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Machines communicantesLa relève est là !

Par Hassan Meddah - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3140

Avec les progrès réalisés en matière d'électronique embarquée et l'industrialisation croissante des solutions, la télégestion de parcs de machines bascule dans l'âge de la diffusion à grande échelle.

D es forêts entières dévastées par le feu, un classique qui revient malheureusement chaque été. Des centaines de capteurs d'incendie disséminés sur les arbres pourraient-ils prévenir ces catastrophes ? Dotés de capacités de communication, ils donneraient l'alerte en cas d'élévation anormale de la température et, surtout, indiqueraient aux pompiers le départ de feu et son sens de déplacement. Autant de données précieuses pour éviter le pire ! Cette solution fondée sur la technologie existe d'ores et déjà. On la doit à deux sociétés françaises, Smart Packaging Solutions et Cryptiris. Elle montre aussi les potentialités des applications dites de machine à machine, ou MtoM dans le jargon des spécialistes.

DIVERSITÉ DES APPLICATIONS ET DES BESOINS

Mais l'atout véritable des applications du MtoM réside dans leur capacité à améliorer à la fois le quotidien de chacun et l'efficacité et la réactivité des entreprises. Les exemples ? Ils sont autour de nous : compteur d'électricité, caméra de vidéosurveillance, distributeur automatique, chaudière, imprimante, conteneur... Une fois connectés au réseau, ces équipements sont capables de remonter une information précieuse sur leur état ou leur environnement.

Le compteur communicant évite les déplacements des agents chargés des relevés de consommation ; la caméra sans fil transmet en direct les images de l'effraction ; le distributeur émet une alerte avant de tomber en rupture de produits ; la chaudière prévient de la défaillance prochaine du brûleur... On peut multiplier les exemples à l'infini. Les industriels concernés estiment que 10 milliards d'objets sur la planète sont équipés de processeurs et de mémoire, et peuvent donc produire des informations sur leur état. Or, aujourd'hui, moins de 1 % d'entre eux exploite cette possibilité.

Le manque de maturité et de standardisation de la technologie qui prévalait jusqu'ici a contraint les industriels à des déploiements limités. Ce qui fait la force du MtoM a longtemps constitué sa principale faiblesse : la diversité des applications et des besoins. Quel rapport entre le fonctionnement d'une cuve de fioul et celui d'une caméra de vidéosurveillance ? Quelles similitudes entre les besoins des fournisseurs d'énergie et ceux des gérants de distributeurs automatiques ? Très peu, voire aucune. Jusqu'ici, les industriels du MtoM butaient sur cette difficulté, contraints à du sur-mesure permanent. Autre spécificité qui a longtemps freiné le marché, la complexité de la chaîne technologique. Pour mener à bien un projet MtoM, une multitude d'intervenants est nécessaire : fabricants de capteurs, de modules de communication, de boîtiers électroniques, mais aussi sociétés de services informatiques et opérateurs télécoms.

Toutefois, les promesses du marché ont poussé l'ensemble des acteurs à persévérer. « Dans le domaine du transport et de la télémétrie, on ne s'interroge plus sur le retour sur investissement des applications MtoM. Nous entrons véritablement dans une phase de maturité et d'industrialisation », indique François Gatineau, le directeur de la division télécoms-utilities-médias d'Atos Worldline. La SSII en sait quelque chose : elle est l'intégrateur du plus gros déploiement en France d'applications MtoM : l'installation par ERDF, la filiale d'EdF, de 35 millions de compteurs communicants ! (lire l'interview page 64.)

Pour en arriver là, les freins au développement du MtoM ont dû être levés un à un. Tout d'abord, la réduction des coûts télécoms. Au démarrage du marché, les opérateurs facturaient les communications au prix fort. De quoi plomber la rentabilité d'un projet, surtout quand la connexion dominante est le GSM, qui libère des contraintes du câblage. « En quelques années, le prix des modems a été divisé par cinq et le coût des communications a significativement baissé », se félicite François Gatineau. Aujourd'hui, l'abonnement s'élève de 5 à 10 euros par mois et par machine, même pour les plus bavardes. Les opérateurs ont aussi mis sur pied des divisions spécifiques, avec pour objectif de concevoir des offres MtoM immédiatement accessibles à leurs clients. Orange se positionne en intégrateur, fournissant une solution clés en main, incluant jusqu'aux applications de gestion du parc de machines (statistiques en temps réel, alertes...). « Notre objectif est de construire des offres industrielles packagées à l'ensemble des secteurs, comme nous l'avons fait pour la gestion des flottes de véhicules. Nous mettons actuellement sur le marché une offre pour les gérants de distributeurs automatiques qui permet de réduire le taux d'indisponibilité des machines. Sachant qu'il existe plus d'une centaine de modèles différents, la tâche n'a pas été simple », reconnaît Olivier Feneyrol, le directeur de l'activité MtoM pour Orange Business Services.

Pour sa part, SFR s'appuie sur des partenaires qui ont la connaissance des processus métiers des clients finaux. « Chacun son métier. SFR n'est pas légitime dans la gestion des déchets, de l'énergie... Mais sur les télécommunications, oui. A nous d'apporter l'architecture télécoms la plus optimisée », explique Philippe Wang, le directeur de l'activité MtoM chez SFR. Parmi ses 150 partenariats, celui avec le fabricant de GPS TomTom est le plus abouti. En combinant les données GPS et les informations remontées par le réseau de l'opérateur, les deux partenaires apportent un service d'infotrafic amélioré aux conducteurs. SFR a dû également adapter ses processus de gestion des cartes SIM. « Traditionnellement en téléphonie mobile, elles sont activées dans nos boutiques au moment de la prise d'abonnement. Pour l'offre TomTom, le boîtier GPS intègre une carte SIM spécifique pré-activée. Dès l'achat, le produit est opérationnel », explique le responsable de SFR.

LE DYNAMISME DES PME DE L'ÉLECTRONIQUE

Le dynamisme des PME de l'électronique embarquée a également été un facteur d'accélération. Ainsi, Wavecom (acquise en février dernier par le canadien Sierra Wireless) a conçu une carte SIM révolutionnaire, réduite à un composant électronique. « Les cartes SIM des téléphones portables ne sont pas adaptées aux machines. Il faut des cartes plus résistantes aux chocs pour répondre, par exemple, aux contraintes de l'industrie automobile », explique Olivier Beaujard, le vice-président en charge du développement chez Wavecom. D'autres PME françaises se sont positionnées avec succès sur le segment du MtoM, comme Kerlink, Webdyn, Erco et Gener... Elles conçoivent des boîtiers électroniques capables d'extraire les données des machines et de les envoyer sur le réseau de télécommunications. Webdyn, installée en région parisienne, présentera ainsi sur le salon MachineToMachine, qui se déroulera du 31 mars au 2 avril (lire page 65), un module capable de piloter un panneau photovoltaïque.

Toutefois, ce dynamisme a ses limites. Les PME peuvent apparaître comme un maillon faible pour les très grands projets impliquant des centaines de milliers, voire des millions de machines. « Il manque un Nokia du MtoM. Le marché est encore trop fragmenté », explique un observateur.

L'arrivée de grands fabricants devrait y remédier. En particulier celle de l'équipementier télécoms chinois Huawei, qui occupe le terrain abandonné par les Siemens et autres Sony-Ericsson après l'éclatement de la bulle internet. Il a déjà écoulé plus de 20 millions de cartes PC et autres clés USB donnant accès à internet en mobilité. En février dernier, le chinois a franchi un pas supplémentaire en présentant un des modems pour machines les plus miniaturisés au monde. D'autres poids lourds devraient arriver. Gemalto, le leader mondial des cartes à puces, qui a tenté vainement de prendre le contrôle de Wavecom, a clairement affiché son intérêt pour ce marché.

Malgré tous leurs efforts, une donnée échappe aux fournisseurs de technologies : la capacité d'adaptation de leurs clients au MtoM. L'introduction de ces solutions bouleverse les processus des sociétés, allant jusqu'à entraîner une profonde transformation sociale. Le projet d'automatisation de la maintenance des compteurs d'ERDF, par son ampleur, est un cas extrême. Pour les interventions chez les clients, l'équivalent de 5 400 postes à temps plein seront supprimés. Toutefois, selon le gestionnaire d'électricité, ces pertes d'emploi seront compensées. « Ce nombre reste bien inférieur à celui des départs en retraite prévus pour les prochaines années dans ce domaine de compétences. Par ailleurs, ERDF fera travailler plus de 5 000 poseurs durant cinq ans pour déployer les compteurs et investira globalement 4 milliards d'euros au profit des entreprises », argumente Jean Vigneron, le responsable du projet pour ERDF. Au-delà de la technologie, cette gestion du changement sera le facteur clé de succès d'un projet MtoM.

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