Marchés : de mal en PIS
Publié leDépression du marché
Semaine dépressive pour les marchés, et dans un bel unisson avec une clôture de Wall Street épique suite à une erreur, encore mal identifiée, d'un trader. En ayant confondu millions et milliards, tous les ordres de vente à seuil de déclenchement sont passés comme un seul homme créant un "mini-krach" à New-York avec une chute de 998 points, soit à peu près 1000 milliards de dollars. Au-delà de cette épisode malheureux, et malgré des indicateurs macroéconomiques relativement positifs issus des Etats-Unis, les marchés financiers traversent une forte zone de turbulence à l’épicentre européen. La Grèce et surtout le risque de contagion aux PIS, Portugal, Irlande et Espagne plombent l’euro face au dollar pour atteindre les 1,26 dollars à la clôture de Paris jeudi. Les propos du gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet, sur une éventuelle contagion de lacrise Grecque , ont enflammé les corbeilles, tout comme sa décision de laisser les taux directeurs inchangés à 1 point. Pour la beauté du geste, les investisseurs se seraient attendus à ce que la BCE achète des obligations souveraines. Ce que son gouverneur n’a pas évoqué. Conséquence, le CAC 40 finissait jeudi soir la séance en baisse de 2,2%, à 3.556,11 points, tandis que l'indice des principales valeurs européennes a clôturé à un plus bas de deux mois juste au-dessus des 1.000 points, à 1.008,93 points.
Pourtant un fol espoir avait repris sur Paris qui a fait une légère incartade dans le vert avant de sombrer dans le rouge, tout comme Tokyo qui chutait de 3,27% en clôture. Ce matin encore, la Bourse parisienne ouvre avec 2,50% de baisse. Panique ? ça y ressemble.
Rassurer et contrôler
On en peut pas reprocher aux dirigeants d'avoir mouillé la chemise pour rassurer les marchés. Ainsi, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont eux tenté de rassurer sur la détermination de l'Europe à assainir ses finances. Dans une lettre envoyé à Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, les deux Chefs d’Etat réclament que, lors du prochain sommet de la zone euro (prévu ce vendredi), les chefs d'Etat et de gouvernement « adressent le signal qu'ils sont prêts à envisager pour la zone euro un renforcement de la surveillance budgétaire », avec un « cadre robuste » de résolution des crises et «des sanctions plus efficaces pour les procédures de déficit public excessif ». De son côté le président de la Commission a averti que « La Commission fera tout ce qui est nécessaire pour faire en sorte que les marchés financiers ne soient pas un terrain de jeu pour la spéculation ». Ce qu’il est pourtant.
Certes les inquiétudes persistent sur l’efficacité du plan d’aide envers laGrèce. Mais , plus inquiétant, l'agence Moody's a annoncé mercredi une possible dégradation de la note de dette du Portugal « dans les trois mois » en raison de la « récente détérioration des finances publiques et des faibles perspectives de croissance à long terme. » Une déclaration dans le sillage d’une rumeur sur un éventuel appel à l’aide de l’Espagne, où le déficit a atteint 11,2% du PIB en 2009, au FMI. Une rumeur démentie par le chef du gouvernement Espagnol et par l’institution. Mais, pire, l’inquiétude envers l’Espagne et le Portugal des investisseurs tient aussi, outre ses faibles perspectives de rebonds, à une autre raison : la majorité de la dette portugaise est détenue par les banques ibères. Qui n’en finissent pas de dévisser à la bourse de Madrid.
Comme en France où les valeurs bancaires ont aussi perdu du terrain. Même BNP Paribas dont les résultats au T1 étaient meilleurs qu’attendus. En cause son exposition à la dette grecque à hauteur de 5 Milliards d’euros. A suivre aussi le Crédit Agricole qui a annoncé être exposé à la dette grecque à hauteur de 30 milliards d'euros.
Dans ce paysage, la tendance baissière de l’euro est probable, comme nous le confirme Denis Ferrand, DG de COE-Rexcode, « La dépréciation est arrivée plus vite qu’anticipée, et il y a encore un fort potentiel de baisse du fait d’une probable remontée des taux directeurs américains avant ceux de l’Europe. » Reste que tous ces évènements cumulés font peser le risque d'une rechute del'économie réelle convalescente. Une probabilité que relevait relevait la banque centrale australienne dans une note parue hier. Mais, pour les assidus de cette chronique tout cela n'est malheureusement pas une surprise.
Fabrice Frossard

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