LimousinLES NOUVELLES COMPÉTENCES DE LA TRADITION CÉRAMIQUEUn Centre européen de la céramique, un Pôle d'économie du patrimoine de la porcelaine et des arts du feu... Limoges mise aujourd'hui son avenir sur les évolutions technologiques d'une activité traditionnelle qui a fait sa notoriété.
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2802Limousin
LES NOUVELLES COMPÉTENCES DE LA TRADITION CÉRAMIQUE
Un Centre européen de la céramique, un Pôle d'économie du patrimoine de la porcelaine et des arts du feu... Limoges mise aujourd'hui son avenir sur les évolutions technologiques d'une activité traditionnelle qui a fait sa notoriété.
C'est le dossier économique majeur du contrat de plan Etat-Région 2000-2006. Pour près de 23 millions d'euros, financés à 56 % par l'Etat, le futur Centre européen de la céramique de Limoges (CECL) doit " rassembler et faire travailler en réseau l'ensemble des compétences du secteur présentes en Limousin ". Car Limoges (Haute-Vienne) a développé depuis trois décennies toute une arborescence de savoir-faire qui, des traitements de surface aux thermopiles, couvre l'ensemble des technologies céramiques. Concrètement, ce projet, élaboré par le conseil régional et le Centre de transfert de technologies céramiques, prévoit le regroupement géographique sur la technopole Ester des deux écoles supérieures (l'Ensci et l'Ensil), des laboratoires de recherche des SPCTS (sciences des procédés céramiques et traitements de surface), du Citra (Centre d'ingénierie en traitements et revêtements de surface avancés), du GEMH (Groupe d'étude de matériaux hétérogènes, dépendant du ministère de la Recherche) de la faculté des sciences, du CTTC (Centre de transfert de technologies céramiques) et de jeunes pousses spécialisées (déjà installées pour la plupart sur le site). Effectif début 2005, ce regroupement devrait trouver sa pleine légitimation scientifique et technique internationale par une mise en réseau préférentielle avec la ville de Neto, au Japon, autre pôle spécialisé en la matière.
Une filière de plus de 4 000 emplois
Deux siècles après la découverte de la porcelaine qui assura la croissance et la renommée de la ville, sa production reste un atout économique majeur, malgré la réduction à 1 500 emplois directs des 12 000 postes recensés au début du siècle, nonobstant l'oubli du classique service 44 pièces sur les listes de mariage et, enfin, en dépit des difficultés actuelles de l'économie américaine et de leurs répercussions sur une activité tributaire depuis l'origine de cette clientèle. Depuis les années 50, les manufactures ont décuplé leur productivité : nouvelles technologies, automatisation du calibrage, pressage isostatique, fours-tunnels à cuisson continue, coulage par injection haute pression, séchage par micro-ondes... Cette activité représente aujourd'hui un chiffre d'affaires de 122 millions d'euros, réalisé à plus de 50 % à l'export. Les noms des porcelainiers sont prestigieux : Bernardaud (39,6 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 70 % à l'export, 350 salariés en Limousin), Haviland, Guy Degrenne, Raynaud, La Reine, Royal-Limoges, Médard de Noblat... Viennent ensuite une dizaine d'établissements employant chacun de 25 à 75 personnes et enfin une forte centaine d'artisans émailleurs travaillant souvent seuls, notamment dans la porcelaine d'ameublement (pièce unique peinte à la main) ou de collection (les boîtes, gros succès aux Etats-Unis). Cette production a généré ensuite toute une activité d'équipement et d'accompagnement : la filière porcelainière, amont et aval compris, compte ainsi 62 entreprises et plus de 4 000 emplois. L'amont, qui concerne la fabrication des pâtes (cocktails complexes de kaolin, feldspath et quartz), est essentiellement assuré par KPCL (groupe Imerys, 145 salariés), quatrième entreprise française pour l'extraction et la transformation des minéraux argileux. Il y a longtemps que les gisements kaoliniques sont épuisés localement ; la matière première doit donc être massivement importée. Une fois prête, la pâte est transformée sur place ou réexportée vers les manufactures d'Europe centrale. L'amont inclut aussi le conditionnement, dont le cartonnage de luxe est devenu une spécialité de la chaîne graphique régionale (3 000 salariés environ). L'aval fait référence aux intrants, soit les émaux (l'allemand DMC2, 255 salariés) et les chromos imprimés pour la décoration (Beyrand, 135 salariés). Il intègre par ailleurs les technologies des hautes températures, notamment les fours (Elmeceram, 45 salariés), le coulage sous pression ainsi que le séchage (Ceric-Thermic, 4 salariés). Pour cet ensemble, l'Ecole nationale d'art et de design (Enad) a joué un rôle émancipateur au niveau de la création artistique. Notamment grâce à la création du Craft (Centre de recherche sur les arts du feu et de la terre), dirigé par le designer argentin Nestor Perkal. Lequel professe qu'il faut " donner à la céramique d'art un horizon plus large que celui des arts de la table et promouvoir une politique du double regard, en incitant les manufacturiers à explorer les réflexions artistiques contemporaines et les artistes à apprécier les ressources expressives des arts du feu ". Là encore, Limoges se veut moins " rétro " que la réputation qui colle à son nom, et a fait travailler, par exemple, les artistes contemporains Arman, Tinguely..., de même que les designers Olivier Gagnère, Ingo Maurer, Ron Arad, etc.
Une " capitale de la porcelaine " plus attractive
C'est cette capacité d'innovation technique et esthétique d'une filière traditionnelle que souhaite, en parallèle, doper le PEP (Pôle d'économie du patrimoine) de la porcelaine et des arts du feu, en cours de mise en place. Instruit par la ville, soucieuse de rendre plus attractive la " capitale de la porcelaine ", ce pôle doit mobiliser les autres collectivités territoriales et le secteur productif. Cinq porcelainiers (Bernardaud, Haviland, Lachaniette, La Reine, Royal-Limoges) ont déjà déposé des projets en ce sens, dont l'accueil en résidence d'artistes et de designers. Première réalisation, programmée d'ici à un an : un pôle d'accueil central, d'un coût de 5,3 millions d'euros, cofinancé par la ville, le département et l'Etat. Car il y a longtemps que les technologies céramiques se sont émancipées du domaine patrimonial (arts de la table, bâtiment et sanitaire). Le premier élargissement s'est fait vers le matériel électrique, à l'image de Legrand, qui, à la fin des années 1940, a bifurqué de la porcelaine de table vers l'appareillage basse tension et s'est bâti l'empire international que l'on connaît. Depuis, ces technologies ont multiplié leurs champs d'intervention, des traitements de surface à la thermodynamique, des prothèses chirurgicales au prototypage rapide par traitement laser.
Des PME performantes et innovatrices
Le tissu des PME limousines a rapidement collé à cette évolution. Par exemple, le GIE Tegma, regroupant Sorevi, Fini Métaux et Plastiform's (109 emplois), travaille dans le traitement de surface, autant pour l'automobile et l'aéronautique qu'en faveur de la machine-outil. Faure Equipements (35 emplois) produit des filtres céramiques pour l'industrie et le traitement de l'eau, Mil Crystal (45 emplois) fabrique des prothèses osseuses et Cerlase (10 emplois) réalise des décors ou marquages par frittage laser sur surfaces céramiques. " Ces jeunes pousses du secteur sont souvent directement nées de la recherche régionale, explique Jean-Marie Gaillard, professeur de technologie à l'Ensci, qui joue assez spontanément le rôle de pépinière d'entreprises. Celles-ci valorisent rapidement des brevets dans lesquels nous sommes partie prenante. " Une façon pour la région de transformer en valeur ajoutée ses compétences céramiques. De notre correspondant,
Le potentiel de recherche et de formation
Au sein de la faculté des sciences de Limoges, le laboratoire des SPCTS (sciences des procédés céramiques et traitements de surface), affilié au CNRS, forme des doctorants, de même que l'ENSCI (Ecole nationale supérieure de céramique industrielle) de Limoges. Les ingénieurs de production sortent de l'Ensil (Ecole nationale supérieure d'ingénieurs de Limoges), autour de quatre filières : les céramiques, les biotechnologies, les sources micro-ondes et la gestion de l'eau. La formation reste plus aléatoire au niveau des techniciens et des opérateurs qualifiés, pour lesquels les entreprises font de gros efforts (formation en interne ou en alternance). Une difficulté que les syndicats attribuent au handicap régional en général - et de la filière céramique en particulier -, soit le niveau des rémunérations, inférieur de 20 à 25 % à la moyenne nationale.











