Marée noire et Maison Blanche: BP sous pression
Par Morgane Remy - Publié le
BP est-il le bouc-émissaire de la Maison Blanche ? En tout cas, les britanniques critiquent l’intervention étatiste de Barack Obama dans la gestion d’une entreprise privée.
Barack Obama revient pour la quatrième fois dans le golfe du Mexique pendant deux jours. "Le président va voyager dans les Etats qu’il n’a pas encore visité : l’Alabama, le Mississippi et la Floride. Lorsqu’il sera de retour, il s’adressera à la nation depuis la Maison Blanche", a expliqué David Axelrod, le principal conseiller de Barack Obama sur la chaîne de télévision NBC.
Ce genre de discours est très rare. Les présidents des Etats-Unis n’y ont recours que dans des cas de grave crise. Mais surtout, le président du groupe Carl-Henric Svanberg a été convoqué à une réunion à la Maison-Blanche ce mercredi. Barack Obama compte obtenir des dirigeants de mettre sous séquestre les dividendes de BP pour le deuxième trimestre 2010. La somme de 1,7 milliards de livres -2,1 milliards d’euros – serait une garantie en attendant que le coût de la marée noire incombant à BP soit connu.
BP, responsable
BP a déjà promis d'honorer toutes les "demandes légitimes" d'indemnisations et a répondu favorablement à 19 000 demandes, pour un total de 53 millions de dollars. Mais les chèques qui ont été envoyés - à peu près 5 000 dollars pour les propriétaires de bateaux de pêche et 2 500 dollars pour les employés - paraissent très éloignés des 10 ou 20 000 dollars que les pêcheurs peuvent gagner en un mois à cetteépoque, cruciale, de l'année.
Du coup, la Maison Blanche a décidé d’accentuer la pression. " Nous voulons nous assurer que l'argent est mis en séquestre pour répondre aux demandes légitimes d'indemnisation qui sont déposées et qui vont continuer à l'être par les entreprises et les particuliers qui ont été touchés dans le golfe", a précisé David Axelrod " Et nous voulons nous assurer que l'argent est gérée de façon indépendante et qu'ainsi, il n'y aura pas de réticences au moment d'indemniser" les victimes, a-t-il ajouté.
Aujourd’hui, le conseil d'administration de BP discute du report du dividende payable au titre du deuxième trimestre qui doit être annoncé le 27 juillet. Le Times (Londres) précise, dans sa publication de lundi, que le groupe pétrolier britannique pourrait céder aux pressions de la Maison Blanche et prévoit de placer le montant ainsi économisé dans un fonds fiduciaire jusqu'à ce que l'ampleur de sa responsabilité dans la marée noire soit déterminée. Cette décision permettrait à BP de garder la main en plançant le montant avant que les autorités le mettent sous séquestre les dividendes en question.
BP, Bouc-émissaire
Cette décision aura aussi un fort impact en bourse, où l’action a déjà perdu plus de 10% ce lundi après-midi sur le London Stock Exchange, après avoir chuté de plus de 30% en fin de semaine dernière. Et cela ne plait pas du tout aux britanniques qui voit le président américain intervenir sur l’un de leur fleuron économique. Les investisseurs sont inquiets, notamment depuis que Ken Salazar, le ministre de l’intérieur, a annoncé que BP devrait prendre en charge non seulement le secteur de la pêche qui a subit un coup d’arrêt, mais aussi payer les salaires de ceux qui travaillaient sur les autres plateformes pétrolières. Le forage en haute mer étant interdit pendant six mois renouvelable, 33 forages offshores ont été suspendus. Si cette résolution est adoptée, cela pourrait mener BP à la faillite.
Les éditorialistes britanniques accusent les américains d’utiliser BP comme bouc-émissaire plutôt que de vraiment essayer de trouver une solution pour une économie ébranlée. Ses deux piliers vacillent (la pêche et le forage) et la colère populaire gronde. Pour Clive Crook, le célèbre éditorialiste du Financial Times, Il s'agit pour le président de trouver un coupable. Il écrivait hier que Barack Obama souhaite avoir un " ass to kick" (argot : chercher quelqu’un à blamer), ce qui est " une pratique Bushiesque [...] qui encourage un esprit général de délation envers BP".
Le problème est que de nombreux fonds de pensions britanniques ont acheté massivement des actions du géant pétrolier. De plus, le London Stock Exchange est très sensible aux fluctuations de l’action de BP. Oliver Crook pose alors la question : s’il est injuste que les victimes de la marée noires subissent les conséquences de cette catastrophe, est-il plus juste que ce soient les retraités britanniques qui en supporte le coût ?
Morgane Remy
Chevron critique BP
La marée noire qui ravage le golfe du Mexique depuis près de deux mois "aurait pu être évitée", assure lundi le PDG du groupe pétrolier américain Chevron John Watson, prenant ses distances avec son rival britannique BP, dans une interview au Wall Street Journal (WSJ). "Je pense que si de bonnes pratiques avaient été utilisées dans ce puits (plateforme Deepwater Horizon de BP d'où est partie la marée noire le 20 avril, ndlr), nous n'en serions pas là aujourd'hui", enfonce Gary Luquette, le responsable de Chevron, chargé de l'exploration et de la production de Chevron en Amérique du nord. Deuxième compagnie pétrolière américaine derrière ExxonMobil, Chevron est le troisième producteur de pétrole dans la région du golfe du Mexique après BP et Royal Dutch Shell. Elle est considérée comme sa zone de croissance. Chevron souhaite en conséquence continuer à y forer. Or dans la foulée de la marée noire, le président Barack Obama a annoncé une prolongation de six mois du moratoire sur l'octroi de permis de forage.
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