Levée de boucliers syndicaux contre la prime aux salariés
Par Morgane Remy - Publié le
"Le partage de la valeur" est devenu le nouveau cheval de bataille du Président de la République, Nicolas Sarkozy. Même s'il compte bien mener à bout cette réforme, les syndicats sont vent debout contre la nouvelle prime. Et multiplient les réactions. Verbatims.
En marge de son déplacement au Havre ce jeudi 21 avril, Nicolas Sarkozy est revenu sur les dispositions pour "le partage de la valeur", définies mercredi par l'Elysée et Matignon.
Le gouvernement a en effet planché sur les détails de ce dispositif lors d'une réunion arbitrée par Nicolas Sarkozy. Il a été décidé que les entreprises de plus de 50 salariés auraient l'obligation, en cas de hausse de leurs dividendes, de verser chaque année à leurs salariés une prime dont le montant sera à négocier.
Si la mesure doit encore être votée d'ici à l'été, le chef de l'Etat martèle déjà son attachement à ce dispositif : "le partage de la valeur, j'y tiens parce que c'est une question de justice", a précisé Nicolas Sarkozy au Havre. "Quand il y a la reprise, j'affirme qu'il est normal que les salariés et les ouvriers à qui on a demandé des efforts pendant la crise bénéficient de la reprise, c'est un principe sur lequel je ne céderai pas". La promesse semble séduisante, mais du Medef à FO, les voix s’élèvent contre la proposition :
Medef
La prime pour les salariés va être "une complication de plus" pour les entreprises qui créent de l'emploi en France, selon Etienne Bernard, un représentant du Medef. "C'est une mauvaise mesure"."Le dividende est l'outil qu'a le propriétaire de l'entreprise pour rémunérer ses actionnaires, ", a-t-il poursuivi.
Attente : Selon Etienne Bernard, c’est une erreur d'estimer que dans les entreprises de 50 à 500 salariés, "la distribution de dividendes est un signe de richesse. C'est un signe de dynamisme", mais "dans des PME ou ETI, ça n'a aucun rapport", a-t-il dénoncé. Toucher aux petites entreprises, où sont employé 40% des actifs, pourraient nuire à l'emploi.
CGPME
"La possibilité, sans caractère obligatoire, de distribuer une prime exonérée de charges dans les entreprises de moins de 50 salariés est une bonne nouvelle", a réagi jeudi la CGPME dans un communiqué.
Attente : "Nous aurions souhaité que la mesure s'applique à l'ensemble des PME, jusqu'à 250 salariés, et c'est là où le bât blesse", a déclaré le secrétaire général de la Confédération, Jean-Eudes du Mesnil. "Imposer le versement d'une prime aux entreprises de plus de 50 salariés empiète sur la liberté de gestion du chef d'entreprise."
CFTC
La centrale chrétienne estime que "l'obligation du versement de cette prime ne doit pas être seulement liée à la hausse des dividendes, mais au service du dividende".
Attente : Jugeant que "la vraie question (...) est en fait celle de l'évolution galopante des prix", le président de la CFTC Jacques Voisin demande au gouvernement d'agir "maintenant pour cadrer ces prix qui flambent, souvent en raison de la spéculation libre et débridée".
CFE-CGC
Le syndicat rappelle que "rien ne remplace les mesures salariales pérennes". La prime, "cet énième mécanisme, peut servir à colmater les trous dans la raquette du partage de la valeur ajoutée", selon la confédération de l'encadrement, car "les salariés qui n'ont pas accès à l'intéressement pourront, pour certains, trouver là une compensation".
Attente : Il faut que "l'on mette un terme à l'évasion fiscale et au système de consolidation des bénéfices à travers les différentes filiales" pour permettre une redistribution plus juste.
CFDT
La prime va "diviser les salariés" et limiter les augmentations de salaires. En annonçant cette prime, le gouvernement a créé "beaucoup d'espoir", mais "il y aura beaucoup de déçus", a affirmé François Chérèque, secrétaire général de la CFDT sur LCI. Il conclut : "Il faut ne pas connaître les négociations d'entreprise pour faire une erreur de ce type."
Attente : Selon François Chérèque, "le gouvernement a d'autres moyens d'agir", comme "donner un coup de pouce au Smic" ou prendre des mesures "sur l'énergie". "Il a une responsabilité directe qu'il ne prend pas", a-t-il déploré
CGT
"Improvisation et les tentatives électoralistes", dénonce la CGT. "Il y a un réel problème du pouvoir d'achat en France auquel le président de la République, par l'improvisation et les tentatives électoralistes, tente de répondre par des annonces qui évoluent de jour en jour", a déclaré Michèle Chay, membre du Bureau confédéral.
Attente : "Pour la CGT, il faut commencer par augmenter les salaires, et notamment le Smic, et rouvrir les négociations salariales partout dans les entreprises".
FO
Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, voit la prime "comme les maisons à 15 euros par jour [mises en place par Jean-Louis Borloo, Ndlr]: on en a beaucoup parlé, mais in fine, il n'y a pas eu beaucoup de monde qui [les] a eues."
Attente : Pour lui, si on veut aider les salariés, il faut "des augmentations de salaires" car "c'est quelque chose de pérenne", et réclame "un coup de pouce au Smic" et "une prime transport pour tous ceux qui sont obligés de prendre leur véhicule" pour aller travailler.

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












