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LES UNIVERSITÉS AUSSI FORMENT DES INGÉNIEURS

Par PAR CÉCILE MAILLARD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° HSING2012

Mal connues, les écoles universitaires correspondent bien au profil de certains étudiants, et accueillent 15 % des élèves ingénieurs.

Un mastodonte est en train de voir le jour à Marseille. La fusion des trois universités marseillaises au 1er janvier 2012 rejaillira forcément sur les écoles d'ingénieurs qu'elles abritent : Polytech Marseille, qui dispense quatre spécialités (génie civil, génie industriel, microélectronique et télécom, mécanique énergétique), s'unira en septembre 2012 avec l'Esil (École supérieure des ingénieurs de Luminy). Dans la corbeille de la mariée, quatre nouvelles filières (biotechnologie, génie biomédical, informatique, matériaux). Le Polytech Marseille de la rentrée prochaine proposera donc huit spécialités à 1 000 élèves ingénieurs.

Cette cohabitation de spécialités fortes au sein d'une même école est l'une des caractéristiques des 12 Polytech de France (Montpellier, Lille, Paris-Sud, Paris-UPMC, Nantes...). La première « école polytechnique universitaire », apparue à Nantes en 2000, est née d'un besoin : fédérer des formations scientifiques spécialisées de niveau bac +5 jusque-là dispersées dans l'université. Objectif : donner plus de visibilité à ces filières, souvent noyées dans l'immensité universitaire. « Nous voulions créer des écoles plus larges, plus solides, plus visibles », se souvient Bernard Remaud, l'initiateur de Polytech Nantes, qu'il a dirigé pendant cinq ans.

Constitués en réseau en 2003, les Polytech multiplient les rapprochements. Pour les élèves, le plus important est la création d'une prépa commune. Recrutés après le bac sur concours (GEIPI-Polytech), les jeunes passent deux années à l'université, en L1 et L2, avec des cours complémentaires. Ils entrent ensuite, sans sélection, dans le cycle ingénieur en trois ans d'un des Polytech qu'ils ont choisi en fonction des spécialités qui les intéressent. S'ils préfèrent rester à l'université, ils peuvent aussi poursuivre en troisième année de licence.

Pas étonnant que ce système séduise les bacheliers. Ainsi, ils sont plus de 10 000 à se présenter chaque année au concours GEIPI (qui recrute pour 25 écoles), les inscriptions grimpant de 8 % entre 2010 et 2011. Cet engouement va dans le même sens que le succès grandissant des écoles post-bac, auxquelles ce dispositif ressemble. La souplesse en plus... « La mobilité d'un Polytech à l'autre est un élément d'attractivité évident du réseau », analyse Laurent Carraro, membre du bureau de la Conférence des directeurs d'écoles d'ingénieurs (CDEFI), qui souligne que cette possibilité est pourtant « peu utilisée »

 

Réseau Polytech et autres écoles internes

 

Si un tiers des élèves du réseau Polytech y entrent après ce cycle préparatoire spécifique, l'origine des deux autres tiers se répartit à peu près équitablement entre DUT/BTS et classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Succès oblige, trois nouveaux Polytech sont en cours de création (dont un à Lyon dès janvier 2012).

Les Polytech ne sont pas les seules écoles d'ingénieurs internes aux universités : la Commission des titres d'ingénieur (CTI) recense 59 diplômes délivrés par ces écoles, dans 43 universités. « Quasiment toutes les universités scientifiques en ont une », note Bernard Remaud, le président de la CTI, l'instance qui habilite les titres d'ingénieur. On y trouve des structures spécialisées, comme l'Institut supérieur d'études logistiques du Havre ou les écoles de chimie ou de physique de Mulhouse et Strasbourg, des écoles généralistes dans des petites villes (Caen, Limoges, Angers...), des universités n'ayant pas encore d'école interne mais délivrant des diplômes d'ingénieurs dans une seule spécialité...

Elles accueillent aujourd'hui 15 % des élèves ingénieurs, et leur succès va croissant. « Ces écoles ont été créées pour permettre l'accès au titre d'ingénieur à de nouvelles populations », précise Jean-Marie Chesnaux, le directeur de Polytech Paris-UPMC. Cette ouverture sociale reste leur marque de fabrique : elles accueillent 30 à 40 % d'élèves boursiers, un pourcentage plus élevé que les autres écoles d'élèves issus d'IUT/BTS ou de cycles universitaires, un peu plus de filles et d'apprentis.

Beaucoup proposent des cycles préparatoires, comme le réseau Polytech, mais sous des formes différentes. Télécom Saint-Étienne, par exemple, a mis en place un partenariat avec un IUT pour former, pendant deux ans, les élèves que l'école a recrutés après le bac, des compléments pédagogiques leur étant proposés. « Des écoles des Mines ou des Télécoms, qui connaissent mal les IUT, sont intéressées par ce système et m'ont contacté », note Laurent Carraro, le directeur de Télécom Saint-Étienne.

Mais le principal atout des écoles internes reste leur immersion dans l'université. Celle-ci leur apporte plus de visibilité, notamment internationale, et offre à leurs étudiants bibliothèques, associations, équipements sportifs. Elle permet surtout une grande proximité avec la recherche. La plupart des enseignants de l'école étant chercheurs, le passage dans un laboratoire au cours des études est facilité, et la variété des équipes de recherche assure à un jeune diplômé qui souhaite poursuivre en doctorat de trouver celle qui lui plaira...

« Notre école d'ingénieur travaille avec les laboratoires de l'université, mais les rapports ne sont pas étroits », tempère Patrick Porcheron, le vice-président de l'université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC), dont fait partie Polytech Paris-UPMC. « La pédagogie de l'école est axée sur une acquisition des compétences par des voies qui ne sont pas celles de la recherche. Les deux formations fonctionnent en circuit fermé. »

Le président de la CTI, Bernard Remaud, s'inquiète de la tendance à la spécialisation de ces écoles : « Parfois, l'université a un très bon laboratoire de chimie des polymères, alors son école forme des ingénieurs experts en chimie des polymères... Or, le code génétique de l'ingénieur à la française fait de lui un architecte, un conducteur de projet avec une vision transversale. »

Si les écoles internes ont noué plus de relations avec les entreprises que le reste de l'université, elles doivent encore s'améliorer. « Elles ont du mal à atteindre un taux de 10 à 15 % d'enseignement assuré par les industriels », précise par exemple Bernard Remaud. « Les écoles internes, traditionnellement, ont des difficultés à développer leurs relations industrielles », reconnaît le directeur de Polytech Paris-UPMC, qui annonce un gros effort en cours dans ce domaine. Autre point faible des écoles d'ingénieurs universitaires : l'international. Elles accueillent autant d'élèves étrangers que les autres écoles, mais ont plus de mal à envoyer leurs étudiants dans un autre pays. « Développer des partenariats demande du temps et des ressources... », analyse le président de la CTI. Polytech Paris-UPMC, qui a rendu, l'an dernier, la mobilité internationale obligatoire pour ses élèves, a dû pour cela recruter une personne à plein temps.

 

Quels profils d'étudiants ?

 

À qui conseiller ces écoles d'ingénieur ? Établissements de niveau médian, occupant rarement le haut du tableau, elles sont adaptées aux étudiants rebutés par les classes prépas, qui trouvent là un excellent moyen d'accéder au diplôme d'ingénieur. Elles peuvent aussi intéresser ceux qui avaient choisi une filière courte type DUT ou licence et changent d'avis. La CTI note que ces écoles sont de plus en plus choisies par d'excellents élèves.

De son côté, Laurent Carraro conseille ces écoles « aux élèves qui savent déjà dans quelle spécialité ils souhaitent devenir ingénieurs, et profiteront de la variété des spécialisations proposées ». Selon lui, « trop d'élèves issus de classes prépas atterrissent dans une école qu'ils n'ont pas choisie parce qu'ils ont réussi un concours recrutant pour plusieurs écoles ».

Pour Patrick Porcheron, les écoles internes s'adressent aux étudiants « à la recherche d'un encadrement fort, rassurant ». « Formatés par les classes préparatoires, ils feront de bons ingénieurs opérationnels, technologues, assurés de trouver un emploi grâce à leur spécialisation. » Le vice-président de l'UPMC, avec une dizaine d'autres universités, défend la création de masters d'ingénierie (lire le débat ci-dessous) tournés vers la recherche, où il verrait bien des étudiants à l'approche plus généraliste.

Ouvrir de nouvelles filières à la formation d'ingénieur serait un bon moyen de fournir à l'industrie française les cadres scientifiques dont elle a besoin. Mais attention à ne pas trop brouiller le paysage universitaire. Les étudiants et les parents risquent forts d'avoir du mal à saisir les subtilités entre études scientifiques universitaires classiques, écoles d'ingénieurs internes et masters d'ingénierie.

PRÈS DE 18 000 ÉTUDIANTS

Effectif des écoles universitaires 2010-2011 17 729, soit 15 % de l'ensemble des élèves ingénieurs Hausse de l'effectif en 2010-2011 + 3,2 % Proportion des filles 30 %

 

Voir aussi : le classement des écoles d'ingénieurs en France en 2012

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