MAJENCIA PLEINEMENT DURABLE
Par Marion Deye - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3173Employeur responsable, le fabricant participe au développement d'une économie locale forte. Tout en restant attentif à l'impact de ses activités industrielles sur l'environnement.
C'est peut-être parce que nous avons frôlé la disparition que nous savons à quel point la notion de durable est essentielle », sourit Vincent Gruau, le président directeur général de Majencia. Après avoir été placé en redressement judiciaire fin 2003, le spécialiste de la fabrication de mobilier de bureau est aujourd'hui sorti du rouge. Avec 730 collaborateurs pour 105 millions d'euros de chiffre d'affaires, l'entreprise affiche en 2008 un résultat opérationnel de 1,8 million d'euros.
Dans le trio de tête du marché français de l'aménagement d'espaces de travail, avec Steelcase (120 millions d'euros de chiffre d'affaires en France) et Haworth (50 millions d'euros), il a mis à profit ces dernières années pour devenir un exemple en matière de responsabilité sociale. Sa priorité : s'imposer comme un acteur économique local solide, capable de générer des emplois et de déployer une politique industrielle compatible avec les impératifs environnementaux. Une stratégie que le groupe a accélérée depuis qu'il a pris son indépendance. En septembre 2008, il a quitté le giron du néerlandais Samas BV, dans le cadre d'un rachat de l'entreprise par son management et s'est rebaptisée Majencia.
UNE REMISE À PLAT TOTALE DU PROCESS INDUSTRIEL
Car, pour Vincent Gruau, le développement durable ne doit pas seulement être « vert ». « Il repose sur deux autres piliers : le social et l'économie. Nous portons nos efforts sur chacun d'eux », explique-t-il. Son cheval de bataille : dynamiser le bassin d'emploi en renforçant son implantation industrielle. En 2006 déjà, la société avait rapatrié en France une partie de sa production. L'idée : fabriquer à nouveau sur Noyon (Oise) les caissons d'entrée de gamme jusque-là importés de Chine. Une remise à plat totale du process industriel est lancée. Au programme, amélioration de la qualité, accompagnement des fournisseurs et automatisation accrue du site. Un an plus tard, la mission est accomplie : des caissons à prix low cost sortent par dizaines de milliers de l'usine picarde. « Nous essayons aussi de travailler avec des prestataires et des fournisseurs hexagonaux », rappelle le PDG. L'entreprise a d'ailleurs fondé avec l'opticien Atol et le spécialiste du vitrage automobile Carglass, le comité des entrepreneurs pour un développement responsable de l'économie (Cèdre). « Nous avons des histoires comparables et essayons de témoigner sur les bénéfices de la relocalisation », explique Vincent Gruau.
Cette année, les efforts ont porté sur la reconversion de son site de Bressuire (Deux-Sèvres), dont l'activité d'assemblage de sièges devait être stoppée. La transition industrielle s'est faite sans casse sociale, grâce à une politique de requalification des salariés. Une année a été nécessaire pour adapter les employés à l'activité d'agencement. « L'arrêt de l'atelier a été annoncé en janvier. Les formations se sont étalées d'avril à décembre. Aujourd'hui, vingt salariés sur les vingt-quatre du site sont des spécialistes de l'agencement », s'enorgueillit le dirigeant. Pour y parvenir, la société a dû augmenter son budget de formation professionnelle. Il est passé de 3,34 % de la masse salariale en 2008 à 4,5 % cette année (l'obligation légale se situe à 1,5 %).
LE FERROUTAGE INTENSIFIÉ
Mieux, cette obsession du « made in France » améliore aussi la performance environnementale de l'entreprise. L'arrêt des approvisionnements de caissons chinois a permis en 2006 d'éviter l'émission de 700 tonnes de CO² par an. Auxquels s'ajoutent 50 tonnes, gagnées grâce au transfert de l'activité d'assemblage de sièges de Bressuire à Noyon. Le développement du ferroutage engagé en 2007 a, lui, fait économiser 700 tonnes de CO² sur un an.
Bien que modestes, comparés aux millions de tonnes économisées par les grandes entreprises, ces scores témoignent d'une persévérance sur le long terme. Majencia s'est lancée dans un processus de certification ISO 14000, qu'elle devrait obtenir ce mois-ci. Elle a aussi adhéré en 2008 au Pacte mondial des Nations-unies, qui l'oblige à afficher chaque année une liste d'engagements chiffrés prouvant sa responsabilité sociale.
Industriellement aussi, la société a mis en place des plans de progrès sur tous ses process. La règle ? Privilégier la solution qui apporte un gain de productivité si, et seulement si, elle n'entraîne pas de moins-value environnementale. « Si c'est le cas, nous préférons y renoncer et trouver une autre voie de progrès », explique Vincent Gruau. Un credo encore rare.











