Logiciels: le "made in America" domine toujours
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Coup d'envoi du nouveau classement EuroSoftware100 des 100 premiers éditeurs de logiciels en Europe. Eclairage de Patrick Bertrand, président de l'Afdel (Association française des éditeurs de logiciels)
Deux semaines après le Truffle 100 Europe - classement des 100 premiers éditeurs européens réalisé par le fonds de capital-risque Truffle -, un nouveau classement vient de voir le jour, sous la houlette des associations European Software Association, Afdel (Association française des éditeurs de logiciels) et Basda (Business Application Software Developers' Association), ainsi que des cabinets d'étude PricewaterhouseCoopers et Pierre Audoin Consultants (PAC). Leur « palmarès » se distingue de son aîné par la méthode utilisée. Contrairement au Truffle 100, qui se concentre sur les acteurs nationaux, l'EuroSoftware100 porte lui sur tous les éditeurs actifs en Europe, toutes origines confondues. Pour un constat de prime abord assez proche : « Les États-Unis devancent toujours l'Europe », déclarent les auteurs du rapport en préambule.
L'Europe à la traine
L'EuroSoftware100 donne un sérieux coup de projecteur sur la faiblesse du positionnement des éditeurs européens vis-à-vis de leurs concurrents américains sur leur marché domestique - lequel pèse environ 56 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2008, soit 30 % du marché mondial du logiciel. Les éditeurs américains représentent 75 % des 20 premières sociétés sur le podium européen et 48% des 100 premières. En 2007, ils ont ramassé 52% de parts de marché en Europe, loin devant leurs homologues allemands (9%), britanniques (5%) et français (3%). Parmi les dix premiers éditeurs du classement, seuls deux sont européens : l'allemand SAP occupe la troisième place (5,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans les logiciels en Europe en 2007 sur 11,3 milliards à l'international) et le britannique Sage la neuvième place (835 millions d'euros sur un total de 1,7 milliards). Le français Dassault Systèmes, qui enregistre plus de la moitié de ses revenus « édition » hors d'Europe, arrive lui en treizième position (il a généré 576 millions d'euros de chiffre d'affaires en Europe et 1,2 milliards à l'international).
Pas de marché unique
« Le sujet n'est pas de dire qu'il y a un grand méchant loup américain, impérialiste, mais bien de se poser la question du pourquoi de cette faiblesse », remarque Patrick Bertrand, directeur général de l'éditeur lyonnais Cegid et président de l'Afdel. Selon lui, les éditeurs européens « n'arrivent pas à être plus importants sur leur propre zone d'activité » pour trois raisons principales. « La première, c'est qu'il n'y a pas de marché unique en Europe. Il existe autant de marchés que de membres de la communauté européenne, avec des problématiques linguistiques, des difficultés liées aux réglementations locales ou à l'interopérabilité entre pays », explique-t-il. Quid des éditeurs américains qui parviennent eux à s'adapter à ces spécificités ? « Bien sûr qu'on peut le faire, et d'ailleurs certains commencent à le faire », rétorque-t-il. Mais les éditeurs nord-américains ont un avantage : « ils partent de leur base, un très grand pays, sur laquelle ils développent un cash flow qui leur permet de se développer ailleurs. »
Peu de soutien des petits acteurs
Selon Patrick Bertrand, la deuxième difficulté porte sur « l'absence très nette de culture de soutien des petits acteurs en Europe, qui est peut être encore plus marquée pour le secteur des logiciels que pour d'autres secteurs ». S'ajoute à cela des problèmes liés aux systèmes éducatifs, déjà pointés en France par le secrétaire d'Etat Eric Besson dans son Plan numérique. « La France est en retard dans la formation au collège, dans la formation professionnelle et il y a un effort considérable à réaliser », assène Patrick Bertrand. Il ajoute qu'il faut mettre l'accent sur les « formations multidisciplinaires » et cesser de penser l'informatique comme un métier qui se réduit à la fonction d'ingénieur ou au « codage » pour l'élargir au contraire aux métiers du « marketing » ou de la finance et de « la gestion des problématiques de tours de table financiers. »
Recommandations
Parmi les réponses à apporter, Patrick Bertrand demande à ce que soit favorisés « l'accès des petits éditeurs à la demande publique » ou « aux investissements disponibles. » Les éditeurs européens doivent aussi d'après lui « se montrer moderne dans leur approche » et ne pas hésiter « à se rapprocher entre eux ». Enfin, pour ce qui est du contexte économique actuel, le directeur général de Cegid espère qu'il n'accentuera pas la frilosité des donneurs d'ordre vis-à-vis des petits éditeurs. « Les logiciels sont l'un des moyens pour améliorer la productivité. [...] De nouveaux modèles comme le SaaS [« software-as-a-service », pour les services en ligne] devraient aussi permettre à un certain nombre de petits éditeurs de monter en puissance et de croître. » L'avenir dira s'ils seront européens... ou pas.
Christophe Dutheil
Pour en savoir plus :
Le classement EuroSoftware100 complet
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Les 10 premiers éditeurs européens en 2007
2 GLTrade (162 millions d'euros - racheté par l'américain Sungard en 2008)
3 Sopra Group/Axway (151millions d'euros)
4 Cegid (139 millions d'euros)
5 Cegedim (130 millions d'euros)
6 GFI Informatique (110 millions d'euros)
7 Avanquest (103 millions d'euros)
8 Murex (101 millions d'euros)
9 Ilog (93 millions d'euros - racheté par l'américain IBM en 2008)

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