Majencia, PME durable
Par Marion Deye - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3197Le fabricant de meubles a voulu participer au développement d'une économie locale en relocalisant une partie de sa production. Il veille aussi à l'impact de ses activités industrielles sur l'environnement.
C'est peut-être parce que nous avons frôlé la disparition que nous savons à quel point la notion de durable est essentielle », sourit Vincent Gruau, le PDG de Majencia. Après avoir été placé en redressement judiciaire fin 2003, ce spécialiste de la fabrication de mobilier de bureau est aujourd'hui sorti du rouge. Avec 730 collaborateurs pour 94 millions d'euros de chiffre d'affaires, il affichait en 2009 un résultat opérationnel de 1,4 million d'euros.
Dans le trio de tête du marché français de l'aménagement d'espaces de travail, avec Steelcase (120 millions d'euros de chiffre d'affaires en France) et Haworth (50 millions d'euros), il a mis ces dernières années à profit pour devenir un exemple en matière de responsabilité sociale. Sa priorité : s'imposer comme un acteur économique local solide, capable de générer des emplois et de déployer une politique industrielle compatible avec les impératifs environnementaux. Une stratégie que le groupe a accélérée depuis qu'il a pris son indépendance. En septembre 2008, il a, en effet, quitté le giron du néerlandais Samas BV, dans le cadre d'un rachat de l'entreprise par son management et s'est rebaptisée Majencia.
Pour Vincent Gruau, le développement durable ne doit pas seulement être « vert ». « Il repose aussi sur deux autres piliers : le social et l'économie. Nous portons nos efforts sur chacun d'eux », explique-t-il. Son cheval de bataille : dynamiser le bassin d'emploi en renforçant son implantation industrielle. En 2006 déjà, la société avait rapatrié en France une partie de sa production. L'idée : fabriquer à nouveau sur Noyon (Oise) les caissons d'entrée de gamme jusque-là importés de Chine.
Une remise à plat totale du process industriel est lancée. Au programme, amélioration de la qualité, accompagnement des fournisseurs et automatisation accrue du site. Un an plus tard, la mission est accomplie : des caissons à prix low cost sortent par dizaines de milliers de l'usine picarde. « Nous essayons aussi de travailler avec des prestataires et des fournisseurs français », précise le PDG. L'entreprise a d'ailleurs fondé avec l'opticien Atol et le spécialiste du vitrage automobile Carglass, le Comité des entrepreneurs pour un développement responsable de l'économie (Cèdre). « Nous avons des histoires comparables et essayons de témoigner sur les bénéfices de la relocalisation », explique Vincent Gruau.
LES SALARIÉS ONT ÉTÉ REQUALIFIÉS
Cette année, les efforts ont porté sur la reconversion de son site de Bressuire (Deux-Sèvres), dont l'activité d'assemblage de sièges devait être stoppée. La transition industrielle s'est faite sans casse sociale, grâce à une politique de requalification des salariés. Une année a été nécessaire pour adapter les employés à l'activité d'agencement. « L'arrêt de l'atelier a été annoncé en début de l'année dernière. Les formations se sont ensuite étalées d'avril à décembre 2009. Aujourd'hui, vingt salariés sur les vingt-quatre du site sont des spécialistes de l'agencement », s'enorgueillit le dirigeant. Pour y parvenir, la société a augmenté son budget de formation professionnelle. Il est passé de 3,34 % de la masse salariale en 2008 à 4,5 % en 2009 (l'obligation légale se situe à 1,5 %).
Ce choix du « made in France » a bien sûr permis d'améliorer la performance environnementale de l'entreprise. L'arrêt des approvisionnements de caissons chinois a permis en 2006 d'éviter l'émission de 700 tonnes de CO² par an. Auxquels s'ajoutent 50 tonnes, gagnées grâce au transfert de l'activité d'assemblage de sièges de Bressuire à Noyon. Le développement du ferroutage engagé en 2007 a, lui, fait économiser 700 tonnes de CO² sur un an. Bien que modestes, comparés aux millions de tonnes économisées par les grandes entreprises, ces scores témoignent d'une persévérance sur le long terme.
DES PLANS DE PROGRÈS SUR TOUS LES PROCESS
L'entreprise a, par ailleurs, engagé d'autres actions en matière de conception et de production : utilisation de bois certifié, peinture sans solvant, emballage recyclable à 100 %, chaudière brulant les déchets sur le site de Bressuire... Autant de démarches matérialisées par la norme NF environnement validée par l'Institut technique, FCBA. Majencia se lançant, par ailleurs, dans un processus de certification ISO 14000. La PME a également adhéré en 2008 au pacte mondial des Nations unies (Global Compact), qui l'oblige à afficher chaque année une liste d'engagements chiffrés prouvant sa responsabilité sociale.
En matière de performance industrielle enfin, la société a mis en place des plans de progrès sur tous ses process. La règle ? Privilégier la solution qui apporte un gain de productivité si, et seulement si, elle n'entraîne pas de moins-value environnementale. « Si c'est le cas, nous préférons y renoncer et trouver une autre voie de progrès », explique Vincent Gruau. Un credo encore rare.











