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L'Usine de l'Energie

Luc Oursel : "Il faut que le nucléaire soit un choix explicite"

Publié le

Entretien Luc Oursel est à la tête d'Areva depuis six mois. Il évoque l'ère post-Fukushima et le conflit qui l'oppose à son ancienne patronne, Anne Lauvergeon, au sujet de l'acquisition contestée d'UraMin.

L'Usine Nouvelle - Vous êtes à la tête d'Areva depuis six mois, quel premier bilan tirez-vous de votre action ?
Luc Oursel - Faire un bilan de six mois de présidence serait un peu prématuré. Mon premier souci a été de mener un diagnostic de la performance de l'entreprise. Celle-ci n'a cessé de se dégrader ces cinq dernières années. Cela se traduisait notamment par un niveau très insuffisant d'autofinancement de nos investissements, de l'ordre de 33 %. Il a fallu partager ce diagnostic avec les équipes. Ce fut un premier travail très important, car elles n'avaient pas forcément conscience de la gravité de la situation. Au bout de ces six mois, j'ai le sentiment que le constat est partagé même s'il n'est pas agréable. Nous nous sommes d'ailleurs engagés à améliorer notre performance en économisant 1 milliard d'euros sur notre base de coût, d'ici à 2016, en équilibrant notre flux de cash en 2013 et en limitant nos investissements à 7,7 milliards d'euros sur la période 2012-2016. En parallèle, nous avons estimé les conséquences de la catastrophe de Fukushima. Toute la stratégie du modèle intégré sur laquelle Areva s'est bâti ces dernières années - et là je partage entièrement le travail qui a été fait avec Anne Lauvergeon - va porter ses fruits. Le nucléaire continue à se développer dans beaucoup de pays, en Asie bien sûr, mais aussi en Europe, avec des exigences de sûreté accrues. Areva a des relations commerciales avec 360 des 440 réacteurs nucléaires installés dans le monde. Cette présence est un atout majeur en vue de la mise en conformité post-Fukushima des installations. Je crois qu'avec tout ce travail, la conviction que le nucléaire a un avenir est rétablie au sein de notre entreprise.

Où en est la mise en place du plan d'action stratégique que vous avez annoncé le 13 décembre 2011 ?
Les actions d'amélioration de la performance sont lancées. Certaines nécessitent une consultation des instances représentatives du personnel. Quant au gel des embauches, je tiens à rappeler qu'il ne concerne que les fonctions support et pas les fonctions industrielles. Par ailleurs, nous maintenons les actions d'apprentissage et de formation, car notre société a de l'avenir, nous ne gérons pas une activité en déclin ! Nous menons aussi notre programme de cessions d'actifs. Nous avons annoncé l'entrée en négociation exclusive avec le Fonds stratégique d'investissement pour la vente de notre participation dans Eramet et avons entamé d'autres ventes d'actifs plus petits. Je suis confiant sur le fait que nous atteindrons rapidement notre objectif de 1,2 milliard d'euros de cessions.

La perte du triple A français complique-t-il votre recherche de financement ?
Depuis la notation du groupe, qui date de 2009, nous avons été régulièrement dégradés [ndlr : la note actuelle est BBB-]. Ceci illustrait la performance insuffisante de l'entreprise. Le fait que nous soyons une entreprise avec de forts capitaux d'État fait que Standard et Poors nous accorde trois crans supplémentaires. La dégradation de la note de la France n'entraînera pas une dégradation de la nôtre. Quant à la crise de l'euro, je ne connais pas de centrale nucléaire qui se soit arrêtée pour des raisons économiques. Elles sont toujours compétitives. Notre chiffre d'affaires repose à plus de 80 % sur le parc existant. La crise de l'euro affecte en premier lieu le montage financier pour de nouvelles constructions de réacteurs.

Concernant les cessions d'actifs, certains vous prêtent l'idée de vouloir céder votre activité minière...
Toute idée de démantèlement d'Areva est fantaisiste. Nous voulons conserver le business model intégré. Nous ne sommes pas fermés à une ouverture du capital de notre activité minière filialisée dès lors que nous gardons un contrôle majoritaire. Et si un partenaire minoritaire entrait au capital, il faudra qu'il apporte quelque chose sur le plan industriel. L'idée que nous ayons pu déprécier UraMin pour accélérer la vente de cette filiale minière est absurde.

Au sujet d'UraMin, Areva est en conflit avec son ancienne patronne, Anne Lauvergeon. Que lui répondez-vous ?
Ma position est simple. Ma priorité absolue, c'est le redressement de l'entreprise Areva qui est dans une situation extrêmement difficile. Je n'entrerai dans aucune polémique publique. En revanche, je fais le voeu avec force que ce déballage médiatique public cesse. Je demande du respect pour les équipes d'Areva qui sont engagées avec moi dans la transformation de l'entreprise et qui sont extrêmement affectées par les atteintes portées à son image. Le sujet des indemnités de Madame Lauvergeon n'intéresse pas les salariés d'Areva.

Mais sur le fond du dossier, à savoir l'acquisition contestée de la société UraMin, que répondez-vous ?
Je pense que c'est un sujet qui ne doit pas être traité dans l'émotion, mais dans le rationnel. Nous avons annoncé au conseil de surveillance, début décembre, la nécessité de provisionner presque 2 milliards d'euros sur cette acquisition et les investissements correspondants, provision qui résulte à la fois des conséquences de Fukushima et d'un écart significatif entre les réserves prévues et les réserves réelles en uranium de la société UraMin. Suite à cela, le conseil de surveillance, de façon normale et il ne faut y voir aucun complot, a demandé à trois administrateurs indépendants d'analyser les conditions d'acquisition et d'exploitation de cette société et d'en tirer des enseignements pour le groupe. Nous attendons les conclusions de ces administrateurs indépendants et, à partir de là, prendrons des décisions et des actions, si nécessaire. Pour le reste, je ne peux en dire davantage. En ce qui me concerne, je n'avais pas à connaître les investissements d'Areva NC dont madame Lauvergeon était la présidente. Et, depuis la réorganisation de 2010, le directeur des activités minières d'Areva, M. de Montessus, lui rapportait directement.

Revenons au nucléaire. La catastrophe de Fukushima vous a-t-elle forcé à repenser votre offre produits ?
Notre réacteur EPR a été, aujourd'hui, présenté pour certification à un grand nombre d'autorités de sûreté dans le monde : en France, en Finlande, en Grande-Bretagne, en Chine, aux États-Unis et bientôt en Inde. Tous les retours indiquent qu'il n'y aura que des modifications mineures à apporter à notre réacteur, avec un coût limité à quelques millions d'euros. Pour l'Atmea, codéveloppé avec le japonais MHI, nous attendons dans les prochaines semaines le résultat des examens de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ce réacteur a été inspiré par la même philosophie de sûreté que celle de l'EPR, il n'y aura donc que très peu de modifications. L'Atmea est déjà proposé en Jordanie, où nous sommes en concurrence avec les Russes et les Canadiens. Dès que nous aurons la réponse des autorités, nous entamerons des démarches actives avec nos partenaires japonais pour le proposer à d'autres pays, par exemple le Vietnam. Par ailleurs, nous travaillons à faire converger le concept de l'Atmea avec le projet de réacteur franco-chinois de 1 000 MW, dans lequel est impliqué EDF, pour arriver à un seul et même produit. Enfin, notre troisième réacteur, le Kerena, est un réacteur bouillant développé par nos équipes allemandes. Le basic design est terminé. Ce projet est soutenu par E.on, mais il est pénalisé par la décision de l'Allemagne de sortir du nucléaire.

Combien vont coûter à Areva les travaux de sûreté imposés par l'Autorité de sûreté nucléaire ?
Sur les 10 milliards d'euros d'investissements ces dernières années, Areva a consacré environ 2 milliards à la sûreté et à la maintenance. Et sur les 7,7 milliards d'investissements prévus au cours des cinq prochaines années, il y a deux nouveaux milliards programmés. Au moment du plan stratégique, nous avions anticipé certaines demandes de l'Autorité de sûreté nucléaire. Aujourd'hui, nous estimons que ce devis de 2 milliards d'euros pourrait être augmenté de 10 %. Il faudra, par exemple, diminuer encore les risques, déjà très faibles, de dénoyage des combustibles entreposés dans les piscines de notre usine de La Hague.

Vous avez annoncé la vente de dix EPR d'ici à cinq ans. Quand pensez-vous signer les prochains contrats ?
Après Fukushima, il y a eu un temps d'arrêt partout. En Inde comme en Chine, la première priorité des gouvernements a été de rassurer l'opinion sur les réacteurs existants. La Chine, où nous avons deux nouveaux EPR en projet à Taishan, devrait reprendre les autorisations de nouvelles constructions en mars ou en avril. En Inde, les négociations n'ont jamais cessé et elles s'intensifient. Les autres contrats devraient venir du Royaume-Uni et d'Europe centrale. Des appels d'offres sont en cours en République tchèque et en Pologne.

Areva développe également une activité dans les énergies renouvelables, mais pour l'instant cela représente l'épaisseur du trait dans votre chiffre d'affaires...
C'est peut-être l'épaisseur du trait comme vous dites, mais je connais beaucoup d'industriels qui s'en contenteraient. Le nucléaire et les renouvelables ne s'opposent pas. Aujourd'hui, notre carnet de commandes dans les énergies renouvelables représente 1,8 milliard d'euros. Je veux que ces commandes deviennent des projets de référence, des réussites industrielles et commerciales. Areva a clairement un rôle à jouer dans ce secteur dès qu'il y a une forte valeur ajoutée technologique, comme c'est le cas dans l'éolien offshore.

Justement, qu'attendez-vous de l'appel d'offres français à ce sujet ?
Cet appel d'offres permet à notre pays de rester dans la course face aux programmes britanniques et allemands. Nous y avons répondu avec notre turbine M 5000, dont la qualité et la fiabilité ont été démontrés en mer du Nord. L'attente de fiabilité sur de tels projets, où l'investissement capitalistique est très important, est colossale.

Quel regard portez-vous sur le débat énergétique qui anime la campagne pour l'élection présidentielle ?
Les choix de politique énergétique ont fait l'objet de huit débats parlementaires depuis 1981. Ce qui prouve l'importance du sujet. Notre rôle, en tant qu'entreprise publique, est d'appliquer les choix de politique énergétique, mais aussi d'éclairer leur définition de façon rationnelle et non émotionnelle, en apportant notre expertise, notre savoir-faire et notre connaissance des marchés internationaux. Les décisions qui seront prises, en particulier pour le nucléaire, vont beaucoup influencer notre positionnement sur les marchés internationaux. Je me félicite du débat. Nous avons toujours milité pour qu'il soit public et rationnel. Il faut que le nucléaire soit un choix explicite !

Propos recueillis par Ludovic Dupin, Pascal Gateaud et Thibaut de Jaegher

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