Restructurations et fermetures de sites se multiplient. Pris en ciseaux entre la hausse de leurs coûts et la baisse des prix, les papetiers croisent les doigts pour une reprise de la consommation.
Pour les usines de papier françaises, les débuts d'année se suivent et se ressemblent : comme en 2005, les producteurs se plaignent de la hausse de leurs coûts et affirment qu'ils vont augmenter leurs prix pour redresser leur rentabilité. Mais si les coûts de l'énergie (électricité et gaz) et du transport ont continué de grimper en 2005, les papetiers n'ont pas pu relever leurs tarifs : ceux-ci ont même reculé d'environ 1 %. En fait, depuis 2001, les prix des papiers et cartons ont cumulé une baisse de 17 % ! « La majorité des entreprises devraient être en perte sur 2005, ce qui conduira à des restructurations et des fermetures de sites », prévient Jean-Marie Nusse, président de Clairefontaine et président de la Copacel, qui réunit les industriels du papier.
De fait, les mauvaises nouvelles se sont déjà accumulées en ce début d'année.
Sur les 124 usines françaises, plusieurs sites, contrôlés par de grands papetiers mondiaux, sont en voie de restructuration. Ainsi, le géant finlandais Stora-Enso vient de confirmer son intention d'arrêter deux machines sur trois dans son usine de Corbehem (Pas-de-Calais), où 450 emplois sont menacés. Chez M-Real, le site d'Alizay (Eure), déficitaire, envisage des réductions d'effectifs. Groupe Gascogne supprime des postes dans sa branche papier, dont les pertes sont récurrentes. Pour les Papete-ries de Maresquel (Pas-de-Calais), filiale d'International Paper, c'est la fermeture du site (230 salariés) qui est programmée. Enfin, l'effet de ciseaux entre les coûts et les prix de vente a aussi conduit plusieurs PMI indépendantes au dépôt de bilan (Lana, Papeteries de la Gorge, Papeteries de Veuze, Papeteries de Cran).
Mot d'ordre pour 2006 : améliorer la compétitivité
De fait, l'année 2005, avec une consommation de 10,8 millions de tonnes en recul de 2 % (-4,8 % pour le papier journal), a été fatale à certains sites déjà fragilisés. Et malgré une hausse bienvenue des exportations (+1,7 % à 5,8 millions de tonnes, soit un taux d'exportation de 56,5 %), le chiffre d'affaires global de l'industrie papetière française - 6,04 milliards d'euros -, s'est encore érodé en 2005. Un contexte morose qui exacerbe la concurrence. Les importations en provenance d'Europe de l'est, en particulier, ont plus que doublé en 2005. « Le mot d'ordre pour 2006 est l'amélioration de la compétitivité. Nos sites peuvent encore améliorer leur efficacité industrielle, et doivent miser sur l'innovation », affirme Ghislain de Boissieu, pré- sident de UPM Kymmene France.
Pour remonter leurs marges, les usines françaises jouent sur plusieurs leviers. Papeteries de Gascogne avait annoncé, en septembre, des mesures de fiabilisation de ses usines et d'augmentation des prix, afin de répercuter les hausses des coûts de l'énergie et des matières premières. Mais deux mois plus tard, un plan de restructuration était annoncé. Pour l'usine Stora-Enso de Corbehem (papier magazine), compétitivité signifie productivité. « Etre compétitif, cela veut dire produire du papier plus large, plus vite, et avec le même effectif », affirme Gauthier de Poix, directeur général de Stora-Enso France. A Corbehem, seule la machine la plus récente, qui produit 300 000 tonnes/an en 10 mètres de large a été considérée comme « viable ». « Quand les coûts augmentent, le point clé est la vitesse de production », souligne Gauthier de Poix. Une exigence qui, pour des groupes internationaux, ne se limite pas à la France, comme en témoigne le plan présenté, en octobre, par Stora-Enso, qui touche aussi l'Allemagne, la Suède, le Portugal et la Finlande. Modernisation ou fermeture : dans cette période difficile pour les papetiers, c'est l'heure des choix entre leurs sites européens.
Quant aux producteurs français, c'est sur un ton alarmiste qu'ils affirment que les hausses de prix sont « inéluctables ». Tout en croisant les doigts pour que le retour de la croissance espéré pour 2006 suffise à faire repartir la consommation.









