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Lille rebondit sur ses acquis

Par De notre correspondante,Geneviève Hermann - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3071

La métropole nordiste crée des activités high-tech en s'appuyant sur ses savoir-faire industriels et commerciaux. Elle articule sa stratégie sur des parcs d'activité dédiés qui attirent nombre de centres de R et D et d'entreprises étrangères.

En 2006, nous avons contribué à l'implantation de 27 en-treprises. Elles génèreront 1 450 emplois d'ici à trois ans. Et près de la moitié de nos projets sont conclus avec des entreprises à capitaux étrangers ! Mieux qu'à Lyon, où l'Agence de développement économique annonce la création d'un millier d'emplois sur la même période », se félicite Thierry Mabille, le directeur général de l'Apim (Agence pour la promotion internationale de Lille Métropole).

Parmi les arrivées remarquées : le prochain transfert depuis Paris du siège social de Bayer Schering Pharma, l'implantation du centre de recherche nutrition et alicaments de Tate et Lyle, la création de 500 emplois dans le tout nouveau centre d'appels de Laser Contact et l'installation pro-chaine du siège régional d'Eco-Emballages. Jusqu'au géant de l'agroalimentaire McCain qui déménagerait une partie de ses bureaux berlinois et bruxellois sur Villeneuve-d'Ascq... Pour les investisseurs, la métropole lilloise est devenue l'une des cibles européennes qui comptent : 2005 a été une année record avec plus de 180 millions d'euros investis sur la zone, selon Lille Métropole. L'année 2006 s'est inscrite dans la continuité avec 150 millions totalisés !

A l'origine d'un tel succès ? Aux dires des entreprises elles-mêmes, cette ville du nord de la France dispose de tous les atouts. On y trouve l'interconnexion TGV la plus efficace d'Europe permettant une localisation à une heure de Londres, Bruxelles et Paris. Via un réseau autoroutier, fluvial et aérien intense, elle donne accès à 100 millions de consommateurs dans un rayon de 300 kilomètres. Avec près de 19 000 établissements privés réunissant plus de 250 000 emplois, son bassin d'emplois atteint la taille critique dont ont besoin les sociétés à la recherche de personnel. Le coût de son immobilier d'entreprise est relativement bas par rapport à celui des autres métropoles de même taille. Surtout, Lille rebondit sur ses savoir-faire historiques pour créer de nouvelles activités.

Le berceau de la grande distribution et de la VPC et qui a vu naître La Redoute, Les 3 Suisses, Castorama, Auchan et Décathlon compte une trentaine d'enseignes internationales, dont la présence a généré tout un tissu de prestataires travaillant dans la logistique, l'impression, le graphisme et la relation client avec, à la clé, une grande expertise des nouveaux usages du commerce. Toute cette filière d'activités représente une valeur ajoutée de plus de 100 milliards d'euros. Plus de 60 % du chiffre d'affaires national de la vente à distance (VAD) est ainsi généré sur ce territoire où les centres de la relation clients se développent encore. Acticall, Cofidis, Laser Contact et TechCity à Villeneuve-d'Ascq, TNT à Tourcoing et Les Editions Atlas à Roubaix.

Dans la grande distribution, c'est à Lille, sur l'ex-site d'Altadis, que Décathlon choisit de regrouper les activités dédiées à sa marque de vélo, b'Twin, avec la création d'une usine d'assemblage pour 35 millions d'euros (500 salariés à terme). A Wattrelos, Promod vient d'ouvrir un entrepôt de 27 000 mètres carrés.

Préparer le commerce du futur

Présidé par Arnaud Mulliez, président d'Auchan France, le pôle de compétitivité Industries du commerce va créer une plate-forme logicielle donnant aux différentes entreprises du pôle les outils nécessaires à l'expérimentation du commerce du futur. Objectif : développer de nouvelles solutions de paiement, d'authentification, de traçabilité et de localisation. Ce pôle unique en son genre a labellisé sept autres projets de R et D : optimisation de la chaîne logistique, développement des e-services ou personnalisation de la relation client... Il bénéficie d'un environnement de recherche qui prend de plus en plus d'envergure dans les sciences et les technologies de l'information et de la communication avec la présence sur le Parc de la Haute Borne à Villeneuve-d'Ascq des laboratoires de recherche Inria Futurs (Institut national de recherche en informatique et en automatisme), Ircica (Institut de recherche pour les composants, l'information et la communication avancées), Iri (Institut de recherche interdisciplinaire) et IEMN (Institut d'électronique, de microélectronique et de nanotechnologie).

Ce pôle de recherche, en cours d'installation, constituera un campus de l'intelligence ambiante, dixit Georges Salmer, professeur émérite à l'USTL et directeur de l'Ircica. Fin 2007, plus de 500 chercheurs y travailleront. Leur présence devrait faire grimper la part du PIB régional consacré à la recherche, l'une des plus basses de France avec un taux de 0,7 %. Car, avec la présence de l'Inria, de l'Ircica et de l'Iri, le Parc de la Haute Borne devient enfin un grand parc scientifique. Tel que l'avait envisagé Lille Métropole alors que la communauté d'agglomération décidait de structurer le développement économique de son territoire autour de cinq parcs dédiés à des domaines soutenus par la ville : tertiaire, biologie-santé-nutrition, textiles innovants et activités télévisuelles et numériques, TIC et recherche scientifique (voir la carte page 48).

Le mot d'ordre est de développer des activités porteuses d'avenir, mais pas question de faire table rase du passé. Alors que la crise du textile a entraîné la fermeture de nombreux sites avec la perte de milliers d'emplois sur Lille-Roubaix-Tourcoing, la filière ici s'active. Elle mise sur l'innovation, en particulier dans les textiles techniques et la customisation. Les entreprises comme Dounor et Dickson Constant ont investi dans de nouveaux outils de production. Dounor s'est doté d'une ligne supplémentaire de non-tissés pour 25 millions d'euros. Dickson Constant injecte 4 millions d'euros dans son usine où sont produits, chaque jour, 100 000 mètres linéaires de toiles de stores. Né d'une diversification du groupe Cousin pour la fabrication de prothèses et d'implants chirurgicaux à partir de fils, Cousin Biotech a vu son chiffre d'affaires passer de 45 800 euros en 1992, à 7 millions en 2006 et sans doute plus de 10 millions à la fin de cette année. Spécialisée dans le non-tissé habillement, Intissel a créé Intissel Technologies (textiles techniques), qui vient de finaliser un non-tissé dépollueur. Il s'agit d'un textile échangeur d'ions sur lesquels ont été greffées des molécules qui attirent les métaux lourds. Ce textile vient d'être utilisé en Méditerranée pour combatte l'algue Caulerpa Taxifolio.

« Les industriels des textiles techniques ne cessent d'innover », précise Jean-François Bracq, le secrétaire général de l'association lilloise Clubtex. Plusieurs de ses 67 membres participent au pôle de compétitivité UpTex dont le projet phare est la création du Centre des textiles innovants (Ceti) sur la zone de L'Union, au croisement de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos. « Ce centre de 12 500 mètres carrés sera unique en Europe », affirme Stephan Vérin, le responsable d'UpTex. Il accueillera l'Institut français du textile et de l'habillement et le Centre de recherche des non-tissés (Cent) dont le laboratoire voie sèche est opérationnel depuis octobre 2004. Y travailleront ensemble les chercheurs des écoles d'ingénieurs de l'Ensait (lire page 54), d'HEI (lire page 55), de l'Ecole des mines de Douai et de l'ENSCL ainsi que ceux des laboratoires Gemtex, Matisse et Perf L'Etat, la Région, le département du Nord et Lille Métropole financent ce projet, d'un coût de 20 millions d'euros pour les bâtiments et de 20 autres millions pour les équipements. Mais le financement des quatre premières années de fonctionnement reste à trouver. Jean-Pierre Balduyck, le maire de Tourcoing, qui déplore la lenteur du dossier reste néanmoins confiant.

Débuts prometteurs pour le pôle image

« Le pôle image, culture et média du site de L'Union prend tournure et commence à générer des emplois », annonce-t-il. Les estimations tablent sur la création d'environ 600 postes à terme. A côté du CRRAV (Centre régional de ressources audiovisuelles) et du Fresnoy, le studio national des arts contemporains, une partie de l'ancienne usine textile Vanoutryve est en réhabilitation en vue d'accueillir d'ici à la fin de l'année la chaîne câblée Télémolody ainsi que des studios de cinéma. Ankama, le créateur du jeu en ligne Dofus (plus de 3 millions d'adeptes) vient d'emménager à L'Union dans un ancien bâtiment de 6 000 mètres carrés en cours de rénovation. Créée en 2001, cette entreprise était au départ une simple agence Web. Durant les neuf derniers mois, son effectif est passé de 80 à 150 personnes. Le lancement avec France 3 du dessin animé Warfu également décliné en jeu vidéo devrait entraîner le recrutement d'une centaine de personnes supplémentaires.

Créé il y a une dizaine d'années, son aîné, le pôle Eurasanté, compte aujourd'hui 89 sociétés soit près de 1 400 emplois. Bon nombre d'entre elles sont sorties du bio-incubateur. Eurasanté abrite Genfit, l'une des biotechs phares en France, avec un modèle de financement original basé sur des partenaires pharmaceutiques actionnaires. Bénéficiaire pendant huit ans, Genfit a investi cette année près de 8 millions d'euros en R et D, deux fois plus qu'en 2006. Elle emploie 130 personnes, dont une centaine de scientifiques, alors que 80 % des sociétés de biotechs en France comptent moins de 25 salariés.

Genfit dispose aujourd'hui d'un portefeuille de produits en développement riche d'une quinzaine de programmes. Cinq molécules sont notamment en phase d'essais chez l'homme, dont trois en partenariat avec Sanofi Aventis. Genfit est appelé à poursuivre sa croissance. Tout comme le parc qui l'abrite. Eurasanté s'étend aujourd'hui sur 110 hectares. Des travaux d'extension sont en cours sur une huitaine d'hectares pour accueillir les nouveaux arrivants comme Bayer-Shering Pharma. Environ 60 % des effectifs régionaux de la filière biologie-santé sont localisés sur la métropole lilloise. Plus d'une dizaine des entreprises de cette filière sont impliquées dans le pôle Nutrition Santé Longévité (NSL) aux côtés de Bonduelle, Lesaffre, Roquette et Tereos, des géants nés dans le Nord. L'un de ses adhérents, l'Institut Pasteur de Lille participe et construit actuellement un bâtiment de 9 600 mètres carrés pour rassembler 250 chercheurs dans un centre européen de recherche sur l'eau, l'aliment et la toxicologie. Le pôle NSL totalise plus d'une quarantaine de projets labellisés pour une cinquantaine de millions d'euros.

« Nous oeuvrons sur un marché avec un taux de croissance à deux chiffres. Le pôle va générer des innovations aux retombées économiques considérables pour les entreprises mais aussi pour le territoire », avance Jean- François Mouney, cofondateur et président du directoire de Genfit (lire ci-dessus).

En attendant les TIC

Euratechnologies, le plus petit des parcs d'activité lillois, qui prévoit une extension sur une centaine d'hectares, a vu ses travaux suspendus pendant plusieurs mois en raison d'un accident sur le chantier. L'ancienne friche industrielle Le Blan Lafont qui formera le coeur de ce pôle orienté sur les TIC ne sera pas réhabilitée avant mars 2008. Il en coûtera 40 millions d'euros d'investis-sement.

Avec 16 600 mètres carrés de surface utile, il abritera un espace public numérique, un centre de ressources multimédias, des bureaux, des salles de formation, de réunion et de visioconférence, le tout avec accès au très haut débit. En attendant, des bureaux ont été aménagés dans un bâtiment avoisinant. Ils accueillent, pour l'instant, une quinzaine d'entreprises (une centaine d'emplois). Il faudra attendre de nombreuses années avant que ce pôle réussisse à dynamiser la filière.

Même si la métropole lilloise est riche de plusieurs sociétés leaders dans leur domaine comme Netasq sur la sécurité, Atos dans le traitement des données et Sylis dans la gestion des systèmes d'information, la filière est représentée essentiellement par des petites structures aux capacités de développement limité. Pour pallier cet inconvénient, des entreprises du secteur se sont regroupées et ont créé le PRN (Pôle régional numérique). Mais il reste du chemin à faire. .

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