Les trois reprises
Le 01 juillet 2009
La croissance française amorcera son rebond au premier trimestre 2010. Rien d’extraordinaire : un souffle d’optimisme mais une reprise hypermolle.
La reprise, c’est pour bientôt ? De la réponse à cette question découlent tant de décisions, personnelles et professionnelles ! De son ampleur dépendent tant de destins individuels ! Comme l’interrogation taraude les entreprises et leurs collaborateurs, « L’Usine Nouvelle » a décidé de s’engager. Nous prenons le risque de vous raconter la reprise économique comme un roman. Ni Fleuve noir, ni Harlequin, il décrit, de façon aussi réaliste que possible, les séquences qui conduiront à la sortie du tunnel. Tant mieux si le récit d’économie-fiction soigneusement confectionné par nos spécialistes se révèle trop pessimiste. Tant pis si les événements imaginaires qui en font la trame, en Europe, aux Etats-Unis, en Asie, sur les matières premières, l’industrie automobile, les relations sociales… et même les échéances électorales, se déroulent d’une façon différente. Nous proposons ce roman pour nourrir une réflexion estivale à laquelle nul n’échappera. Notre scénario, nous vous invitons à l’amender, en fonction de ce que vous sentez sur votre marché. Le nôtre, en tout cas, situe la sortie de crise à 2011. Plus de deux ans ? Pour certains, ce sera moins, pour d’autres, plus. Economistes, entrepreneurs du bâtiment, sous-traitants de l’automobile, actionnaires, salariés de l’industrie, des services… pour ce qui est de la reprise, chacun a sa définition et son calendrier. Il n’y aura pas « une » reprise, mais au moins trois.
La croissance mondiale, en effet, devrait repartir dans les prochains mois. Négative sur l’ensemble de l’année 2009, elle repassera dans le vert au cours du dernier trimestre. C’est à elle que certains économistes et banquiers centraux font référence quand ils évoquent une embellie pour cette fin d’année. Une timide reprise mondiale, donc, qui partira sans doute de Chine, et qui profitera inégalement aux uns et aux autres.
La croissance française, et en particulier celle de l’industrie, amorcera quant à elle son rebond au premier trimestre 2010. Mais cette inversion de tendance, selon toute vraisemblance, ne sera guère spectaculaire. Un souffle d’optimisme, mais une reprise hypermolle. Malgré les efforts budgétaires considérables décidés par les pouvoirs publics, la France ne parviendra pas à arracher un point de croissance. Il faudra du temps et bien des réformes de l’économie mondiale (en particulier sur les monnaies) pour retrouver un rythme de 2%, voire 3%, chiffre ô combien attendu pour commencer à combler les déficits, rembourser la dette et recréer des emplois.
Les Français devront être beaucoup plus patients, comme la plupart des citoyens des pays « riches ». Le chômage atteindra son apogée bien après la fin de la récession, peut-être début 2011, en raison notamment de l’inertie des plans sociaux. Il n’est qu’à observer les plans les plusmédiatisés, comme ceux de Caterpillar en janvier, Continental il y a trois mois ou Michelin il y a quinze jours: ils n’ont pas encore été matérialisés par l’envoi des lettres de licenciement. Ce qui signifie, dans notre scénario, que la reprise de 2011 se ressentira peut-être dans les cours de Bourse, dans les carnets de commandes et les chiffres de la production, mais ne profitera toujours pas aux salariés. Pour le pouvoir d’achat, il va falloir se faire une raison. Vivement 2012 !
Laurent Guez, Directeur de la rédaction

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