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L'usine Agro

Marché bio : le paradoxe allemand

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Outre-Rhin, le marché bio connaît une croissance annuelle de 10 %. Pourtant, le nombre d’agriculteurs stagne et le pays fait de plus en plus appel à l’importation.

Marché bio : le paradoxe allemand © David Ebener

Il est bien loin le temps où les produits de l’agriculture biologique étaient confidentiellement vendus dans des supérettes spécialisées et austères. Outre-Rhin, le bio, en plein essor, s’affiche aujourd’hui partout. En dix ans, la demande a quadruplé, pour atteindre un chiffre d’affaires de 8,62?milliards d’euros en 2015, soit presque 5 % de toute l’alimentation consommée dans le pays. En valeur absolue, l’Allemagne constitue le premier marché en Europe. Dans le même temps, les circuits de distribution ont beaucoup évolué. Désormais, les deux tiers des 70 000 références disponibles en bio sont vendus en supermarchés, dont 20 % chez les discounters comme Aldi et Lidl.

Une évolution vue de manière critique par les acteurs traditionnels. Car si d’un côté, cet attrait des hard-discounters démocratise l’alimentation bio, il envoie aussi un mauvais signal aux consommateurs, comme l’explique un porte-parole du label Bioland : « Cela indique aux clients que le bio n’est pas cher. Or, ce n’est pas vrai. Les agriculteurs bio ont des coûts plus élevés et les discounters ne recherchent pas forcément des produits locaux ou des salaires justes. » C’est pourquoi il n’encourage pas ses adhérents à y recourir.

Plus que jamais, le secteur du bio allemand est donc marqué par une qualité « à deux vitesses ». Si une moitié des agriculteurs a choisi de produire sous l’estampille européenne, l’autre y ajoute l’un des neuf labels allemands, aux cahiers des charges beaucoup plus stricts. Ainsi, alors que le marquage européen autorise la mixité (la coexistence de l’agriculture bio et de l’agriculture classique sur une même exploitation), des appellations comme Bioland, Naturland ou Demeter – les trois principales – l’interdisent totalement. De même, ces dernières excluent toute alimentation d’origine conventionnelle pour les animaux, quand le label européen en tolère 5 %. Chez Demeter, 50 % de l’alimentation animale doit même provenir directement de l’exploitation. Enfin, pour les produits transformés, la liste des additifs autorisés (lécithine, acide ascorbique, oxygène…) est réduite à moins d’une vingtaine. Résultat : ces marques sont considérées par les consommateurs allemands comme un meilleur gage de qualité et vendues un peu plus cher chez les enseignes spécialisées comme Alnatura et Bio-Company.

Seulement 6,5 % des terres agricoles

Ces labels (qui sont aussi des associations) ne s’arrêtent pas là. Ils ont également développé leurs propres coopératives pour soutenir les petits producteurs dans leurs débouchés. Naturland, qui compte près de 2 000 adhérents, a monté la société de conseil et de commercialisation Naturland Marktgesellschaft, dans laquelle environ 900 agriculteurs sont aujourd’hui actionnaires. De leur côté, en choisissant ces labels, les agriculteurs espèrent tirer leur épingle du jeu. C’est le cas par exemple de la famille Carstens, à Friedrichsgabekoog, dans le nord du pays, qui produit sous le label Bioland depuis 1989. Après s’être associée avec son voisin, l’entreprise est désormais à la tête de 1 000 hectares en bio, mais aussi d’une coopérative de vente et d’une société de fabrication de surgelés. Afin de rationaliser la production, ils se sont concentrés sur une dizaine de légumes phares, contre une quarantaine au départ, qu’ils commercialisent notamment dans les supermarchés Edeka.

Mais au-delà de ces quelques grands noms, le développement de la culture bio connaît actuellement une véritable stagnation. Alors que les surfaces allouées au bio ne progressent que de 4 % par an, l’Allemagne, et ses 1,09 million d’hectares, s’est même fait dépasser en 2015 par la France (1,36 million d’hectares) et se retrouve à la quatrième place en Europe. Seules 6,5 % de ses terres agricoles sont dévolues au bio, bien loin de l’objectif du gouvernement, qui table sur 20 % dans les prochaines années. Comme ailleurs, la bataille pour les terres fait rage et le pays souffre particulièrement de la concurrence de l’agriculture classique et des énergies renouvelables, qui offrent un bien meilleur retour sur investissements, sur une période garantie de vingt ans.

Prime à la conversion

De fait, le nombre d’agriculteurs qui convertissent leur production est aussi très faible. Ils n’ont été que 1 300 en 2015 et sont en tout aujourd’hui 24 700. « Il faut un certain nombre de facteurs pour permettre une conversion réussie, analyse Jürn Sanders, de l’Institut de recherche agricole Thünen. En premier lieu, les cultivateurs demandent des conseils pour une bonne préparation. Viennent ensuite le soutien politique et les prix du marché. » Conscients de leur rôle à jouer, les Bundesländer ont augmenté les soutiens financiers en 2015. En plus d’une prime à la conversion versée pendant les cinq premières années, un exploitant possédant 300 hectares par exemple touche maintenant un bonus allant de 254 à 277 euros par hectare, en fonction du Land dans lequel il réside. « Cette prime est indispensable, poursuit Jürn Sanders. On remarque qu’à lui seul le prix de vente ne compense pas les coûts plus élevés de la production en bio. » Malgré cela, chaque année, environ 600 agriculteurs jettent l’éponge et reviennent à la production conventionnelle. « Ils représentent environ 3 % des agriculteurs bio, détaille Jürn Sanders. Pour justifier leur décision, certains nous disent qu’ils ne s’en sortent pas financièrement ou qu’ils trouvent les contrôles trop contraignants. »

Pour continuer à soutenir la demande, le pays se trouve dans l’obligation de recourir de plus en plus à l’importation. Aujourd’hui, une carotte sur deux et une pomme sur deux proviennent de l’étranger. Dans les légumes de saison comme les tomates et les poivrons, ce taux monte à 80 et 90 % respectivement, en provenance d’Espagne et d’Italie. Dans les produits laitiers également, environ 30 % du lait et du beurre bio vendus en Allemagne est produit au Danemark et en Autriche. En attendant que l’Allemagne trouve un moyen de se sortir de ce paradoxe… 

Gläserne exporte son lait

Tous les jours, « même le soir de Noël », la laiterie Gläserne, installée à Münchehofe, dans le Brandebourg, reste ouverte pour réceptionner le lait bio des 160 agriculteurs avec qui elle travaille. Comme l’explique son directeur, Peter Knopp, le précieux liquide, acheté entre 47 et 48 centimes le litre, n’attend pas et doit être conditionné et expédié en moins de douze heures. Créée en 2001 et rachetée par le géant suisse Emmi en 2016, l’entreprise traite annuellement 120 millions de litres de lait, pour un chiffre d’affaires de 85 millions d’euros. Un peu plus de la moitié est réalisé avec la vente de lait frais chez les enseignes spécialisées (Bio-Company), les supermarchés (Edeka, Rewe) et les discounters (Aldi, Lidl) de la région. À plus haute valeur ajoutée, les fromages et le beurre partent dans toute l’Allemagne. « Enfin, nous réalisons 5 % de notre chiffre d’affaires à l’export, avec une gamme très particulière de lait en poudre », indique Peter Knopp. Sa petite fierté : ce produit est ensuite utilisé dans des chocolats vendus jusqu’aux États-Unis. 

L’Allemagne du bio

8,62 milliards d’euros de chiffre d’affaires

38 259 entreprises

Environ 250 000 employés

source : BÖLW, l’association des producteurs biologiques allemands, Chiffres 2015

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