imprimer

"Londres et Paris sont les plus attractives pour les investisseurs étrangers en Europe"

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le
Marc Lhermitte - Ernst & Young
© D. R.

La Baule accueille ce mercredi, et jusqu'à vendredi, la 9e World Investment Conference. Trois jours de rencontres consacrés aux investissements directs étrangers (IDE) et à l'attractivité de l'Europe. Ernst & Young y présentera son étude annuelle sur les IDE en France et en Europe. Marc Lhermitte, associé du cabinet et auteur de cette étude, décrypte le document pour L'Usine Nouvelle.

L'Usine Nouvelle - Quelle est la situation de l'Europe en matière d'accueil d'investissements étrangers ?
Marc Lhermitte - Après trois années de stagnation liées à la crise, on note un regain dans les 42 pays de la "grande Europe" que nous suivons. En 2010, le nombre de projets a augmenté de 14%, soit 3 757 annonces au total. Depuis 5 ans, il y avait en fait une relative stabilité autour de 3000 à 3500 projets par an. Il y a une reprise donc, mais sans rush. En termes d'emplois créés surtout, on reste loin du niveau de 2006. Cette année là, nous avions identifié 215 037 emplois liés aux IDE, nous n'en sommes qu'à 137 337 en 2010.

Il faut noter que 26% des investissements mondiaux sont localisés en Europe contre 40% il y a dix ans, cette baisse relative est assez logique au vu des équilibres de la planète. Ce niveau correspond à peu près à la part de l'Europe dans le PIB mondial. Selon les investisseurs, les trois régions les plus attractives au monde sont la Chine (38% de citations), l'Europe de l'ouest (35%) et Europe de l'est (29%).

Pour ce qui est des pays de destination, quelles sont les tendances ?
Le Royaume-Uni maintient sa première place et la France son deuxième rang. D'ailleurs Londres et Paris sont les métropoles jugées les plus attractives dans nos études. Le fait marquant est la croissance de l'Allemagne. Elle a accueilli 560 projets en 2010, soit presque autant que la France (562), c'est surtout deux fois plus qu'il y a cinq ans, un rattrapage logique en fait. La solidité de l'économie allemande séduit les investisseurs.

A l'inverse, on peut noter aussi que malgré ses difficultés, l'Irlande a fait un bon score en attirant 114 projets (+36%) représentant 5 785 emplois. Il y a là sans doute un effet d'aubaine au vu des usines vacantes près de Dublin ou des prix de l'immobilier qui baissent.

Quel a été l'effet de la crise ?
Dès 2008, on a perçu un pause dans les projets des gros investisseurs (automobile, pharmacie….) en Europe de l'est. Au plus fort de la crise, ces entreprises voulaient sans doute protéger leurs bases en France ou en Allemagne. Par ailleurs avec un cash plus rare et des décisions moins fréquentes, la priorité s'est portée aussi sur les pays jugés très porteurs de croissance (Chine, Brésil, Inde). Aujourd'hui, on perçoit un retour des investisseurs vers l'est de l'Europe, notamment la Pologne avec un nombre d'emplois créés en 2010 dans ce pays comparable à l'Allemagne.

Les pays émergents comme la Chine, le Brésil, l'Inde… sont-ils devenus de gros investisseurs en Europe ?
Pas encore. On a vu bien sûr apparaitre des entreprises comme les indiens Wipro ou Tata, les chinois Huawei ou Cherry, mais cela reste limité. Les BRIC (Brésil, Russie, Inde Chine) représentent 6% des projets en Europe. On était à 2% il y a 5 ans. En fait, la moitié des investissements vient d'entreprises européennes et environ un quart des Etats-Unis.

Qu'en est-il en matière de secteurs ?
L'automobile fait son grand retour avec 258 décisions d'investissement (7% des projets), un doublement comparé à 2009 et 33 000 emplois créés. Mais les services professionnels restent en tête avec 15% des projets, suivi du secteur logiciel et des biens d'équipements.

Qu'est ce qui a changé, ces dernières années, dans l'approche d'une entreprise réalisant un investissement étranger ?
Une grande part de la  décision reste liée aux items classiques: stratégie, technologies, accès au consommateur et coûts bien sûr… Les décideurs sont aussi très sensibles à la prévisibilité des législations sociales et fiscales du pays d'accueil. Au-delà, le changement, c'est que l'évaluation "brute" et simpliste des coûts de production a un peu perdu de son importance. La rentabilité d'une opération est appréciée sur une trajectoire : le prix de l'heure travaillé à un endroit donné est jaugé en glissement. On sait ainsi que Budapest sera au prix de Barcelone dans 5 ou 7 ans.

De toute façon, les entreprises comprennent que la différentiation en Europe, se fait sur l'innovation, le design, la logistique, pas sur le prix, au moins à l'ouest. De plus en plus donc, on nous demande d'évaluer les éléments hors prix comme l'apport qu'un territoire peut avoir en matière de qualité, de productivité, de technologies, de marché. L'enjeu est là.

Par ailleurs, en matière de prises de décision, il y a une intelligence plus fine, ainsi le DRH ou le risk manager sont entré dans le cercle, c'est nouveau.

Quelles sont les menaces perçues sur l'attractivité de l'Europe ?
Il y a cinq ans, c'était l'excès de  réglementation, l'hétérogénéité fiscale ou le coût du travail aujourd'hui ces items ne sont presque plus cités. Aujourd'hui, les investisseurs pointent la faible croissance, la peur d'une augmentation de la fiscalité, le haut niveau des dettes publiques et le manque de gouvernance de l'Union européenne. C'est un signal pour les Etat et l'Europe et reflète bien l'actualité !

Par contre, les points forts principaux prêtés à notre continent sont la qualité de main d'œuvre, la responsabilité sociale, la stabilité du cadre des affaire, l'accent mis sur les "green business" et les capacités en R&D. En fait, nos enquêtes révèlent une relative confiance envers l'Europe et aussi la France. Mais concernant notre pays 44% investisseurs interrogés jugent nécessaire d'y assouplir la réglementation.

Qu'attendent les investisseurs des acteurs publics ?
Les rapports se sont sophistiqués. Il y a dix ans, les entreprises négociaient surtout les aides. Aujourd'hui, elles veulent des engagements y compris signés sur le nombre d'ingénieurs formés sur un bassin d'emploi. De leur coté, les collectivités se sont professionnalisées. C'est donc une relation donnant-donnant. On est prêt à faire des efforts pour attirer un grand groupe, mais il faut que cela ait un sens comme d'être une « smart city » de Cisco ou un des pôle de R&D pour Google. Ces « pactes » entre entreprises et secteur public surtout au niveau local sont devenus très importants.

Justement quelle rôle jouent les villes ?
Les grandes agglomérations prennent le pouvoir ! C'est là où les grands industriels trouvent le bon niveau de dialogue. Les métropoles offrent un "niveau de jeu" et des solutions comparables à celle de l'Etat dans les années 80 : elles sont dynamiques, imaginatives, juridiquement au meilleur niveau.

Je peux vous citer un exemple récent de discussions d'affaires avec la ville de Coventry au Royaume-Uni, j'étais aussi challengé qu'avec un grand groupe américain sur le business plan, le retour sur investissement, les outils financiers de couverture… C'est vrai aussi en France avec des métropoles comme Bordeaux, Lyon, Strasbourg.

En France, l'Etat, notamment depuis la RGPP n'agit plus que sur par les grandes impulsions de fonds que sont les pôles de compétitivité, le grand emprunt, le grand Paris, les opérations d'intérêts national (OIN). Il n'a plus les moyens d'intervenir à St-Herblain ou Vénissieux et ce n'est plus son rôle. Ceci étant, les politiques structurantes, type grand Paris, ou des mesures fortes comme le crédit d'impôt recherche ont une grande visibilité internationale.

 

Les études de Ernst & Young en téléchargement :

- Attractivité de la France - 2011 (3,4 Mo - PDF)

- Attractivité de l'Europe - 2011 (4,6 Mo - PDF)

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter