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Marée noire, le savoir-faire français

Par PAR OLIVIER COGNASSE ET OLIVIER JAMES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3191

Des catastrophes écologiques comme celle qui frappe les Etats-Unis, la France en a connu. « Erika », « Prestige », « Amoco Cadiz »... Au fil des naufrages, des français ont forgé un vrai savoir-faire dans la lutte anti-marée noire.

Un petit chantier naval breton au secours de la grande Amérique ! C'est peut-être le destin qui attend Ecoceane. Cette PME de Paimpol (Côtes-d'Armor) a développé une technologie inédite qui permet de récupérer le pétrole en haute mer. Son prototype de navire hauturier, le Spillglop (18 à 25 mètres), est capable de filtrer 100 mètres cubes d'hydrocarbures à travers une turbine en une heure, et cela malgré un vent de force 5. Le breton dispose déjà en catalogue de Cataglop, des catamarans calibrés pour le nettoyage des ports et des côtes, et il propose aux Etats-Unis d'envoyer trois navires dans le golfe du Mexique. « Ils pourront filtrer un total de 500 000 litres d'hydrocarbures par jour [plus de la moitié du volume perdu par la plate-forme chaque jour] », assure Eric Vial, le patron d'Ecoceane.

DES PRESTATAIRES POUR UNE SOLUTION COMPLÈTE

A son image, toute une chaîne de savoir-faire s'est créée en France dans le sillage des catastrophes pétrolières qui ont frappé les côtes hexagonales. Au fil des années, des prestataires de services ont même vu le jour, comme Le Floch Dépollution, basé à Saint-Martin-des-Champs (Finistère) et créé en 1967 suite au naufrage du « Torrey Canyon ». Sa spécialité ? Définir les meilleures techniques à employer pour circonscrire une marée noire selon le lieu où celle-ci se produit, la nature et le volume des hydrocarbures concernés et les conditions météorologiques. « Pour le naufrage de l'"Erika", qui s'est déroulé près de côtes rocheuses, nous avons mis en place des techniques de nettoyage à base d'eau de mer et de récupération des hydrocarbures via des produits absorbants, explique Jean-Pierre Vanbaelinghem, le directeur général. Mais pour le « Prestige », les côtes sableuses nous ont obligés à opter pour des cribleuses qu'il a fallu totalement adapter. »

Les chimistes français déploient aussi leurs compétences lors de ces désastres. L'emploi de produits chimiques dispersants en haute mer permet, par exemple, de limiter la quantité de pétrole qui atteindra les côtes. Il s'agit de fractionner la nappe d'hydrocarbure en fines gouttelettes, afin d'accélérer la biodégradation naturelle par les organismes présents dans l'environnement. En France, Rhodia dispose de gammes de tensioactifs et de solvants aptes à disperser les nappes. Son expertise en formulation est aussi très utile car chaque type d'hydrocarbure n'a pas tout à fait le même comportement chimique. L'industriel a d'ailleurs engagé des discussions avec ses réseaux de clients américains pour leur fournir les produits chimiques idoines.

De plus petits acteurs en profitent aussi. Même si aucune société « ne vit de la seule vente de dispersants », explique Daniel Desmichels, directeur commercial chez Innospec France, pour qui ce marché représente moins de 1 % du chiffre d'affaires. Cette société, qui fait partie du Syndicat français des constructeurs d'équipements et des prestataires de service de lutte contre la pollution (Sycopol), tire l'essentiel de ses revenus de produits pour l'industrie pétrolière, comme les additifs pour l'essence.

L'UN DES MEILLEURS SPÉCIALISTES DES DISPERSANTS

Cette expérience en fait l'un des meilleurs spécialistes des produits dispersants. Innospec est ainsi intervenu à la suite des naufrages de l'"Erika" et du "Prestige", notamment.

Imposant toute une logistique (ces produits sont appliqués par avions, hélicoptères et bateaux), les composés chimiques - tout comme les barrières flottantes - ne parviennent jamais à éviter totalement la catastrophe. Une grande partie des hydrocarbures atteint toujours les côtes. A cette étape, la société REP, basée à Gargenville (Yvelines), intervient avec une poudre à base d'algues. Appliquée avant l'arrivée de la nappe, celle-ci crée un film fin qui empêche les hydrocarbures de s'incruster sur les rochers. Elle facilite ensuite le nettoyage. « Ce produit a été utilisé lors des naufrages de l'"Erika" et du "Prestige" », précise Nicolas Tranier, le responsable environnement de REP. Cette société francilienne vend aussi un biodégradant à base de bactéries pour les sols souillés par les hydrocarbures.

A ces solutions technologiques s'ajoutent bien sûr le nettoyage et le ramassage manuels. Une fois récupérés, les hydrocarbures et les matériaux pollués sont généralement transportés jusqu'à divers lieux de stockage. Suivant leur nature et leur teneur en hydrocarbure, les déchets peuvent être recyclés en station de déballastage dans les ports, incinérés ou bien encore acheminés vers des raffineries, qui pourront alors les réutiliser. Mais il ne s'agit là que d'une infime portion des centaines de mètre cubes qui se déversent lors des marées noires


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