. Son originalité ? Il permet aux pétroliers de consacrer leur tracteur de pipeline habituel à la dépollution, à tout moment.

L’expédition en Louisiane
Au mois de juin, dix navires Cataglop fabriqués par Ecocéane font le trajet de Nantes à la Nouvelle Orléans par avion, à bord d’Antonov. Le  onzième navire de dépollution d'Ecocéane, le Catamar, prend pour sa part le cargo. Une expédition de plus d’un million d’euros.

Inspiré du workboat, qui permet de tracter des pipelines en mer dans l’industrie pétrolière, le Workglop permet de jouer d’y ajouter du fret, du transport de passagers… et de dépolluer si besoin en masse. Le navire peut ramasser 80 mètres cubes de pétrole par heure et travailler par force 6. C’est le seul à le faire, selon le patron d’Ecocéane.

Peu enclins à dédier une ligne de budget pour un engin uniquement destiné au nettoyage, les pétroliers devraient y trouver leur compte. Une première commande doit être officialisée dans les prochaines semaines.

Un pied aux Etats-Unis

Vendre ses bateaux à un prestataire de services de BP, l’été dernier, n’a pas été facile. Afin de pouvoir livrer ses navires de toute urgence dans le Golfe du Mexique, Ecocéane dû voir lever le Jones Act, une loi protectionniste qui interdit l’achat de navires non fabriqués aux Etats-Unis.

Depuis, Ecocéane a créé une filiale sur le sol américain. En effet, son mode de production permet de construire des navires sur n'importe quel chantier. "On travaille avec le logiciel Catia : on envoie des plans de découpe aux fournisseurs de tôle qui nous envoient des pièces. L’assemblage, on peut le faire partout", explique Eric Vial.

du travail pour les chantiers navals français

D’autres chantiers navalsen France pourraient bénéficier du regain d’activité dont jouit la PME bretonne. "Le chantier de Paimpol ne va pas grossir. On va travailler avec d’autres chantiers français pour fabriquer des bateaux", prévoit le patron de la société. Ceux de la façade Atlantique, en particulier, manquent de travail, mais pas de compétences.

La manne espérée est considérable. Le chiffre d’affaires annuel d’Ecocéane s’élève aujourd’hui à 3 millions d’euros. La PME devrait le multiplier par 3 ou 4 cette année. "Il faut 5 à 6 mois pour fabriquer un bateau", explique Eric Vial. Un Cataglop, petit catamaran de nettoyage portuaire, se vend entre 100 000 et 230 000 euros, indique le chef d’entreprise. Son Workglop se vendra entre 400 et 1,4 million d’euros, tandis que le Spillglop, destiné au nettoyage en haute mer, affiche un prix compris entre 4 et 6 millions d’euros. Plusieurs commandes doivent tomber sous peu.

un nouveau marché

Last but not least : la prise de conscience post marée noire sert l'activité du fabricant de navires. "La marée noire a montré qu’il n’y avait rien sur les plateformes pour les sécuriser en cas de catastrophe écologique. C’est comme s’il n’y avait pas d’extincteurs dans une station-service", explique Eric Vial.

Des mentalités encore tenaces
"La mer appartient à tout le monde et à personne. Personne ne veut payer pour nettoyer", indique Nicolas Antini, directeur du fournisseur d’équipements pétroliers IS3. "Un vraquier ne paie pas de taxes pour l’entretien de la voie de circulation qu’il emprunte", déplore-t-il.  Sa PME de 20 personnes, au cœur de l’Ariège, n'a pas eu la chance d'Ecocéane. Elle avait proposé à BP un système de 60 millions d’euros pour nettoyer les eaux souillées. Mais n’avait pas été retenue faute de partenaire financeur.  
Pour l’instant, aucune loi mondiale, aucune obligation n’existe quant au nettoyage des mers. "En 2000, tout le monde s’en moquait. C’est aussi pour cela que personne n’a fait de R&D", renchérit l'entrepreneur. Si personne ne voyait l’utilité à l’époque, le marché est selon lui en cours de création aujourd’hui. En mer Caspienne, et mer Noire et dans le Golf du Mexique, les pays limitrophes se regroupent pour faire pression sur les pétroliers.

Ecocéane répond d’ailleurs en ce moment aux appels d’offre de l’EMSA, l'Agence européenne pour la sécurité maritime. L'agence souhaite renouveler sa flotte. Mais les critères de l’appel d’offres sont basés sur des systèmes "vieux de trente ans", indique le chef d'entreprise. Il a encore du lobbying à faire.

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