MAGNY-COURS, L'ÉCURIE HIGH-TECH

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3271
 LUC MARCHETTI , président d'Exagon Engineering.
LUC MARCHETTI , président d'Exagon Engineering.
© D.R. ; PHOTO @LOON

Les entreprises de Nevers Magny-Cours offrent une vitrine technologique internationale au sport automobile. Fédérées dans une grappe d'entreprises, elles s'appuient sur l'ancien circuit de Formule 1.

Le « know how », vous connaissez. Mais la Noao (prononcez comme le mot anglais), sans doute pas. Et c'est normal. Ce véhicule hybride à propulsion électrique, doté d'un moteur thermique qui joue les groupes électrogènes pour recharger ses batteries, vient d'être dévoilé par le Pôle de la performance de Nevers Magny-Cours (PPNMC). Cette entité de la Nièvre qui emploie 400 salariés présente son bolide mécanique écologique, un peu partout en Europe. L'autonomie du véhicule en conditions de course atteint les 100 kilomètres et sa vitesse de pointe frôle les 200 km/h. Autre originalité : la Noao est le fruit d'un projet collaboratif. Six des 24 adhérents du PPNMC, labellisé grappe d'entreprises par le gouvernement, ont travaillé pendant six mois pour mettre au point cette voiture destinée au marché des écoles de pilotage désireuses de mettre sur pied des stages plus silencieux ou d'éco-conduite. « Au-delà du résultat, nous voulons démontrer qu'en mutualisant certaines compétences et moyens, nous représentons une vitrine technologique du sport automobile d'ampleur internationale. Qui plus est, la seule implantée à deux pas d'un circuit », explique Bertrand Decoster, le président du PPNMC et PDG de la société Mygale, concepteur et constructeur de voitures de courses et fabricant des concept-cars que l'on peut admirer sur les plus grands salons du monde. Mygale compte 21 salariés et réalise un chiffre d'affaires de 3,2 millions d'euros.

Ingénierie en bord de piste

À Magny-Cours, c'est une petite révolution. Depuis 1990, et la création conjointe d'une zone d'activités en bordure du circuit, ces PME oeuvraient chacune dans son coin, se jalousant parfois. La Société anonyme d'économie mixte sportive (Saems) gérant le circuit, concentré sur l'organisation de compétitions internationales comme le Grand Prix de France de Formule 1, les ignorait poliment. La perte de la F1 en 2009 et l'arrivée de Serge Saulnier à la direction opérationnelle de la Saems a changé la donne. L'ancien mécanicien de Jacques Lafitte, fondateur à Magny-Cours de l'écurie Promatecme, devenue Saulnier Racing, connaît mieux que personne le tissu local. « Intégré au pôle, j'ai mis à sa disposition l'équipement du circuit à des conditions préférentielles pour qu'il devienne un outil de travail, argumente-t-il. D'ailleurs, la Noao a tourné trois jours sur la piste pendant son développement. » Il faut néanmoins trouver les créneaux horaires propices. Privée de F1, la société du circuit de Magny-Cours, qui affiche un chiffre d'affaires de 8,2 millions d'euros et compte 36 salariés, a su trouver les ressources pour rebondir et devenir rentable. « Nous totalisons 300 jours de location de la piste principale et 255 jours pour la piste club », précise Serge Saulnier.

Malgré la compression des budgets du sport automobile, les entreprises du PPNMC gardent la tête hors de l'eau. La filiale motorisation du constructeur Oreca (installé au Castellet, dans le Var) conçoit encore, par exemple, les mécaniques qui permettent aux chassis de l'écurie de s'aligner au départ des 24 Heures du Mans. Mais elle fait de plus en plus figure d'exception. Plusieurs PME du pôle de performance ont entrepris leur diversification. C'est le cas du développeur de moteurs et de systèmes électroniques Sodemo, qui avec 45 salariés parvient à un chiffre d'affaires de 4,5 millions d'euros. L'entreprise a été reprise en 2007 par Guillaume Gaillard. « La qualité de nos équipements, notre cellule R et D et l'échange de savoir-faire avec nos collègues nous conduisent à proposer des applications industrielles dans les domaines agricole, maritime et aéronautique », indique le PDG.

Autre exemple : celui d'Aero Concept Engineering. Même si elle réalise la moitié de son activité dans l'automobile, la PME élargit le champ de ses études aérodynamiques et thermiques. L'ancienne soufflerie de Guy Ligier puis d'Alain Prost, rachetée en 2002 par Xavier Gergaud et Alexis Lapouille, travaille à 30 % pour l'industrie et le bâtiment et à 20 % pour le secteur des cycles. « Par souci d'être toujours plus productifs, nous venons d'installer un robot d'usinage de maquettes 3D, qui divise par trois le coût de fabrication », argumente Xavier Gerbaud, dont la société compte 8 salariés et enregistre un chiffre d'affaires de 500 000 euros.

Danielson Engineering et ses 120 salariés vont plus loin en se lançant dans les produits propres. « Nous finalisons un moteur de drone pour applications militaires et civiles », se félicite son PDG, Bernard Delaporte. La sous-traitance industrielle n'est pas oubliée. L'entreprise, qui réalise un chiffre d'affaires de 11 millions d'euros, renforce son récent laboratoire de calculs et investit près de 4 millions dans une nouvelle fonderie, qui sera opérationnelle courant 2013 pour mieux concevoir des pièces complexes à très forte valeur ajoutée.

Transfert de technologies

L'attractivité du PPNMC se trouve largement confortée par la présence de l'université de Bourgogne. L'Institut supérieur de l'automobile et des transports (Isat), créée en 1991, est la seule école d'ingénieurs publique typée automobile. Elle accueille 600 étudiants et assure des promotions de 150 diplômés. « Jusqu'à il y a deux ou trois ans, l'économie locale embauchait peu de nos ingénieurs, assure son directeur Luis Le Moyne. Aujourd'hui, elle les convoite. » Cet enseignant-chercheur parle d'or. Les Isat colonisent à présent les entreprises du pôle.

Autre spécificité de l'école : son engagement très marqué en faveur du transfert de technologies. Il se traduit notamment par l'existence de deux laboratoires communs mis en place avec Danielson Engineering et le groupe Anvis. Implanté à Decize, commune distante d'une trentaine de kilomètres de Magny-Cours, ce spécialiste des systèmes antivibratoires en caoutchouc pour l'automobile (80 millions d'euros de chiffre d'affaires, 500 salariés) est tellement séduit par l'intelligence économique du PPNMC qu'il installera à Magny-Cours d'ici à dix-huit mois les 52 personnes de son centre de R et D. Le bâtiment se situera tout près de Welience, autre composante dépendant de l'université. « Nous sommes l'une des cinq têtes de pont bourguignonnes de cette société de transfert technologique, support à des travaux de recherche et de conseil scientifique », note Shahram Aivazzadeh, son directeur nivernais. Il y a une vie après la Formule 1 !

« Jusqu'à il y a deux ou trois ans, l'économie locale embauchait peu de nos ingénieurs. Aujourd'hui, elle les convoite. » Luis Le Moyne, directeur de l'Isat

« Nous voulons produire 150 bolides électriques par an »

LUC MARCHETTI , président d'Exagon Engineering, qui emploie 52 salariés et réalise un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros. Votre coupé sportif 100 % électrique, baptisé Furtive eGT, bénéficie t-il d'un réel marché ? La clientèle que nous ciblons, soit 30 000 personnes hors États-Unis, ne connaît pas vraiment la crise. Elle aime les belles voitures et les collectionne. La Furtive eGT, qui est une première mondiale, s'adresse à ce marché de niche avec toutes les chances de le séduire par ses performances exceptionnelles : de 0 à 100 km/h en 3,5 secondes, vitesse de 280 km/h, autonomie de 197 à 402 kilomètres. Nous enregistrons déjà 68 précommandes. Comment comptez-vous produire ce véhicule en série ? Nous étendons notre site de 7 500 mètres carrés afin de disposer dès cette année d'un outil industriel de pointe et nous recruterons une soixantaine de personnes. Ce développement s'inscrit dans un programme global de 27 millions d'euros d'investissement, R et D comprise. Il permettra de produire jusqu'à 150 voitures par an, ainsi que d'autres modèles à venir. Pourquoi n'avez-vous pas participé au projet collaboratif du pôle qui a donné naissance au premier véhicule hybride série de compétition ? Parce qu'à l'époque nous développions notre véhicule et que je ne voulais pas me disperser. En tant que membre du pôle, j'envisage d'accentuer les synergies avec certaines entreprises : ACE, Danielson, Oreca, et le circuit qui nous facilite l'accès à la piste pour les essais.

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