Lyonbiopôle accélère dans les biotechnologies
Par DE NOTRE CORRESPONDANT, VINCENT CHARBONNIER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3214Après une plate-forme d'accueil pour les projets collaboratifs de R & D, le pôle de compétitivité Lyonbiopôle va se doter de plateaux techniques. Il mise sur un institut de recherche technologique dédié à l'innovation biomédicale.
Le Centre d'infectiologie du pôle de compétitivité Lyonbiopôle ? C'est un véritable « hôtel à projets ». Sur 1 920 m², il comprend sept modules comportant chacun deux laboratoires P2 (sécurité biologique de type grippal), un laboratoire à empoussièrement contrôlé et un labo standard, ainsi qu'un plateau P3 (sécurité biologique de type tuberculose) que les équipes peuvent louer ponctuellement en fonction de leurs travaux. Chaque module est équipé de deux congélateurs, de bouteilles de gaz carbonique et d'azote liquide, d'un distributeur d'eau ultrapure pour conduire des travaux de R et D en toute sécurité et toute confidentialité. « C'est une plate-forme au top pour la manipulation », estime le directeur du centre d'infectiologie, François Martin. Chaque laboratoire en dépression est accessible par un sas en surpression et est équipé d'un système de filtration de poussières jusqu'à 0,5 micron. Trois mois d'études et sept mois de travaux ont été nécessaires pour concevoir et réaliser le centre d'infectiologie qui a mobilisé 5 millions d'euros pour son aménagement et 2 millions pour son équipement.
Ouvert en avril 2009 dans l'ancien site de production de prothèses de cornée de Domilens, dans le quartier de Gerland, à Lyon (Rhône), cette plate-forme unique en Europe affiche déjà complet. Six équipes de recherche y sont hébergées : Inserm, PX'Therapeutics, Transgene, Innate Pharma, fondation Finovi, et Institut Mérieux. Toutes engagées dans des programmes de recherche collaborative.
Expertise mutualisée
Exemple avec Platine. Ce projet qui veut développer une plate-forme européenne d'immunotoring est porté par les sociétés marseillaise Innate Pharma, strasbourgeoise Transgene et grenobloise ImmunID, en partenariat avec le centre régional de lutte contre le cancer Léon-Bérard et une unité mixte de l'Inserm. Leur objectif, en mutualisant leur expertise, est de mettre au point des tests à façon pour comprendre l'impact de nouveaux médicaments sur le système immunitaire. « Le fait d'être implanté ici nous offre une plus grande visibilité, accélère les choses, note Samuel Salot, le directeur des opérations de Platine.
Le réseau de Lyonbiopôle joue pleinement son rôle d'apporteur d'affaires. » Labellisé par le Fonds unique interministériel, ce projet collaboratif devrait déboucher sur la création d'une société commerciale dès 2011. Société qui entend bien confisquer une partie du marché de l'immunotoring, estimé à 100 millions d'euros en Europe.
Thérapies personnalisées
Pour cette deuxième phase, Platine, qui emploie treize personnes, pourra s'installer sur AcCinov, une autre plate-forme que proposera Lyonbiopôle à l'horizon 2013. Son but ? Fournir un plateau technique à des start-up et des PME spécialisées en prestation de services dans les domaines de l'analyse biologique et de la bioproduction pour le développement de nouveaux produits de santé à usage préventif, thérapeutique ou de diagnostic. Cette structure de 6 000 m², implantée dans un bâtiment adjacent au centre d'infectiologie, va bénéficier d'un investissement de 18 millions d'euros pour sa construction et l'achat de l'équipement scientifique et technique.
Multipliant les initiatives, Lyonbiopôle est également candidat à la création d'un institut de recherche technologique (IRT), dans le cadre de l'appel à manifestation d'intérêt lancé par le commissariat général aux investissements d'avenir (ex-grand emprunt). Dédié à l'innovation biomédicale en infectiologie, cet IRT travaillera notamment pour prévenir et lutter contre les maladies d'origine infectieuse. En creusant le sillon de la personnalisation des soins. Le marché du diagnostic et des thérapies personnalisées pourrait atteindre 42 milliards de dollars en 2015, celui des vaccins plus de 36 milliards de dollars en 2019. Ce projet représente plusieurs centaines de millions d'euros d'investissement financés dans le cadre du grand emprunt. Il devrait renforcer la dynamique de Lyonbiopôle, créé en 2005 sous l'égide de quatre grands groupes industriels de la biopharmacie et du diagnostic : bioMérieux, Merial, Sanofi Pasteur et Becton Dickinson. « Il est capital pour conforter la pérennité d'un réseau industriel sur le territoire et accélérer le développement économique et la création d'emplois », souligne Alain Mérieux, le président de bioMérieux.
Traditionnellement centré sur la capitale des Gaules, Lyonbiopôle tente de se déployer jusqu'à Grenoble où 300 des 4 00 chercheurs en micro et nanotechnologies sont spécialisés dans les applications de santé. Un certain nombre de PME iséroises ont ainsi adhéré au pôle comme PX'Therapeutics (ex-Protein'eXpert). Fondée en 2000 par deux chercheurs issus du CEA, cette société grenobloise développe au centre d'infectiologie, avec une dizaine de personnes, la production d'anticorps murins et d'anticorps humanisés. Christelle Dagoneau, sa directrice commerciale, apprécie la position centrale, les équipements mutualisés et les synergies offertes par la plate-forme lyonnaise. En adhérant au pôle, cette entreprise s'est rapprochée fortement de ses fournisseurs, une animalerie et le spécialiste des vaccins pour animaux Mérial... Ils sont tout simplement implantés de l'autre côté de la rue...
Pas d'investisseurs régionaux
Ce succès ne doit pas masquer les handicaps du pôle de compétitivité lyonnais. Comparé à d'autres clusters européens, en particulier celui de la région de Bâle (Suisse) né dans l'orbite de Roche et Novartis, il affiche deux faiblesses principales. La première, c'est un manque criant de partenaires financiers. « Il n'y a pas d'investisseurs régionaux », souligne Olivier Fedrigo, le responsable du bureau lyonnais de la société de conseil Alcimed. La seconde faiblesse, c'est l'essaimage. Peu de spin-off issus de grands groupes ou de labos ont vu le jour sur le territoire lyonnais. Si l'on fait abstraction de Biom'Up, qui valorise les travaux de recherche du Docteur Gagnieu sur les biopolymères et a bouclé en mai 2010 une levée de fonds de 3 millions, ou de Poxel, spin-off de Merck Serono, qui a levé cet été 16 millions d'euros pour développer des molécules antidiabétiques, le bilan est quasi nul.

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