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Les usines clés en main fleurissent en Moselle

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3205

L'Est mosellan et les collectivités limitrophes de l'ancien bassin houiller investissent massivement dans l'immobilier industriel pour conserver leurs sites de production et attirer de nouveaux arrivants.

Le plus sûr moyen d'attirer ou de retenir un investisseur serait-t-il d'investir à sa place ? A la frontière allemande et sur la zone d'emploi de l'ancien bassin houiller mosellan, les impératifs de la reconversion ont engagé les collectivités dans une course aux ateliers relais et aux usines clés en main. Initiée voici une quin-zaine d'années pour faciliter l'implantation des voisins allemands maîtrisant mal la complexité des dispositifs d'aides, cette politique se poursuit désormais par la construction, parfois sous maîtrise d'ouvrage publique, d'extensions visant à ancrer dans leur bassin d'accueil les entreprises phares de la reconversion du territoire.

Le District urbain de Faulquemont (Duf) engage ainsi deux investissements de 10 millions d'euros chacun pour assurer le maintien, sur son parc industriel, du fabricant de chaudières Viessmann. La pérennité de cette implantation, réalisée voici une quarantaine d'années dans la foulée de la fermeture de la mine, semblait acquise. Mais en 2007, la scission de l'industriel en deux entités distinctes, Viessmann France, chargée de la commercialisation, et Viessmann Faulquemont, unité de fabrication de ballons d'eau chaude, a sonné le tocsin. Craignant de voir le centre de formation de l'industriel quitter Faulquemont pour s'implanter à Maizières-les-Metz et n'excluant pas de voir la production de ballons partir en Chine, la collectivité locale a engagé des négociations avec la maison mère allemande pour conserver les 350 emplois compromis.

Un centre de ressources spécialement créé

« Les projets de Viessmann générant peu de créations d'emploi, l'industriel n'aurait pu prétendre qu'à de faibles subventions. Nous avons donc monté un dossier d'intérêt général comportant la création d'un centre de ressources de 3 000 m² essentiellement dédié à Viessmann, mais également ouvert à d'autres industriels locaux, donc le plasturgiste Rehau et le fabricant de pompes Grundfoss », explique Jean-Paul Schmitt, le secrétaire général du Duf. L'industriel se rendra acquéreur des locaux, d'un coût de 10 millions d'euros, au terme de mensualités étalées sur cinq ans. Le Duf lance en parallèle la construction d'un bâtiment logistique qui permettra à Viessmann de libérer dans ses locaux l'espace de 10 000 m² nécessaire à l'installation d'une nouvelle ligne de production.

Soumis aux impératifs contraignants des appels d'offres publics, la réalisation de locaux industriels sous maîtrise d'ou-vrage territoriale reste excep-tionnelle, car la collectivité, seule à porter l'emprunt, s'expose à voir ses ratios financiers dégra-dés. Les intercommunalités mosellanes possèdent en revanche une longue expérience en matière de livraison de sites clés en main réalisés par des sociétés d'économie mixte. Cette procédure a notamment permis la construction des usines d'Elysée Cosmétiques et du fabricant de CD Sonopresse à Forbach, de l'équipementier Voït France à Freyming-Merlebach ou, encore, l'extension de 5 000 m² livrée l'an dernier au fabricant de pneus Continental à Sarreguemines.

Outre les gages d'attachement au tissu existant, l'ancien bassin houiller peut promettre toutes les facilités aux arrivants. « De l'hôtel d'entreprise à l'usine clés en main, nous offrons à l'inves-tisseur une panoplie immobilière complète. Il s'agit d'un pari sur l'avenir, car si nous ne proposons pas de locaux, personne de s'installera », affirme Jean Michels, le secrétaire général de la communauté d'agglomération Forbach Porte de France. La communauté propose deux ateliers relais jumeaux de 1 500 m² chacun sur l'Eurozone dans l'espoir de peupler ce premier secteur d'activité binationale franco-allemande qui peine à trouver preneur.

Les intercommunalités ont évité le dumping

Pionnière des ateliers relais, la communauté de communes de Freyming-Merlebach ne regrette pas n'avoir testé ce dispositif sur la zone industrielle de Henriville en 1998. Spécialisé dans les techniques verrières, le premier locataire a attiré dans son sillage l'implantation du joint-venture Pilkington-Interpane, qui em-ploie aujourd'hui 240 salariés. Encouragée par ce premier succès, la collectivité a édifié huit autres ateliers relais au cours de la dernière décennie et lance la construction de deux autres bâtiments standardisés ouverts à la location, à la location-vente ou à la vente.

La communauté d'agglomération Sarreguemines Confluences a construit en fin d'année dernière son premier atelier relais sur 1 800 m², moyennant un investissement de 1,8 million d'euros. « Aujourd'hui, il ne suffit plus d'aménager des zones industrielles. Les entreprises jouent volontiers les bernard-l'ermite et vont là où elles pourront s'ins-taller facilement, rapidement et à moindre coût. Pouvoir pro-mettre à l'investisseur de lui faire gagner trois ou six mois sur le lancement de sa production constitue un sérieux atout pour la compétitivité du territoire », estime David Malingrey, le directeur de Moselle développement, outil économique du conseil général de la Moselle.

Soudées par un même passé minier, les intercommunalités de l'ancien bassin houiller ont su éviter le dumping, proposant leurs locaux industriels à des tarifs comparables pour ancrer les investissements dans leur territoire commun. Leur volontarisme immobilier a jusqu'à présent porté ses fruits. Aucun atelier relais n'est resté durablement vacant et les rares accidents industriels - loyers impayés ou projets avortés - se sont réglés à l'amiable. Les nouvelles contraintes financières et réglementaires risquent pourtant de compromettre le succès de la formule. Le Fonds d'industrialisation des bassins miniers, qui a contribué à la création de 29 000 emplois dans le bassin houiller depuis sa création voici un quart de siècle, doit en principe fermer ses guichets en fin d'année. Les élus du bassin, qui ont largement sollicité cette manne pour la construction des ateliers relais, espèrent obtenir son maintien jusqu'en 2013. « Les collectivités souhaitent maintenir l'effort collectif qui leur a permis de bien tenir le choc face à la crise », indique François Siatte, le directeur de l'Agence pour l'expansion de la Moselle-Est (Ageme). Après une année 2009 des plus médiocres, l'organisme recense au deuxième trimestre 42 projets industriels représentant 80 millions d'euros d'investissement et la création d'un millier d'emplois...

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