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Luc Oursel doit sauver l'EPR

Par Ludovic Dupin - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3245
Luc Oursel - Areva
© REA

[ACTUALISE] - Le nouveau président d'Areva a été officiellement nommé en remplacement d'Anne Lauvergeon, ce jeudi 30 juin, par le conseil de surveillance. Philippe Knoche, Sébastien de Montessus et Olivier Wantz font leur entrée dans le directoire du groupe. A l'avenir, Luc Oursel pourrait asseoir son autorité grâce à l'avancée des chantiers en cours et à la vente de nouveaux réacteurs.

C'est l'un des dossiers prioritaires du nouveau président d'Areva, si ce n'est sa priorité absolue. Au cours des prochains mois, Luc Oursel doit assurer l'avenir de l'EPR, le réacteur nucléaire français de troisième génération commercialisé depuis une dizaine d'années.

Fruit de la collaboration avec Siemens, l'EPR est aujourd'hui dans une position délicate. Le premier exemplaire, actuellement en construction en Finlande sur la presqu'île d'Olkiluoto, est un gouffre financier pour Areva... Tête de série, il devait servir d'exemple pour vendre une quarantaine d'unités dans le monde. Mais le chantier affiche un retard de trois ans et la facture accuse un surcoût de 2,6 milliards d'euros pour un devis initial de 3 milliards.

Au moment de passer ce contrat, Anne Lauvergeon s'était tournée vers les pères du nucléaire français. Certains l'avaient mise en garde. Jean-Claude Leny, ancien patron de Framatome, se souvient avoir prévenu la présidente d'Areva que "construire un premier modèle à l'étranger était un risque, car le chantier souffrirait forcément de complications". Mais aujourd'hui encore il considère que refuser ce contrat était impossible.

Les chantiers en cours des autres EPR sont moins problématiques. Celui de Flamanville (Manche) est en retard, mais la responsabilité en incombe au maître d'oeuvre, EDF. Quant aux deux exemplaires de Taishan, en Chine, ils sont parfaitement dans les temps.

Le successeur d'Anne Lauvergeon ne saurait attendre la mise en service de ces quatre premiers EPR pour en vendre de nouveaux. Areva a signé fin 2010 un protocole d'accord avec l'Inde pour construire à Jaitapur deux réacteurs, plus une option sur quatre autres.

Le contrat définitif pourrait bientôt être signé, bien que les autorités indiennes rencontrent une forte mobilisation contre le projet. Les opposants se basent en effet sur les exigences de sécurité formulées par l'autorité de sûreté nucléaire finlandaise (Stuk). Outre l'Inde, Areva mise toujours sur la Chine, où deux nouveaux réacteurs pourraient être commandés par China Guangdong nuclear power company (CGNPC) et être construits sur le site de Taishan.

Les réseaux en question

L'échec de la vente de quatre exemplaires à Abu Dhabi, fin 2009, est désormais oublié. Quant aux critiques sur la trop grande complexité du réacteur liée à ses dispositifs de sécurité, elles n'ont pas résisté à la remise en cause des acteurs du nucléaire qui a suivi la catastrophe de Fukushima, le 11 mars.

Seule parmi les grands industriels à défendre l'atome dans les médias, Anne Lauvergeon n'a cessé de vanter l'EPR comme le réacteur le plus sûr du monde. À charge maintenant pour Luc Oursel de le prouver en enregistrant de nouvelles commandes. Le nouveau patron d'Areva va devoir aller à la rencontre des marchés asiatiques, tout en préparant les futurs appels d'offres au Moyen-Orient, au Royaume-Uni ou aux États-Unis.

Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT du groupe, ne préjuge pas des compétences de son nouveau patron, mais se demande "si ce dernier possède les mêmes réseaux qu'Anne Lauvergeon pour aller négocier des contrats à l'étranger". Si tant est que Luc Oursel ait encore une grande marge de manoeuvre pour faire aboutir de telles négociations.

Avec l'éviction d'Anne Lauvergeon, Henri Proglio, le PDG d'EDF, est arrivé à ses fins en devenant le seul chef de l'équipe de France nucléaire. L'électricien historique s'imposera-t-il comme le seul VRP de l'atome français ? Si tel était le cas, Luc Oursel, relégué au rôle de simple fournisseur, aurait pour tâche d'honorer les commandes prises par son "capitaine".

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