Lisbonne et après

Le 26 novembre 2009

Derrière la question du leadership de l'Union se cache celle de sa finalité. Plus que le choix d'un homme, on peut regretter les idées creuses ou les objectifs trop consensuels.

"We the people of the United States, in order to form a more perfect union..." Cette maxime connue de tous les écoliers américains est bien sûr la première phrase de la Constitution des Etats-Unis de 1789. Depuis cinq décennies, elle fait rêver tout ce que le Vieux Continent compte d'europhiles. Une partie trouve même sa traduction littérale dans la formule « une union sans cesse plus étroite », écrite en 1957 par les rédacteurs du traité de Rome. Est-ce cette idée qu'avaient en tête les chefs d'Etat la semaine dernière, quand ils ont désigné la britannique Catherine Ashton comme haut représentant à la politique étrangère, et surtout le belge Herman Van Rompuy comme président du Conseil européen ? Sans doute pas. Et bien des voix ont parlé d'occasion ratée et regretté ce choix symbolisant un manque d'ambition pour la première puissance économique mondiale. Alors que ce 1er décembre le traité de Lisbonne s'applique, cela peut conduire à deux réflexions.

La première a trait au leadership. Pour les représenter, les 27 chefs d'Etat ont privilégié le compromis, s'évitant une énième crise. Ce n'est pas si mal, alors que se profile l'arrivée d'un Premier ministre britannique des plus eurosceptiques. Et il faut laisser à Herman Van Rompuy la possibilité de montrer sa valeur. Certains hommes se révèlent par leur fonction. Dans les faits, la question du leadership ne s'est pas jouée là, mais en juin et en septembre, quand le Conseil, puis le Parlement, ont reconduit José-Manuel Barroso pour cinq ans à la tête de la Commission. Lors de son précédent mandat, il n'a pas su donner d'élan à l'Europe, montrant son incapacité à impulser une réponse coordonnée des 27 face à la crise. Privilégiant une bureaucratie jalouse de son pouvoir. Avec sa reconduction, la messe était dite. Les eurosceptiques et tenants du statu quo satisfaits. Les autres en sont réduits au souvenir nostalgique de Jacques Delors qui, avec fougue, de 1985 à 1994, sut impulser l'Acte unique (1986) qui conduisit au marché unique ou le traité de Maastricht (1992), débouchant sur l'euro. Les Etats veulent garder les manettes.

La seconde réflexion porte sur les objectifs de l'Europe, la seule question désormais. Les dépenses sont contraintes (1,03 % du PIB de l'Union, soit 133 milliards d'euros), mais les chantiers se bousculent. Immenses. Politiques. C'est la paix et la stabilité du Continent et de son hinterland : Balkans, ex-URSS, Afrique, Moyen-Orient. C'est la place de l'Europe vis-à-vis de ses grands partenaires, Etats-Unis et pays émergents, illustrée par les négociations climatiques, financières ou commerciales, où audace ne doit pas rimer avec angélisme. C'est aussi la capacité de nos vieilles économies à se réinventer, comme sait si bien le faire l'Amérique.

En la matière, la Commission fait, cette semaine, ses premières propositions sur la « stratégie 2020 ». Celle-ci doit faire suite à la stratégie de Lisbonne (pas celle du traité), qui devait faire de l'Europe « l'économie de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive au monde d'ici à 2010 ». On sait ce qu'il est advenu de cette formule creuse. Le brouillon de Barroso met en avant quatre points : innovation, lutte contre l'exclusion, croissance verte et économie numérique. Des objectifs consensuels pour n'indisposer personne. Si les Etats veulent mener la danse, voilà une occasion de faire preuve d'imagination. Avant d'avancer sur la défense, le social, la fiscalité, l'énergie ou la diplomatie. Pas forcément au même rythme.

Pierre-Olivier Rouaud
Rédacteur en chef délégué


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1 réaction

Sylvain LE PREVOST | 27/11/2009 - 10H08

Comment peut-on faire confiance aux politiciens, au sein de l'UE, alors qu'ils ont été incapables : - D'écouter les citoyens, dans une consultation totalement démocratique, soit la même question posée le même jour à tous ? - Alors qu'ils ont été incapables pour certain, d'adapter leur constitution, afin d'effectuer des référudums, pour écouter leurs citoyens ? - Alors qu'ils ont été incapables de mener à bien une consultation jusqu'à son terme ? - Alors qu'ils ont été incapables de prévoir un plan "B", pour le cas d'un vote négatif dans le cadre du vote du Traité Constitutionnel Européen ? - Alors qu'ils ont mal traité les Traités ? - Alors qu'ils ont maltraité le Traité de Maastricht, notamment dans sa rédaction ? - Alors qu'ils n'ont que très peu informé les citoyens de l'UE, de l'élargissement ? - Alors que les préoccupations des citoyens de l'UE, était-ce l'élargissement ? - Alors qu'ils eût été nécessaire aux pays candidats à l'élargissement, une période d'apaptation transitoire ? Pourquoi faire confiance au "grenelle de l'environnement", fonction de ce qui précède ? Pourquoi alors avoir laissé aux USA le marché du photovotaïque ? Pourquoi l'abandon du contrat SILPRO ? (Silicim de Provence ? (700 M d'euros de construction d'une usine de fabrication de paneaux phtovoltaiques), et de la création de très nombreux emplois dans une région qui en a le plus grand besoin ? Ceci ne sont que quelques exemples concrets, mais significatifs. Ce ne sont pas les seuls exemples. Cordialement,

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article extrait de L'Usine Nouvelle

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